Alors que les parents sont appelés à être les premiers protecteurs, certains deviennent les principaux agresseurs de leurs propres enfants. Entre violences physiques, négligence et traumatismes psychologiques, de nombreux enfants burundais vivent un véritable calvaire dans le silence des foyers. La Fédération nationale des associations engagées dans le domaine de l’enfance au Burundi, (Fenadeb) et le spécialiste en droits de l’enfant, Dr Pierre Nkurikiye saluent la volonté politique existante et donnent les solutions palliatives à ces défis.

Fille Sibomana une jeune mère originaire de la commune Cibitoke, province de Bujumbura, vit actuellement l’un des moments les plus douloureux de sa vie. Mère de trois enfants, elle lutte pour la survie de son plus jeune, Edmond Mburuwayo, âgé de 4 ans et demi, actuellement hospitalisé en soins intensifs à l’hôpital Roi Khaled de Kamenge. Le petit Mburuwayo est victime de violences que sa mère qualifie de « cruautés d’une animosité extrême », perpétrées selon elle par son conjoint, qui remettrait en question sa paternité. « Nous avons eu trois enfants ensemble, mais nous nous sommes séparés. Durant les fêtes de fin d’année, il m’a demandé, avec l’accord de sa famille, de lui envoyer les enfants en visite. J’ai accepté. Deux d’entre eux sont partis. », témoigne Mme Sibomana.
Deux semaines plus tard, Mme Sibomana dit qu’elle a essayé de recontacter son mari pour récupérer ses enfants à l’occasion du Nouvel an, mais celui-ci rejette systématiquement ses appels. Inquiète, elle a décidé de se rendre elle-même à Maramvya (commune Ntahangwa), où le père des enfants s’était récemment installé. « Ce que j’ai découvert est insoutenable. Mon enfant Mburuwayo, était gravement blessé, est abandonné, seul, dans une maison. Grâce à l’intervention de la police et des autorités locales, j’ai pu le récupérer. Il portait des marques de tortures : brûlures, blessures profondes aux bras infligées à l’aide de rames de rasoirs », a-t-elle témoigné, bouleversée.
Au niveau de la Fénadeb, Ferdinand Simbaruhije, chargé du plaidoyer et de la communication reconnaît les faits. Comme indiqué, le cas n’est pas isolé. Evoquant le cas de cet enfant hospitalisé, M. Simbarushije regrette la complicité du père de l’enfant, de sa sœur et sa mère. « Cet acte a été commis à l’aide de l’eau chaude, des rames de rasoirs et autres objets non encore identifiés qui ont causé de fortes douleurs des membres inférieurs et supérieurs de l’enfant ».
Selon la mère de l’enfant, le manque de soins médicaux dans l’immédiat avant d’être admis à l’hôpital a aggravé son état, conduisant à une infection sévère. Une opération chirurgicale a été nécessaire pour retirer une partie de la chair du bras droit qui était en décomposition.
Qu’en dit la loi burundaise ?
Le spécialiste en droits de l’enfant Pierre Nkurikiye indique que les violences faites aux enfants sont implicitement prescrites à l’article 19 de la Convention relative aux droits de l’enfant qui a été ratifié par le Burundi en 1990.

Selon le contenu de cet article repris et bien détaillé dans l’Observation générale no 13 du Comité des droits de l’enfant qui a eu lieu en 2011, ces violences infligées aux enfants par leurs parents ou leurs supplétifs se retrouvent dans la grande catégorie des violences dites domestiques composées par les violences conjugales et les maltraitances infantiles. « Pour la maltraitance infantile, nous avons deux approches. La première approche est relative aux violences consistant en des actes posés par action ou par omission par ces parents qui infligent à l’enfant des préjudices physiques, psychologiques ou autres, susceptibles de contrarier leur bien-être physique, moral, émotionnel.
La deuxième approche est celle par les besoins fondamentaux de l’enfant que ces parents ne comblent pas, non pas par manque de moyens mais par volonté de nuisance. Il s’agit donc de l’irresponsabilité des parents à assurer les besoins fondamentaux à leurs enfants alors qu’ils en ont le pouvoir, explique le spécialiste en droits de l’enfant Pierre Nkurikiye.
Ce spécialiste rappelle également que l’enfant burundais est protégé légalement par la Constitution du Burundi qui interne les principaux instruments de protection des droits de l’Homme et spécifiquement la convention relative aux droits de l’enfant. « Mais, l’instrument qui protège l’enfant contre les violences de façon explicite c’est le Code pénal, surtout au niveau des articles 536 à 548», renchérit, Dr Nkurikiye.
L’article 535 du Code pénal stipule par exemple que quiconque soumet son conjoint, son enfant ou toute autre personne habitant le même toit à des traitements cruels, inhumains ou dégradants est puni de la servitude pénale de trois ans à cinq ans et d’une amende de cinquante mille francs burundais.
Des causes complexes et variées
Au niveau de la Fenadeb, M. Simbaruhije ne passe pas par les quatre chemins en affirmant que les causes de ces maltraitances sont complexes et variées. Il s’agit entre autres des problèmes de santé mentale, du manque de connaissances de la meilleure façon d’éduquer positivement leurs enfants. « Les parents qui ont été maltraités dans leur enfance peuvent reproduire ce modèle auprès de leurs enfants ». L’autre cause est liée au stress et à la dépression. « Les parents peuvent être soumis à des dépressions économiques, sociales et familiales ».
Notre interlocuteur évoque également le manque des ressources financières pour subvenir aux besoins de la famille, l’alcoolisme et la toxicomanie, l’isolement social et la pauvreté.
Des répercussions négatives
Nos interlocuteurs convergent sur le fait que ces maltraitances peuvent avoir des répercussions négatives sur le développement mental, social et scolaire de l’enfant ainsi que des conséquences comme les blessures, fractures et brûlures. M. Simbaruhije évoque aussi des troubles de comportement, l’échec scolaire, l’absentéisme en classe, l’agressivité envers les autres, les troubles psychologiques, les problèmes de santé physiques, etc.
D’autres impacts qui peuvent en découler c’est notamment l’isolement, le trouble et le besoin de se sentir honteux ou coupables de leurs situations. « Un enfant maltraité peut avoir des difficultés à établir des relations saines avec les autres mais aussi manquer de confiance envers les adultes ».
A peu près 90% d’enfants burundais connaissent des violences de toutes sortes
Pour renforcer la protection de l’enfant, le Dr Nkurikiye trouve qu’il faut d’abord comprendre le contexte burundais. « Les indicateurs place le Burundi comme un environnement violent pour l’enfant. A peu près 90% d’enfants burundais sont victimes des violences de toutes sortes ». Même son de cloche au niveau de la Fenadeb. M. Simbaruhije trouve que la culture burundaise a toujours toléré les violences faites aux enfants. Lorsqu’il y a des violences conjugales dans le foyer, cimente Pierre Nkurikiye, les enfants sont exposés à ces violences et en son psychologiquement victimes.
Pour faire face à ces violences, Dr Nkurikiye dit qu’il faut analyser ces violences par l’approche écologique (niveau individue, niveau familial, niveau communautaire et niveau sociétale pour connaître leurs véritables causes en vue de les traiter au cas par cas.
Pour ces cas de maltraitance infantile, ce spécialiste en droits de l’enfant trouve qu’il faut notamment renforcer les capacités parentales et celles des autres lignes de protection de l’enfant. « Ceux-ci pourront agir efficacement de protection de l’enfant contre les violences et faire face aux facteurs de risque qui sont spécifiques pour chaque type de violences », conclut-t-il.
Moïse Nkurunziza
