L’absence d’études scientifiques rigoureuses, un défi majeur
La médecine traditionnelle occupe une place essentielle dans de nombreuses sociétés à travers le monde. Transmise de génération en génération, elle repose sur des savoirs ancestraux, l’usage des plantes médicinales et une approche globale de la santé. Malgré les avancées de la médecine moderne, la médecine traditionnelle continue d’apporter une réelle plus-value, tant sur le plan sanitaire que culturel, social et économique. Cela ressort de l’interview accordée au journal Le Renouveau du Burundi par Anatole Bukuru, un enseignant chercheur de l’Université du Burundi, le vendredi 27 février 2026.

Anatole Bukuru explique que dans de nombreuses régions rurales ou éloignées, l’accès aux structures de santé modernes reste limité. Il ajoute que les praticiens traditionnels sont souvent les premiers, voire les seuls recours disponibles. Leur proximité géographique et leur intégration dans la communauté facilitent l’accès rapide aux soins. Il ajoute que le coût des traitements traditionnels est généralement plus abordable, ce qui représente un avantage important pour les populations à faibles revenus
Selon lui, la médecine traditionnelle ne se limite pas au traitement des maladies, elle joue aussi un rôle préventif. Par exemple, certaines plantes médicinales renforcent le système immunitaire et préviennent certaines infections. Il affirme que les pratiques traditionnelles, comme les massages, les bains thérapeutiques ou l’utilisation d’herbes spécifiques, contribuent également au bien-être général.
Complémentarité avec la médecine moderne
«Dans de nombreux cas, la médecine traditionnelle peut compléter la médecine moderne. Les patients utilisent parfois les deux approches pour obtenir un traitement plus efficace ou pour gérer les effets secondaires des médicaments. Cette complémentarité favorise une approche globale de la santé, centrée sur la personne.» souligne-t-il.
M. Bukuru a fait savoir que la médecine traditionnelle repose largement sur l’utilisation de plantes médicinales locales. Cela favorise la valorisation de la biodiversité et du savoir-faire ancestral, de renforcer l’identité culturelle et de transmettre des connaissances précieuses aux générations futures. Quant à lui, de nombreuses découvertes pharmaceutiques modernes sont d’ailleurs issues de plantes utilisées depuis des siècles dans les pratiques traditionnelles.
Anatole Bukuru rappelle que les tradipraticiens n’ont pas de moyens suffisants pour la collecte des plantes et manquent de matériels de conservation. Ils ont aussi des problèmes de la négociation du prix.
Eric Yamuremye, pharmacien de la médecine traditionnelle a signalé que la médecine traditionnelle contribue à la transmission de la connaissance botanique ancestrale. De nombreuses plantes et remèdes traditionnels ont des effets secondaires limités lorsqu’ils sont utilisés correctement. Contrairement à certains médicaments chimiques, ils sont souvent mieux tolérés par l’organisme et peuvent être adaptés aux besoins individuels.
M. Yamuremye déclare par ailleur que l’un des principaux problèmes réside dans l’absence d’études scientifiques rigoureuses pour certains traitements traditionnels. Beaucoup de remèdes reposent sur l’expérience et la transmission orale plutôt que sur des essais cliniques. Cela peut rendre difficile l’évaluation de leur efficacité réelle et de leur sécurité.
Quant à lui, les tradipraticiens rencontrent des problèmes de manquer la réglementation. Il ajoute que dans plusieurs pays, la pratique de la médecine traditionnelle n’est pas suffisamment réglementée. L’absence de normes claires peut favoriser l’exercice illégal, les abus financiers ou l’intervention de personnes non qualifiée
En général, l’utilisation de la médecine traditionnelle représente une richesse pour la santé publique et la culture. Accessible, préventive, complémentaire à la médecine moderne et respectueuse du patrimoine, elle constitue une ressource précieuse pour améliorer le bien-être des populations. Promouvoir et intégrer ces pratiques, tout en garantissant leur sécurité, peut contribuer à un système de santé plus inclusif et équilibré.
Anicet Mbonifasha (stagiaire)
