S’inscrivant pleinement dans la dynamique nationale, la province de Buhumuza déploie, comme le révèlent la gouverneure et certains administrateurs de ses communes dans un entretien accordé au journal « Le Renouveau du Burundi », une stratégie ambitieuse pour concrétiser la Vision 2040-2060. Sous l’impulsion de l’administration provinciale et communale, la province de Buhumuza mobilise l’ensemble de ses leviers infrastructures, développement agro-pastoral, gouvernance financière, protection environnementale et tourisme pour propulser son essor socio-économique et transformer durablement le quotidien de ses habitants.

Sous la conduite de sa gouverneure, Denise Ndaruhekere, la province de Buhumuza s’engage activement dans la mise en œuvre des orientations stratégiques de la Vision 2040-2060. Elle fixe le cap à travers un programme d’actions prioritaires structuré autour de grands piliers de développement.
En matière de modernisation des infrastructures et de désenclavement, Mme Ndaruhekere annonce l’érection d’un bureau provincial de cinq niveaux, extensible à sept grâce à des fondations renforcées. Elle fait savoir qu’au niveau local, l’ensemble des communes exécute ou prépare des projets structurants pour la période 2025-2030. En parallèle, Mme Ndaruhekere indique que plusieurs résidences et bâtiments publics récupérés auprès de particuliers ont été réhabilités dans les communes de Muyinga, Ruyigi et Butaganzwa pour abriter les services administratifs. Sur le plan routier, elle précise que les efforts se concentrent sur la réhabilitation d’axes stratégiques tels que la RN21 et la RN13, ainsi que sur le traçage communautaire de pistes intercommunales et intercollinaires.

S’agissant de l’agriculture, de l’élevage et de la protection de l’environnement, la gouverneure qualifie l’agriculture de moteur central de l’économie locale. Mme Ndaruhekere souligne la mobilisation générale autour de la culture de l’avocatier, générateur rapide de devises. Elle fait savoir que chaque ménage est incité à planter au moins 10 pieds par homme, 5 par femme et 2 à 3 par enfant. Elle fait également part de la redynamisation de la caféiculture, tout en rappelant la généralisation du traçage des courbes de niveau et du reboisement agroforestier pour lutter contre l’érosion des sols.
Abordant le civisme fiscal et la lutte contre la fraude, Mme Ndaruhekere indique que, la province étant frontalière avec la Tanzanie et que les actions conjointes avec l’Office Burundais des Recettes (OBR) sont intensifiées. Selon elle, des campagnes de sensibilisation se poursuivent afin de démontrer les méfaits de la fraude et d’illustrer les bienfaits du paiement des taxes pour le développement local.
Sur le volet de l’entrepreneuriat, de la jeunesse et de l’autonomisation des femmes, Mme Ndaruhekere confirme que la jeunesse s’organise en coopératives en s’appuyant sur le Programme d’autonomisation économique et d’emploi des jeunes (Paeej). Elle signale que les remboursements des crédits accordés aux coopératives Sangwe se poursuivent avec des rappels adressés aux retardataires. Par ailleurs, elle note que les femmes se regroupent en associations d’épargne et de crédit, bien qu’elles se heurtent à l’éloignement des agences de la Banque d’investissement et du développement des femmes (BIDF) situées à Gitega et Bujumbura.
Enfin, en ce qui concerne la valorisation du potentiel touristique, Mme Ndaruhekere fait observer que des projets majeurs sont engagés pour structurer le secteur. Elle met en relief la modernisation des infrastructures d’accueil au Parc National de la Ruvubu, l’aménagement des berges du Lac Bweru, la mise en valeur des sources d’eaux thermales et la promotion du pèlerinage sur la colline de Muyaga située en commune de Cankuzo.
En commune de Butaganzwa : Un plan d’investissement de 210 milliards pour moderniser les services publics
Traduisant la vision provinciale à l’échelle communale, Onésime Ngendandumwe, administrateur de la commune de Butaganzwa, affirme que la population a pris conscience de la nécessité de faire évoluer ses mentalités. Il explique que la concrétisation des ambitions locales repose sur une sensibilisation préalable visant l’abandon de la paresse et de l’alcool illicite, le respect de l’hygiène et le regroupement en coopératives. M.Ngendandumwe se félicite du redressement financier de son entité, dont les recettes d’un seul marché local sont passées de 25 à 60 millions de francs burundais, avant d’égrener ses perspectives sectorielles.

Sur le plan des infrastructures, de la justice et du commerce, M. Ngendandumwe annonce la construction d’un nouveau bureau communal, d’un internat au Centre de formation professionnel (CFP) dès la rentrée 2026-2027, de bureaux collinaires, d’un Parquet communal, d’un TGI, de Tribunaux de résidence dans chaque zone, d’un abattoir et de marchés modernes à Muriza et Biyorwa.
En matière de droits humains, de protection sociale et de genre, l’administrateur promet un accompagnement renforcé des victimes des violences sexuelles, la fourniture de kits scolaires et de tôles aux ménages vulnérables, la réintégration des enfants en situation de rue et l’appui à l’engagement politique des femmes.
Concernant l’eau, l’énergie et les mines, il s’engage à alimenter en eau potable les 45 collines de la commune, poser 10 bornes-fontaines, construire 450 latrines modernes, ériger une micro-centrale hydro-électrique, électrifier le territoire via des énergies renouvelables et semi-mécaniser l’exploitation minière.
Dans le secteur de l’éducation, M. Ngendandumwe garantit au moins une école par colline, l’instauration d’une alimentation scolaire endogène et la construction d’une bibliothèque communale.
En ce qui concerne l’urbanisme et l’aménagement du territoire, Il expose un portefeuille d’investissement de 210 milliards de francs destiné à aménager des villages équipés, structurer un réseau de marchés et élever le chef-lieu au rang de pôle administratif et commercial majeur.
Pour l’administration et le développement communautaire, il préconise la numérisation intégrale des services d’état civil, l’équipement des chefs de colline en tablettes et kits solaires, l’implantation de « maisons communautaires intelligentes » et le soutien continu aux coopératives.
Au niveau des transports et des télécommunications, il insiste sur le désenclavement permanent par la réhabilitation des ponts, la pose de plaques solaires routières, l’entretien du réseau routier et le déploiement de la fibre optique ainsi que de la 4G/5G.
S’agissant de l’environnement, de l’agriculture et de l’élevage, M. Ngendandumwe plaide pour la mécanisation agricole garantissant trois repas par jour, la revalorisation du millet, le reboisement des collines et la création de trois usines de transformation (farine de maïs, fruits et lait).
Enfin, sur le plan de la santé, l’administrateur ambitionne de bâtir un système de santé intégré matérialisé par l’édification d’un hôpital communal et d’un hôpital de district.
Gisagara : Valorisation des marais, riziculture et essor des recettes de Mishiha
Japhet Nzirubusa, administrateur communal de Gisagara, soutient qu’il est impossible d’atteindre la Vision de développement sans placer l’agriculture au premier plan. M. Nzirubusa fait valoir que son entité dispose de marais très fertiles propices à la riziculture et met en avant la pratique de la rotation des cultures entre le riz et le maïs.

Il indique que la zone Mishiha excelle dans la culture du palmier à huile et du sorgho, ce dernier étant vendu à la Brarudi, tout en signalant le développement des potagers familiaux. M. Nzirubusa fait remarquer que la caféiculture y est soutenue par l’existence de plusieurs usines de dépulpage et que la plantation d’avocatiers est désormais généralisée.


Sur le plan environnemental, l’administrateur confirme que le jeudi a été décrété journée dédiée au traçage des courbes de niveau et que l’usage des fosses compostières (nyabarega) est rigoureusement contrôlé. Au niveau commercial, il rappelle que le marché au bétail de la zone de Mishiha génère jusqu’à trois millions de francs burundais par jour. Il conclut en soulignant que l’exécution des travaux de la Route Nationale 21 contribue directement au désenclavement et au dynamisme touristique local.
Gisuru : L’extension des palmeraies et le soutien du PAEEJ aux plantations d’ananas
Amos Ndayizamvye, administrateur communal de Gisuru, fait observer que sa population s’est fortement investie dans la culture du palmier à huile, générateur pricipal de recettes fiscales majeures pour la commune. M. Ndayizamvye explique que la culture de l’ananas s’est développée sur les collines du Kumoso afin de prévenir les feux de brousse récurrents pendant la saison sèche.
Il révèle qu’un financement du Paeej d’environ 400 millions de francs burundais, complété par des capitaux locaux, a permis à la jeunesse de s’impliquer massivement dans cette filière, chaque zone exploitant plus de 2 hectares d’ananas le long des courbes de niveau. Il précise que les cultures vivrières telles que le riz, le manioc ou le maïs, tout comme l’élevage, ne sont pas négligées pour autant, garantissant une alimentation équilibrée aux habitants.
Cankuzo : Aménagement urbain et désenclavement numérique pour les jeunes
Marie Rose Nahimana, administratrice de la commune de Cankuzo, affirme que la commune, chef-lieu de la province de Buhumuza, met tout en œuvre pour moderniser son territoire. Elle déclare que l’administration s’est engagée à reprendre rapidement l’aménagement des abords routiers, le pavage des voies urbaines et le ravalement des façades des bâtiments alignés le long des axes principaux.
Elle fait remarquer que les femmes s’investissent pleinement dans la dynamique de développement au sein de leurs foyers et d’associations, en combinant des cultures vivrières et cultures de rente comme le café et l’avocat. Enfin, Mme Nahimana note que les jeunes répondent activement à l’appel du Chef de l’État en soumettant des projets numériques, tout en déplorant que leurs initiatives se heurtent parfois au déficit de couverture réseau et de connexion téléphonique.
La vallée de Kabigiga : La mutualisation des terres maraîchères décuple la production locale
Sur le terrain, la population traduit ces orientations en actions concrètes. Dans la vallée de Kabigiga sur la colline Mugozi, Anatolia Ndikumana se réjouit des progrès accomplis et témoigne de l’impact des séances de sensibilisation : elle explique que la mutualisation des terres dans les marais durant la saison sèche permet de semer, arroser et récolter simultanément, maximisant ainsi les rendements sous l’encadrement technique des moniteurs agricoles.

De son côté, Sylvère Manirakiza confirme que cette organisation collective renforce considérablement l’efficacité du suivi technique. Il ajoute que l’administration locale incite activement les ménages à multiplier les plantations d’avocatiers, de caféiers et de théiers pour générer des devises, tout en adoptant les bonnes pratiques d’hygiène, le reboisement et la fabrication de compost organique via les fosses fumières pour pallier le manque d’engrais chimiques. Tous réaffirment leur détermination à concrétiser la Vision 2040-2060 dès la base familiale.
Jean Marie Ndayisenga
