Le quatrième Sommet du Forum Inde-Afrique (IAFS-IV en sigle anglais) va se dérouler à New Delhi du 28 au 31 mai 2026. Dans une interview exclusive, l’ambassadeur d’Inde au Burundi avec résidence à Kampala, Upender Singh Rawat a fait savoir que lorsque l’Inde accueillera ce sommet marquera un tournant important dans l’évolution des relations indo-africaines. « Ce sommet est bien plus qu’un simple événement diplomatique ; il constitue une plateforme pour renouveler un partenariat historique et l’adapter aux exigences d’un monde en mutation ».

Le Renouveau (L.R) : L’Inde s’apprête à accueillir le quatrième sommet du Forum Inde-Afrique (IAFS-IV en sigle anglais). Pouvez-vous nous dire brièvement les priorités actuelles pour l’Afrique ?
Ambassadeur Upender Singh Rawat (Amb. Upender): Le thème de l’IAFS-IV – IA Spirit : Partenariat stratégique Inde-Afrique pour l’innovation, la résilience et la transformation inclusive reflète les priorités actuelles de l’Inde et de l’Afrique. Les pays du Sud sont notamment confrontés aux pressions climatiques, aux besoins énergétiques, à la transition numérique, à la sécurité sanitaire et alimentaire, ainsi qu’à la demande d’une gouvernance mondiale plus juste. L’Inde et l’Afrique s’engagent donc non pas comme des partenaires distants, mais comme deux espaces civilisationnels et de développement partageant des intérêts communs et des atouts complémentaires.
L.R: Pourquoi alors l’organisation du Forum Inde-Afrique ?
Amb. Upender : Depuis sa première édition à New Delhi en 2008, le Sommet du Forum Inde-Afrique constitue le cadre institutionnel de référence pour l’engagement de l’Inde auprès de l’Afrique. Le deuxième sommet s’est tenu à Addis-Abeba en 2011 et le troisième à New Delhi en 2015. L’IAFS-IV intervient après une décennie, à un moment où la coopération Inde-Afrique s’est étendue de la solidarité politique et de l’aide au développement à un partenariat plus large couvrant le commerce, l’investissement, les infrastructures publiques numériques, l’agriculture, la santé, l’éducation, la défense, la coopération maritime, l’action climatique et les liens entre les peuples.
L.R : Le Sommet Inde-Afrique, pourquoi le choix privilégié de l’Afrique ? Quelle particularité pour le Burundi ?
Amb. Upender : L’Union africaine est le principal partenaire institutionnel de l’Inde dans le cadre du processus de l’IAFS. Le Sommet de 2026 revêt donc une importance particulière pour le Burundi, puisque le président Évariste Ndayishimiye assure actuellement la présidence de l’Union africaine. Le rôle du Burundi ne se limite donc pas à sa participation nationale ; il revêt également une importance continentale à l’heure où l’Afrique aspire à un rôle plus déterminant dans la gouvernance mondiale, le financement du développement, la paix et la sécurité, ainsi que la transformation économique.
L.R : Quel est alors l’apport de l’Inde dans le développement du continent africain ?
Amb. Upender : L’ampleur de cette relation est considérable. Les échanges commerciaux de marchandises entre l’Inde et l’Afrique dépassent 80 milliards de dollars américains. L’Inde a accordé plus de 190 lignes de crédit d’une valeur de plus de 12 milliards de dollars américains à 42 pays africains, soutenant divers projets dans les secteurs de l’énergie, de l’eau, de l’agriculture, des transports, de l’électrification rurale et de la connectivité numérique. L’Inde a également offert des dizaines de milliers de bourses et de places de formation à ses partenaires africains. Le rôle de l’Inde dans l’obtention du statut de membre permanent de l’Union africaine au sein du G20, et son soutien constant à la représentation africaine au sein d’un Conseil de sécurité des Nations unies réformé, démontrent que ce partenariat vise également à donner la parole à l’Afrique, à renforcer sa représentation et à réformer les institutions internationales.
L.R : Que dites-vous des relations bilatérales entre l’Inde et le Burundi ?
Amb. Upender : Le Burundi occupe une place directe et significative dans ce contexte. L’Inde et le Burundi entretiennent des relations cordiales et amicales, renforcées par l’ouverture de la mission résidente du Burundi à New Delhi en 2009 et par un dialogue politique régulier. Les premières consultations entre ministères des indien et burundais Affaires étrangères se sont tenues à New Delhi en 2017, et les secondes à Bujumbura en décembre 2023. Elles ont porté sur des questions bilatérales, régionales et multilatérales, ainsi que sur la coopération dans les domaines du commerce, de l’agriculture, des énergies renouvelables, des secteurs sociaux, de la défense et de la sécurité.
L.R : Quel est l’importance de la participation du Burundi à la quatrième session du Forum Inde-Afrique ?
Amb. Upender : L’importance que l’Inde accorde à la participation du Burundi à la quatrième session de l’IAFS a été illustrée la semaine dernière par la visite à Bujumbura de M. Sudhakar Dalela, secrétaire (Relations économiques) au ministère indien des Affaires étrangères, venu remettre les invitations originales à l’IAFS-IV au président et au ministre des Affaires étrangères du Burundi. Cette initiative souligne l’importance bilatérale du Burundi et son rôle continental actuel en tant que président de l’Union africaine.
L’implication du Burundi dans le processus de l’IAFS est particulièrement importante. Des ministres indiens se sont rendus au Burundi en 2011 et 2015 en tant qu’envoyés spéciaux pour présenter des invitations aux sessions IAFS-II et IAFS-III. Le premier vice-président du Burundi a dirigé la délégation burundaise à la session IAFS-III à New Delhi en octobre 2015. Le Burundi a également été désigné pour accueillir un centre de formation professionnelle, inauguré en 2016, destiné à soutenir le développement des compétences, l’emploi et l’entrepreneuriat dans la région.
L.R : Concrètement, pouvez-vous donner d’exemples concrets des fruits de cette coopération Inde-Afrique ?
Amb. Upender : Le partenariat de l’Inde pour le développement comprend notamment un centre de télémédecine et de télé-enseignement à Bujumbura dans le cadre du projet de réseau panafricain numérique, un centre de prévention, de dépistage et de traitement du VIH/sida, un soutien à l’approvisionnement en médicaments et la distribution de 100 000 manuels scolaires. L’exemple récent le plus visible est le projet hydroélectrique de Kabu-16 dans la province de Cibitoke, soutenu par une ligne de crédit indienne de 80 millions de dollars et inauguré par le président Ndayishimiye en octobre 2024. En tant que projet majeur de production d’électricité, il relie la coopération Inde-Burundi à la sécurité énergétique, à la durabilité et au développement national.
L.R : Dans le domaine de la formation, quelle en est la situation actuelle ?
Amb. Upender : L’Inde propose déjà chaque année plus de 40 places de formation au Burundi dans le cadre de sa coopération technique et économique, tandis que le nombre de bourses d’études supérieures de l’ICCR passera de 10 à 15 à partir de l’année universitaire 2026-2027. Environ 150 étudiants burundais poursuivent actuellement leurs études en Inde. Ces investissements dans les compétences et l’éducation s’inscrivent pleinement dans le message central de l’IA Spirit : une transformation inclusive repose sur le développement du capital humain.
L.R : Revenons sur le sommet international de coopération Inde-Afrique, quel espoir pour le Burundi ?
Amb. Upender : Lors du IVe Sommet international de la coopération Inde-Afrique (IAFS-IV), les réunions officielles et les événements parallèles permettront au Burundi de faire progresser ses priorités concrètes : énergie, systèmes numériques, éducation, compétences, agriculture, santé et commerce. Pour l’Inde, le Burundi représente un partenariat de développement ciblé, porteur d’un impact tangible.
L’IAFS-IV doit donc être perçu non pas comme un sommet lointain à New Delhi, mais comme une occasion de donner un nouvel élan à la coopération Inde-Burundi et Inde-Afrique, une coopération ancrée dans la confiance, renforcée par les institutions et orientée vers une transformation inclusive.
Propos recueillis par Moïse Nkurunziza
