L’hygiène et l’assainissement constituent des fondements essentiels de la santé publique et du développement durable. Dans une interview exclusive, l’expert et environnementaliste, Albert Mbonerane souligne l’importance d’un cadre légal efficace, de l’implication des autorités locales et de la responsabilisation des ménages, tout en plaidant pour une meilleure gestion et un tri rigoureux des déchets afin de préserver la santé des citoyens et l’environnement.

Le Renouveau (L.R) : Pourquoi l’hygiène et l’assainissement sont-ils considérés comme des piliers du développement durable et de la santé publique ?
Albert Mbonerane (M. Mbonerane) : Oui, quand on dit hygiène et assainissement, c’est qu’on considère que sans l’hygiène et sans l’assainissement, la santé publique est endommagée. Et si on n’est pas en bonne santé, il est difficile vraiment de vaquer aux activités de développement. Je dirais que c’est une condition incontournable pour garantir un développement durable.
L.R : En quoi la qualité de l’environnement influence-t-elle directement le bien-être de la population?
M. Mbonerane : Imaginez-vous, si on est malade, ce que ça fait sur le développement, ce que ça coûte. Et puis si on est malade, si on n’a pas une santé, je dirais, saine, on ne travaille pas. Et quand on ne travaille pas, qu’est-ce qu’on récolte? Donc là, c’est capital. Ici, ça rentre dans ce qu’on appelle le droit de l’homme, je dirais fondamental, c’est le droit à la santé. Alors pour avoir une bonne santé, il faut un assainissement du milieu dans lequel on vit, et puis l’hygiène aussi.
L.R : Pour assurer efficacement l’hygiène et l’assainissement, quelles sont les obligations les plus importantes que les ménages doivent désormais respecter ?
M. Mbonerane : Oui, disons, avant de parler des ménages, je vais commencer par nos dirigeants. Pour assurer une bonne hygiène et un assainissement, il faut que nos dirigeants soient conscients que sans l’hygiène et l’assainissement, la vie n’est pas possible.
Alors, les obligations les plus importantes pour les ménages, d’abord, il nous faut qu’il y ait des textes de loi, mais quand on dit texte de loi, il y a, je dirais, deux niveaux. Si on dit le code de la santé, par exemple, il doit y avoir un décret qui montre comment on doit la mettre en application, quelles dispositions, etc. Alors, quand le décret sort, un décret, c’est comme une loi, c’est un peu lourd.
Il faut mettre en place des ordonnances ou bien les textes de mise en application du code ou du décret. Alors, à ce niveau, avant de prêter des obligations à l’endroit des ménages, il faut vérifier si vraiment nous avons, au niveau du cadre légal, tout ce qu’il faut pour montrer aux ménages et aux populations comment on doit se comporter pour une hygiène et un bon assainissement. Là, je dirais quand même qu’il y a quelques avancées.
L.R : Pour dire que la première responsabilité n’incombe pas au ménage ?
M. Mbonerane : Le ménage, c’est vraiment, je dirais, un peu large. Quand nous disons le ménage, c’est ça qui constitue, je dirais, le pays. Et quand on dit les ménages, on identifie une zone, on va dire un quartier, une zone, une commune, etc. Donc ça signifie qu’au niveau de chaque zone, de chaque quartier, d’abord avant de vérifier si le ménage applique bien le contenu des textes légaux, il faut s’assurer d’abord que les dirigeants, ici nous avons chez nous les chefs de colline ou bien les chefs de quartier, etc servent d’exemples.
L.R : Votre commentaire sur la collecte et la distinction des déchets ? Quelle problématique ?
M. Mbonerane : Quand vous lisez le code de soins de santé ou le code de la santé, là on revient sur l’hygiène et l’assainissement comme conditions préalables pour une bonne santé. Mais il existe aussi, je dirais, une Politique nationale de l’assainissement qui qualifie et spécifie les différentes sortes de déchets. Il y a les déchets solides, il y a des déchets liquides, mais il y a aussi des déchets biomédicaux qui sont, je dirais, toxiques pour la santé, etc.
Alors, maintenant que nous avons cette politique nationale de l’assainissement, de l’hygiène, il y a aussi un Code d’hygiène et d’assainissement avec le Code de l’eau. Je me dis qu’à ce niveau, il faudrait maintenant vérifier s’il y a des textes d’application. Et demain, on va dire au ménage, est-ce que vous respectez le contenu de ces codes, de ces textes légaux. Est-ce qu’ils sont au courant de la réglementation de l’hygiène de l’assainissement? Parce qu’on dit il ne faut pas jeter les déchets comme ça, etc. Et là, il y a, je dirais, une chose qu’il faudrait améliorer. J’ai vu dans certaines communes ici, dans la ville de Bujumbura, on a commencé à mettre en place des poubelles. C’est une bonne chose, mais il y a une chose qu’on n’a pas bien respectée. Quand vous dites une poubelle, c’est-à-dire j’amène les déchets ménagers. C’est-à-dire quand je mange, les bananes, les corses de bananes, etc ; bref, le reste des aliments, c’est ménager. Mais quand j’amène une bouteille en plastique, c’est déjà un déchet et je jette dans la même poubelle. Alors ça devait être un problème pour la gestion des déchets.
L.R : Quelles solutions ?
M. Mbonerane : Il faut qu’il y ait des poubelles pour les déchets qu’on appelle biodégradables et les déchets non biodégradables. Mais si on les mélange, le traitement devient difficile. C’est pourquoi je dis qu’au niveau des ménages, il faudrait que nos dirigeants mettent en place tout ce qui garantit qu’il y ait un bon triage des déchets.
Quand vous prenez les déchets ménagers, biodégradables, on peut les transformer et demain ça va donner de la fumule organique. Mais si on mélange avec les sachets en plastique, les déchets en plastique, les déchets biomédicaux, ça devient difficile. Donc là, au niveau des ménages, ça sera difficile.
L.R : Cela veut dire qu’il y a un long trajet à parcourir ?
M. Mbonerane : Oui. Parce qu’au niveau des ménages, ils vont mettre ensemble tous ces déchets et puis la faute revient à qui ? On risque d’accuser les ménages alors qu’il n’y a pas de dispositif pour une bonne gestion de ces déchets. Voilà donc ce que je peux dire. Ça touche tout le monde, nos dirigeants.
Aujourd’hui, il y a les autorités au niveau local, au niveau communal, au niveau province, avant d’arriver au niveau national. Donc c’est toute une chaîne. Oui, c’est un long trajet parce que, je répète, il faut pouvoir différencier les types de déchets. Après, apprendre aux ménages comment différencier les déchets biodégradables et les non biodégradables. Ou bien les déchets liquides. Quand nous jetons les eaux usées n’importe comment, ça devient un problème. Il faudrait qu’il y ait d’abord des mesures d’assainissement au niveau central, au niveau local. Pour que s’il y ait des poubelles, il faut différencier les poubelles. Les poubelles où je vais jeter les déchets biodégradables et les poubelles où je vais jeter les déchets non biodégradables.
Demain, quand les services d’évacuation vont se présenter, ils vont prendre d’abord les déchets biodégradables. C’est ça que j’ai vu dans les pays plus ou moins développés. C’est qu’on dit, tel jour, on va ramasser les déchets non biodégradables. L’autre jour, on va ramasser les déchets biodégradables. Quand on va sur la décharge publique, là aussi il y a des sections différenciées. Il y a une section où on va stocker les déchets biodégradables et l’autre pour les non biodégradables. Parce que la gestion ou le traitement devient complètement différent. C’est toute une chaîne.
L.R : Vous évoquez des défis. Quand il y a une collectivité locale, est-ce qu’elle dispose des moyens nécessaires pour la gestion des déchets ?
M. Mbonerane : Je crois que j’ai déjà répondu à ça. C’est ça qui nous manque. On peut dire qu’au niveau de la commune, on a déjà installé des poubelles. Comme je le disais, il faudrait qu’au niveau de l’administration ; elle doit impliquer les collectivités. Mais la première responsabilité, revient à l’administration pour dire qu’à tel endroit, il y a les poubelles pour les déchets non biodégradables. Et à cet endroit, il y a les poubelles pour les déchets non biodégradables. Ça demande aussi une conscientisation ou une sensibilisation à longue échelle.
L.R : Que dites-vous des déchets jetés à bord des cours d’eau ?
M. Mbonerane : Je dois dire que pour assurer une bonne gestion des déchets, à respecter les normes, ce n’est pas encore vraiment acquis. On jette n’importe comment, n’importe où. Et puis si on a des déchets. On trouve qu’il n’y a pas de problème, on cherche un endroit, on doit jeter ces déchets, et c’est ce que vous allez trouver au bord des rivières, etc.
Et quand il pleut, tous ces déchets courent vers la rivière, et puis la destination finale, c’est le lac Tanganyika. Donc c’est un grand défi auquel on fait face aujourd’hui.
L.R : Quelle est la relation entre un environnement propre pour renforcer l’attractivité des villes ou bien favoriser les investissements?
M. Mbonerane : Oui, l’environnement, c’est crucial. Quand nous disons l’environnement, c’est un peu global, ça coiffe tout. Il y a la terre, il y a le sol, il y a l’eau, etc. Et là, quand nous disons un environnement propre, c’est-à-dire où il y a l’assainissement, je dirais que les déchets sont bien gérés.
Comme je l’ai dit, il y a des mesures de séparation de ces déchets, et puis les méthodes d’évacuation, et puis il y a une décharge publique. Donc là, quand c’est bien fait, comme vous le dites, ça va renforcer l’attractivité de la ville. C’est ce qu’aujourd’hui je dirais des villes vertes. S’il y a des arbres, s’il y a une bonne canalisation des eaux de pluie, etc, . Et puis, s’il y a un bon triage des déchets solides et biodégradables, on va trouver qu’il y a beaucoup de gens qui vont investir dans ce domaine. Même aujourd’hui, les investissements, je vois par exemple des jeunes qui commencent à investir dans le recyclage des déchets plastiques, pour la production de la fumée.
L.R : Quels bénéfices environnementaux peut-on attendre d’une meilleure gestion des déchets et des eaux usées ?
M. Mbonerane : Je dirais que c’est vraiment une réussite, un impact positif sur la gestion des déchets, etc. Donc les investissements, aujourd’hui, on parle de l’économie circulaire, il y a des déchets comme les bouteilles en plastique, avant on pouvait dire que ce sont des déchets toxiques. Mais aujourd’hui, avec la technologie de recyclage de ces déchets, on fait l’économie circulaire, c’est-à-dire, je prends ces déchets, j’ai créé une usine de de recyclage, qu’est-ce que ça fait ? Pour bien faire ce travail, je dois créer des emplois, donc il y a des jeunes qui vont gagner quelque chose par jour, et tout ça, donc ça fait un bon investissement, et ça va contribuer au développement.
Donc ce qui était déchets, comme une lourde charge, aujourd’hui ça devient plutôt un moyen de production de pavage, ou bien des engrais organiques, etc. Donc c’est vraiment positif, si on se disait tous ensemble, protégeons notre environnement, avec un bon assainissement, les choses vont changer. N’oubliez pas ce que disait le président Jacques Chirac de la France, c’était en 2002, aujourd’hui nous sommes en 2026, mais il était à Johannesburg, dans un sommet des chefs d’État, il disait, notre maison brûle, c’est-à-dire notre environnement brûle, et nous continuons à regarder ailleurs, il est grand temps d’ouvrir nos yeux pour voir ce qui se passe, et aujourd’hui je me dis que, comme vous le dites, si notre maison est bien protégée, n’oubliez pas, c’est-à-dire que l’environnement est bien protégé, tout ce qui est déchets, les déchets sont produits par notre action humaine, donc là, on va conjuguer des efforts pour dire, ces déchets-là, au lieu que ce soit des déchets qui détruisent l’environnement, on va investir pour mettre en place des unités de transformation, de recyclage, et on va créer des emplois, et ça devient l’économie circulaire, c’est tout le monde qui gagne.
L.R : Quels conseils donneriez-vous aux citoyens pour devenir de véritables acteurs du changement ?
M. Mbonerane : s’ils comprenaient qu’en protégeant l’environnement, c’est tout le monde qui gagne, si on a une bonne santé, si nous vivons dans un milieu bien assaini, on va continuer à produire, et on participe, on contribue au développement durable de notre pays, et comme c’est bien marqué, si nous protégeons l’environnement, il y a le pape Benoît XVI qui disait, « si vous voulez avoir la paix, il faut protéger l’environnement ». Or, si on est malade, on n’a pas la paix, donc le manque de paix, ce n’est pas seulement la guerre, c’est si on n’est pas tranquille et si on n’est pas dans un environnement sain, il n’y a pas de paix. C’est une question que chaque Burundais doit se poser. Qu’est-ce que je dois faire pour contribuer au bon assainissement, à une bonne hygiène, etc., pour que l’environnement soit vraiment propice pour tout le monde. Alors, si tout le monde se mettait à réfléchir sur quelles actions je peux mener, est-ce que quand je vois les déchets qui sont les papiers dans la rue, est-ce que je peux m’arrêter pour ramasser ces bouteilles et les mettre dans une poubelle, ça serait une bonne leçon pour tout le monde.
Propos recueillis par
Moïse Nkurunziza
