La quête d’un travail parsemée d’obstacles
Quitter l’intérieur du pays pour tenter sa chance en ville de Bujumbura est un choix que font nombreux jeunes, portés par l’espoir d’une vie meilleure. Mais derrière les images flatteuses de réussite se cache souvent une réalité plus rude, d’après plusieurs jeunes travailleurs domestiques qui se sont confiés au quotidien «Le Renouveau du Burundi», dernièrement.

Nestor Niyongabo, domestique dans la zone Bwiza, en sait quelque chose. Voilà six mois qu’il a quitté son village pour s’installer à Bujumbura. « Avant de venir, je voyais des jeunes de mon village revenir de Bujumbura bien habillés, avec des provisions achetées en ville. C’est ce qui m’a donné envie de venir chercher du travail pour gagner plus d’argent et leur ressembler », raconte-t-il.
Mais, à son arrivée en ville, le rêve s’est rapidement heurté à la réalité. « Le premier jour, j’ai failli ne pas trouver où dormir. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait », se souvient-il. Le lendemain, il parvient à décrocher un emploi, mais l’expérience tourne court. Le manque d’expérience lui coûte sa place. « Les employeurs cherchent souvent des personnes recommandées ou qui ont déjà de l’expérience », souligne-t-il.
Commence alors une période de galère qui durera quatre jours, avant qu’un ami ne lui tende la main. Grâce à cette aide, Nestor Niyongabo retrouve du travail. Cette fois, les conditions sont meilleures. « Aujourd’hui, j’ai un employeur gentil. Il ne me demande pas l’impossible. Au contraire, il m’encourage, et cela me donne envie de me surpasser dans ce que je fais », confie-t-il avec soulagement.
Du côté de la Zone Nyakabiga, Bénigne Irakoze, également domestique, a connu un parcours différent. Trouver du travail lui a été relativement facile, grâce à la recommandation d’une amie. Toutefois, elle reconnaît que tous n’ont pas cette chance. « J’ai des amis qui ont beaucoup galéré pour trouver du travail », explique-t-elle.
Elle évoque notamment le cas de son amie Arlette, renvoyée à deux reprises en l’espace de trois mois. « Selon elle, c’était à cause du mauvais caractère de son employeur. Mais après en avoir discuté avec elle et des amis en commun, j’ai découvert qu’elle avait été renvoyée pour vol », précise Bénigne Irakoze.
Pour elle, les difficultés rencontrées par les travailleurs domestiques ne sont pas toujours imputables aux employeurs. « Il arrive aussi que le problème vienne des travailleurs eux-mêmes, à cause de leur mauvais comportement », estime-t-elle, appelant à une remise en question de part et d’autre.
Fort de son expérience, Nestor Niyongabo adresse un message clair aux jeunes encore à l’intérieur du pays. Ainsi, il les conseille de ne pas se précipiter vers Bujumbura sans préparation. « Il vaut mieux venir quand on a déjà un travail. Et même dans ce cas, il faut se préparer aux exigences du poste », insiste-t-il. A ceux qui sont déjà en ville, il recommande la prudence, le respect envers leurs employeurs et le sérieux dans le travail.
M. Niyongabo lance un appel aux autorités pour un meilleur encadrement du travail domestique. Selon lui, le manque d’informations fiables expose nombreux jeunes à des abus promesses non tenues. « Pour les jeunes filles en particulier, les risques sont encore plus élevés : harcèlement, insécurité, exploitation… », conclut-il.
Eric Tuyishemeze (Stagiaire)
