Le défi de raviver la culture de la lecture
Au Burundi, la lecture peine encore à s’imposer comme une habitude quotidienne, notamment chez les jeunes. Entre manque d’infrastructures, faible culture de lecture chez les adultes et concurrence des technologies modernes, les défis sont nombreux. Toutefois, des pistes de solutions existent pour redonner goût aux livres et promouvoir une véritable culture littéraire dans le pays. Cela ressort de l’interview accordée au journal« Le Renouveau du Burundi » par Sylvestre Sindayihebura, directeur du Centre burundais de lecture, art et culture (Cebulac), le 27 mars 2026

Le directeur du centre burundais de lecture, art et culture (Cebulac) Sylvestre Sindayihebura l’exprime sans ambages.Le niveau de lecture au Burundi reste en deçà des attentes. Bien qu’un programme ait été lancé depuis 2017 pour implanter des centres de lecture (bibliothèques) dans toutes les communes, cet objectif n’a pas encore été pleinement atteint. Dans plusieurs localités du pays, l’absence de bibliothèques limite l’accès aux livres, freinant ainsi le développement de l’habitude de lire, surtout chez les jeunes. Le manque d’intérêt pour la lecture chez les jeunes est en partie lié au comportement des adultes. « Les lecteurs ne sont pas nombreux », souligne M.Sindayihebura. Les jeunes, en manque de modèles, ne développent pas naturellement le goût de lire.
De plus, certaines écoles ne disposent pas de bibliothèques, ce qui prive les élèves d’un cadre propice à la découverte des livres. Pourtant, par le passé, ces espaces permettaient aux enfants de lire régulièrement et de partager leurs lectures, favorisant ainsi l’apprentissage et l’esprit critique. L’usage du téléphone mobile est souvent perçu comme un frein à la lecture. De nombreux jeunes privilégient les contenus numériques au détriment des livres. Toutefois, M.Sindayihebura nuance Bien utilisé, le téléphone peut devenir un outil d’accès aux livres numériques et encourager la lecture. Il invite donc à transformer cette technologie en opportunité plutôt qu’en obstacle.
Des solutions pour promouvoir la lecture
Pour développer une culture de lecture durable, plusieurs mesures sont proposées. Il s’agit de promouvoir la scolarisation universelle des jeunes, valoriser la langue kirundi à travers la production de livres locaux, encourager l’écriture et la publication d’ouvrages en Kirundi, mettre en place une politique nationale d’alphabétisation inclusive, visant aussi bien les adultes que les jeunes, installer des bibliothèques dans les écoles et renforcer les centres de lecture existants. Les enseignants et les parents ont également un rôle clé à jouer. Celui d’encourager les enfants à lire régulièrement et les orienter vers les bibliothèques peut faire toute la différence.
Au-delà de l’acquisition de connaissances, la lecture offre de nombreux bienfaits. Elle permet de s’informer, de développer son esprit critique, de réduire le stress et de stimuler l’imagination. « Lire, c’est rester à jour et éviter de suivre aveuglément les autres », rappelle M.Sindayihebura, qui appelle les Burundais à redécouvrir les vertus de la lecture.
Du côté des librairies, certains signes sont positifs. Un vendeur à la librairie Saint Paul affirme que de nombreux clients achètent des livres, qu’ils soient scolaires ou écrits par des auteurs burundais. Des parents se mobilisent également pour initier leurs enfants à la lecture en leur achetant des ouvrages adaptés. Une tendance qui montre que, malgré les difficultés, l’intérêt pour la lecture existe bel et bien.
Yvette Mukeshimana(Stagiaire)
