A l’ère où les écrans occupent une grande place dans notre vie, le livre semble parfois perdre du terrain. Aujourd’hui, presque tout est accessible en un clic. Pourtant, selon les propos de l’écrivain Jimmy Gildas Dusabimana, rencontré ce 26 mars 2026, le livre garde toute son importance. Pour lui, l’arrivée du numérique ne remplace pas le livre, mais change simplement la manière de lire et de penser.

Chez les jeunes, les habitudes ont beaucoup évolué. Ange Estère Irutingabo, élève de secondaire rencontrée à la librairie Saint Paul, explique que même si son école dispose d’une bibliothèque, peu d’élèves empruntent des livres. « Sans mentir, je lis beaucoup sur mon téléphone parce que c’est plus rapide. Mais il y a des moments où j’achète un livre, surtout des romans, pour les lire à la maison », raconte-t-elle.
Elle ajoute que les élèves utilisent surtout les manuels scolaires pour étudier, mais que la lecture personnelle est moins présente. « Il y a des bibliothèques ici à Bujumbura, mais j’y vais rarement », reconnaît-elle.
Du côté des étudiants, le numérique occupe une place importante, surtout pour les recherches. Guy Fleury Muco, étudiant à l’université, le confirme. « Le numérique m’aide beaucoup. Je peux accéder à plusieurs documents en quelques minutes. Mais pour bien comprendre un sujet, le livre reste indispensable. Il est plus clair et plus structuré», précise-t-il.
Il souligne aussi un autre problème de manque de livres dans certaines bibliothèques universitaires, surtout privées. « Souvent, on ne trouve que des mémoires. On est obligé de faire des recherches sur internet », explique-t-il.
Le livre reste indispensable malgré les avantages du numérique
Pour l’écrivain Jimmy Gildas Dusabimana, même si le numérique prend de plus en plus de place, le livre ne disparaît pas. « Le numérique nous fait évoluer, mais il ne nous empêche pas de penser. Il change seulement notre manière de réfléchir », dit-il.
Selon lui, le livre offre une expérience unique que le numérique ne peut pas totalement remplacer. Le contact avec le papier, le calme, la concentration etc. Tout cela permet de se connecter profondément à une histoire. « Le livre est un espace de réflexion, de créativité et d’imagination. Il permet de s’isoler un moment dans un monde toujours connecté », souligne-t-il.
Dans un monde où les informations circulent rapidement, le livre reste un repère. Il oblige à ralentir, à prendre le temps de comprendre. Contrairement aux contenus numériques souvent rapides, le livre demande de la patience, mais offre une compréhension plus profonde.
Cependant, M. Dusabimana reconnaît que le numérique est à la fois une opportunité et un défi.
D’un côté, il permet de diffuser les œuvres plus facilement et de toucher un public plus large.
Le numérique peut rendre la lecture moins profonde
L’enseignant-chercheur, Alexis Bayisenge partage cet avis. Pour lui, le livre reste un outil essentiel dans l’éducation. « Le livre joue un rôle important dans la transmission des connaissances, de la culture et des idées. Il aide à développer l’esprit critique », explique-t-il.

Mais il reconnaît aussi que le numérique a changé les choses. Aujourd’hui, il est plus facile d’accéder à l’information grâce aux livres numériques et aux ressources en ligne.
Selon lui, il faut tenir compte du milieu de vie. Dans les zones où l’internet est accessible, le numérique prend une grande place. Mais dans les régions où la connexion est limitée, le livre papier reste indispensable.
Des habitudes de lecture transformées par le numérique
Avec le temps, les habitudes de lecture ont changé. Beaucoup de personnes lisent désormais sur l’écran. Mais selon M. Dusabimana, ce n’est pas forcément la quantité qui change, mais la qualité de la lecture. « Les jeunes lisent différemment aujourd’hui. Il faut trouver des moyens de les atteindre et de les inspirer », insiste-t-il.
Il reconnaît aussi que le numérique est plus pratique. « On peut lire partout et à tout moment. Mais il y a beaucoup de distractions. Sans concentration, on peut vite perdre le fil », explique-t-il.
À l’inverse, le livre papier demande plus de calme et de concentration. Il permet de mieux réfléchir, même s’il demande plus de soin et n’est pas toujours facile à conserver.
Pour M.Bayisenge, le livre numérique ne peut pas remplacer totalement le livre papier. « Chaque format a ses avantages. Le numérique est pratique et accessible. Le papier offre un meilleur confort de lecture et moins de distractions. Les deux doivent se compléter », affirme-t-il.
L’écrivain souligne aussi que le numérique a changé la manière de publier et de faire connaître les œuvres. « Grâce au numérique, j’ai pu atteindre un public plus large », dit-il.
Mais malgré cela, il reste attaché au livre papier. « Le livre crée un lien spécial entre le lecteur et l’auteur. Il offre une expérience unique », ajoute-t-il.
Pour l’enseignant-chercheur, la solution est claire. Il faut trouver un équilibre. Les écoles et les bibliothèques doivent proposer à la fois des livres papier et des ressources numériques. Il est aussi important d’encourager les élèves à lire, quel que soit le support. « Sensibiliser les jeunes à l’importance de la lecture est essentiel pour construire une culture équilibrée entre le papier et le numérique », insiste M. Bayisenge.
Au final, le vrai défi aujourd’hui n’est pas de choisir entre le livre et le numérique, mais de garder l’habitude de lire, surtout chez les jeunes.
Comme le conclut M.Jimmy Gildas Dusabimana : « Lire aide à mieux penser, à mieux comprendre et à mieux s’exprimer. Même à l’ère du numérique, le livre reste indispensable. Il ne disparaît pas. Il s’adapte. »
Eric Tuyishemeze
