La Vision du Burundi émergent en 2040 et développé en 2060 ambitionne une protection sociale accessible à tous. Des efforts assez considérables ont été enregistrés comme le montrent certains témoignages. L’objectif 12 de cette vision reconnaît également que le Burundi a, certes, enregistrés des avancées mais des efforts restent encore à être consentis pour permettre à toutes les couches de la population de réaliser pleinement leur potentiel. Nos interlocuteurs estiment que la couverture sociale effective au Burundi d’ici 2040 ne dépendra pas seulement des politiques publiques, mais également de la capacité des médias à informer, à contrôler, à sensibiliser et à mobiliser les citoyens.

« Des efforts importants restent à consentir au niveau de la protection sociale dans toutes ses dimensions pour couvrir le maximum possible de la population », lit-on au niveau de l’objectif 17 de la Vision 2040-2060 qui concerne l’assurance de la protection sociale pour tous. Au mois de mars 2026, le ministre ayant la sécurité sociale dans ses attributions, Gabriel Nizigama a souligné, lors de la tenue à Bujumbura, du séminaire technique sur les services de sécurité sociale inclusifs, le rôle irremplaçable des médias. «L’inclusion et l’accessibilité des services de sécurité sociale sont une nécessité impérieuse. Elles exigent, non seulement des cadres juridiques solides et des mécanismes financiers viables, mais aussi une communication claire, transparente et adaptée aux bénéficiaires», a-t-il fait remarquer. Et d’éclairer : « Une communication efficace informe, éduque, sensibilise et rassure les assurés. Elle renforce la confiance dans les institutions, booste l’adhésion aux régimes. Elle devient un levier stratégique de gouvernance et de performance institutionnelle ».
Le secteur informel : entre défis et promesses
Comme le montre l’objectif 17 de la Vision 2040-2060, la couverture de la protection sociale reste, malgré les avancées enregistrées par l’Institut national de la sécurité sociale (INSS), l’Office nationale des pensions et risques professionnels (ONPR) ainsi qu’en matière de santé avec la Mutuelle de la fonction publique (MFP), faible et encore inaccessible à plusieurs catégories de la population. Par exemple, en 2022, la carte d’assistance maladie couvrait seulement 23,9% de la population, les mutuelles communautaires de santé couvraient 2% et les micro-assurances ne couvraient que 0,5%.

Selon les données de l’Organisation internationale du travail, le secteur informel représente la majorité des emplois au Burundi (90,7%), dont 56,3 % sont occupés par des femmes. Christine Sibomana, cultivatrice originaire de la commune Mwumba exerçant aussi le petit commerce dit que l’accès à la sécurité sociale pour le secteur informel reste très limité. Comme palliatif, certains ont trouvé le moyen de se prémunir de certains risques en misant sur l’entraide communautaire grâce à l’adhésion aux mutuelles de santé communautaire. A ce défi, le ministre Nizigama tranquillise. « Le gouvernement s’engage à moderniser le système national de protection sociale pour le rendre plus inclusif et accessible à tous, y compris les femmes, les jeunes et les personnes vulnérables ».
Un rôle stratégique des médias
Le directeur de la radio communautaire Ijwi ry’umukenyezi couvrant les provinces de Gitega, Butanyerera et une partie de Burunga témoignent de la place stratégique des médias, en particulier les médias communautaires pour combler le fossé entre les institutions de prévoyance sociale et la majorité rurale et active dans le secteur informel. «Les radios communautaires traduisent les textes de loi complexes en Kirundi et utilisent des formats vivants comme les tribunes d’expressions populaires, le théâtre radiophonique ou les micro-trottoirs pour expliquer concrètement l’intérêt d’une couverture maladie ou d’une pension de retraite ».
Il témoigne : « Suite à nos émissions et bulletins d’information visant à sensibiliser les travailleurs et les employeurs à l’importance de l’affiliation à la sécurité sociale, des employés de structures confessionnelles effectuant de petits travaux se sont présentés à notre radio pour s’informer sur la législation sociale en vigueur. Ils ont ensuite pu engager le dialogue avec leurs employeurs, ce qui a mené à leur immatriculation et à la régularisation de leurs cotisations sociales».
Sébastien Ndayavugwa, représentant des syndicats des agents de gardiennage reconnait que, grâce à l’effort des médias et des autorités compétentes, la grande majorité de « nos employeurs » ont déjà commencé à immatriculer leurs employés même s’il y a ceux qui trainent encore les pieds. Dans une interview qu’il nous a données au mois de mai dernier, Freddy-Trésor Migaboyimana, chef du service Affiliation des employeurs et immatriculation des travailleurs à l’INSS avait reconnu que sur les 39 sociétés de gardiennage recensées, 33 sont, actuellement, affiliées à l’INSS, soit un taux de couverture d’environ 85 %.
Pour maximiser l’impact des médias, suggère Mitterrand Ndayegamiye, les décideurs politiques doivent nouer avec leurs responsables des partenariats stratégiques structurels, assortis de financements d’envergure. « L’accès universel à la sécurité sociale exige d’abandonner les simples communiqués textuels pour financer des formats de communication à fort impact, tels que les fictions radiophoniques interactives, les caravanes d’information mobiles, les productions audiovisuelles multilingues et les campagnes de terrain, qui se révèlent bien plus inclusifs, mais aussi très coûteux ».
Apport du numérique dans l’atteinte de la couverture de la protection sociale effective en 2040

Selon Nathan Ntahondi, spécialiste en politiques de développement des TICs et fondateur de CBETIC un centre spécialisé en technologies de l’information et de la communication, met l’accent sur le numérique dans la réussite de ce pari. « Le numérique n’est pas une option pour 2040. C’est l’infrastructure essentielle qui rend la couverture « effective » possible à grande échelle ». Il souligne quatre apports concrets du numérique. Il s’agit de constituer des bases de données biométriques, des registres sociaux numériques et les mobiles, afin d’identifier et enregistrer des millions de citoyens, y compris dans les zones rurales.
M. Ntahondi plaide aussi pour la sensibilisation à l’utilisation du mobile money, les portefeuilles électroniques et les transferts bancaires qui permettent aujourd’hui, d’envoyer les aides sociales directement, sans intermédiaires. « Aujourd’hui, avec les plateformes web, les applications, etc., les bénéficiaires peuvent vérifier leur éligibilité, leur statut de paiement et faire des réclamations depuis leurs téléphones. Les médias utilisent ces mêmes canaux pour diffuser des contenus d’apprentissage ». Enfin, il plaide pour la transparence et la mise à la disposition des données utiles pour le journalisme : les tableaux de bord publics en open data permettent aux médias de croiser les données. « Je souligne le risque à surveiller. C’est notamment la fracture numérique. Si, en 2040, une partie de la population burundaise n’a toujours pas accès à Internet ou au téléphone, elle sera exclue. C’est le rôle des médias surtout communautaires, radios et agents de proximité pour faire le tout dernier kilomètre. C’est cela le journalisme de solution ».
Moïse Nkurunziza
