Le 48e anniversaire du quotidien Le Renouveau du Burundi est une opportunité de célébrer son parcours tout en réfléchissant à son évolution face aux attentes du public. Il doit pouvoir marquer un pas de plus dans sa mission d’informer et d’éduquer, indique le journaliste à la retraite, Serges Gahungu, dans un entretien le vendredi 10 avril 2026

Ancien journaliste du quotidien Le Renouveau du Burundi, notre confrère Serges Gahungu indique que, pour lui, le journal est bien plus qu’un quotidien, c’est un pilier de l’information, mais aussi un instrument d’éducation et de cohésion sociale. «Je peux affirmer sans risque de me tromper que, durant ses 47 dernières années, le journal a pleinement joué son rôle régalien d’accompagnement de l’action gouvernementale dans les divers secteurs de la vie nationale sans laisser de côté les préoccupations des citoyens. Il s’est illustré notamment par des articles de plaidoyer et d’éveil des consciences, contribuant ainsi à l’amélioration des conditions de vie des populations et au développement du pays. Cet anniversaire est une opportunité de célébrer son parcours tout en réfléchissant à son évolution face aux attentes du public. M.Gahungu signale que, pour améliorer la qualité des contenus de ce journal, il faut repenser le rôle du journaliste. «Aujourd’hui, il doit marquer un pas de plus dans sa mission d’informer et d’éduquer, il doit pouvoir expliquer, contextualiser et anticiper. En effet, le journaliste ne doit pas perdre de vue qu’il joue un véritable rôle de veille informationnelle, sociale et pédagogique, notamment en détectant les sujets émergents, en restant à l’écoute des préoccupations des citoyens et en facilitant la compréhension des enjeux. Mais au–delà, il doit être un pont entre les gouvernants et les gouvernés». Selon M.Gahungu, le journaliste est aussi le porte-voix des populations, l’œil qui observe et l’oreille qui écoute. «C’est cette position centrale qui donne tout ce sens à sa mission». Il propose à cet effet trois axes prioritaires.
«D’abord, le renforcement de la rubrique s’occupant du domaine juridique et judiciaire, dans le but de rendre le droit accessible à tous et d’assurer une veille sur les évolutions légales et judiciaires et les traduire en langage clair pour les citoyens.
Ensuite, la création d’une rubrique pédagogique pour le français en faisant du journal l’outil d’amélioration linguistique et en proposant des contenus pratiques pour aider les lecteurs à mieux s’exprimer et comprendre.
Enfin, l’implication des retraités dans la transmission de l’information, et ce pour valoriser l’expérience des anciens. La mise en place des d’un système du mentorat et des contributions régulières pour renforcer la qualité des contenus permettrait aux générations naissantes de tirer profit de cette expérience et de connaissances dormantes de leurs ainés».
Explicitant son propos se rapportant à la relance de la chronique judiciaire, notre interlocuteur indique que celle-ci éclaire la justice, mais aussi la conscience collective, ajoutant qu’elle participe à la formation du citoyen, au respect du droit et à la prévention des abus. Selon lui, plaider pour la relance de la chronique judiciaire et la formation des jeunes journalistes n’est donc pas un vain mot.
M.Gahungu précise que ces initiatives peuvent transformer la relation avec les lecteurs en permettant de passer d’un journal simplement informatif à un journal utile, formateur et plus proche des réalités du public. Le lecteur pourrait se sentir plus écouté, compris et mieux outillé pour apprendre son environnement, estime-t-il.
En fin de compte, conclut-il, en étant à la fois en veille, médiateur et pédagogue, Le Renouveau du Burundi peut renforcer sa place comme référence nationale et véritable partenaire du citoyen.
Une évolution très remarquable est enregistré
Gilbert Ntahorwamiye également un journaliste chevronné à la retraite raconte son expérience au journal Le Renouveau du Burundi, « Quand j’ai commencé aux Publications de presse burundaise (PPB) tout était manuscrit. Il n’y avait pas d’ordinateurs et ce sont les compositeurs qui saisissaient les articles. Le travail était très dur et très lent avec beaucoup d’erreurs. Le personnel de la réalisation au journal Le Renouveau rentrait souvent tard la nuit voire au delà de minuit. Vous comprenez qu’il n’y avait pas d’internet ni de réseaux sociaux à exploiter ou à mettre à contribution pour s’informer et informer. Après quelques années il y a eu un léger mieux puisqu’on avait déjà quelques ordinateurs ainsi qu’internet. Mais pour se connecter, il fallait aller chez le responsable du service financier. Ainsi, la situation a évolué si bien que chaque journaliste a eu son ordinateur et une connexion internet. Le travail est devenu rapide et allégé. Ce qui nous a permis d’évoluer en termes de documentation et d’information », a témoigné Gilbert Ntahorwamiye, ancien journaliste au Renouveau depuis 1996, et actuellement secrétaire de rédaction de la publication du groupe de presse Iwacu et professeur d’Université en journalise et communication.

2008, l’année du changement du look du journal Le Renouveau
« Petit à petit, le journal a construit son propre site Web, et envahi les réseaux sociaux même s’ils ne sont pas alimentés jusqu’aujourd’hui comme il se doit. Entre temps, les journalistes de formation ainsi que ceux expérimentés ont régulièrement fui « Le Renouveau » si bien que le journal en a beaucoup souffert au niveau du fond et de la forme. Mais, je dois souligner une évolution très nette en 2007 ou 2008, lorsque le journal a pris sa forme actuelle. Avant, on disposait la première page et les pages intérieures comme on veut sans respecter aucune norme technique ni esthétique », fait savoir M. Ntahorwamiye. Il a sougnalé que pendant plusieurs années, « Le Renouveau » avait quelques appareils photos et le développement des photos se faisait dans des studios de l’Agence burundaise de Presse (ABP), du fait que les journalistes n’étais formés en photographie.
La presse écrite, pas bien connue au Burundi
D’une manière générale, M. Ntahorwamiye précise que la presse écrite n’est pas bien connue au Burundi. «On ne voit pas son importance surtout les décideurs. Quand la télévision et la radio sont présentes, les médias sont là. Ailleurs, c’est l’inverse. La presse écrite d’abord. Surtout quand on est une presse publique comme Le Renouveau. Ne dit-on pas que les écrits restent au moment où les paroles s’envolent », a rappelé, M.Ntahorwamiye. Dans le but de faire avancer davantage le journal Le Renouveau, il a suggéré qu’il faut recruter des journalistes en se basant sur le professionnalisme et les compétences, afin de faire un travail professionnel et de qualité.
Evelyne Ndayongeje (Stagiaire)
Avit Ndayiragije
