Les notables collinaires jouent un rôle incontournable dans la résolution des conflits sociaux. Parmi ces derniers, ceux qui constituaient auparavant un fardeau pour l’administration et les tribunaux de résidence, peuvent désormais être résolus grâce à la facilitation des notables collinaires, sans que cela ne prenne beaucoup de temps. Malgré certains défis observés dans leur fonctionnement, beaucoup de gens apprécient leur rôle dans la facilitation du règlement des conflits sociaux ou fonciers.

Théodore Nigaba est un notable de la commune Gisagara. Il dit que depuis l’élection des notables collinaires, ces derniers reçoivent différents conflits sociaux qui étaient auparavant destinés à l’administration ou aux tribunaux de résidence. « Dans notre localité, il arrive que des voisins ou membres d’une même famille n’arrivent pas à s’entendre sur leurs intérêts. Au lieu de se chamailler tous les jours, ils approchent les notables collinaires pour qu’ils règlent leurs différends », précise-t-il.
M. Nigaba indique que dans beaucoup de cas, les conflits sociaux qui opposent les voisins ou membres d’une même famille sont réglés. Cependant, il regrette que certaines personnes adoptent un comportement étrange et n’acceptent pas les décisions prises par les notables collinaires. Dans ce cas, ils proposent de se rendre au tribunal de résidence pour poursuivre la procédure. Dans d’autres cas, certaines personnes ne savent pas où commencer lorsqu’elles sont en conflit. Certains se dirigent d’abord vers les tribunaux ou s’adressent à l’administration locale. Dans ce cas, ils perdent du temps et sont obligés de revenir vers les notables collinaires. D’autres encore ne veulent pas clore leurs conflits et se présentent à plusieurs reprises chez lesdits notables.
Nicelatte Nayuburundi quant à elle, fait savoir que les habitants de sa localité apprécient le respect du genre au sein des notables collinaires : « Parfois, certaines personnes en conflit souhaitent d’abord échanger avec une femme notable seulement avant d’aller exposer leurs problèmes dans l’assemblée de tous les notables. Personnellement, je reçois les femmes et les hommes en privé lorsqu’ils veulent des conseils avant d’exposer leurs problèmes publiquement. Dans beaucoup de cas, certains, parmi eux, acceptent les conseils que je leur donne et règlent à l’amiable leurs conflits », signale-t-elle.
Elle regrette néanmoins que parmi les notables, il y en a qui veulent afficher un parti pris lorsque l’une des parties en conflit a des affinités avec un notable. Mais, précise-t-elle, les autres notables ne peuvent pas être influencés par un seul confrère ou une seule consœur et prennent une décision qui respecte la loi.
Le travail des notables collinaires facilitent le règlement des conflits sociaux
Japhet Nikuze, habitant au chef lieu de la province de Buhumuza, précise que dans la commune Cankuzo, on observe souvent des conflits sociaux et fonciers. Des gens se querellent, des fois, à cause de terres. Avant l’arrivée des notables collinaires, nous nous dirigions vers l’administration locale ou le tribunal de résidence. Puisque ces derniers reçoivent beaucoup de cas de conflits, les procès prenaient beaucoup de temps pour être tranchés. Par conséquent, nous avions du mal à nous occuper des activités génératrices de revenus pour faire vivre nos familles. Nous pouvions nous présenter une ou deux fois par semaine devant l’administration ou le tribunal sans être accueillis.
Mais, maintenant, avec le travail des notables collinaires, les conflits sont très vite tranchés. Ces notables se rassemblent une fois par semaine. Puisqu’ils écoutent les gens de leur colline, ils essaient de prendre du temps suffisant pour trancher le maximum de cas de conflits qui se présentent le jour de leur rassemblement. M. Nikuze apprécie le travail des notables collinaires et affirme que beaucoup de cas de conflits sociaux et fonciers se règlent facilement grâce à eux, sans qu’il soit nécessaire de faire appel à d’autres juridictions.
Respecter leur travail
Le gouverneur de la province de Buhumuza, Denise Ndaruhekere, apprécie le travail des notables collinaires. Elle signale qu’avant leur élection, l’administration locale recevait beaucoup de cas de conflit sociaux et fonciers : « Certains ne savaient même pas où se rendre quand les deux parties étaient en conflits. Des fois, nous recevions des conflits qui, normalement devraient être présentés directement dans les tribunaux. Dans ce cas, nous perdions beaucoup de temps en les réorientant après les avoir entendus.
Mais maintenant, le travail des notables collinaires vient pour alléger le fardeau de l’administration locale. Durant ces jours, la majeure partie de la population connait la procédure de gestion des conflits. Grace aux séances de sensibilisations organiséés par l’administration avec la population, cette dernière connaît, désormais où se dirriger lorsque des conflits surgissent dans la communauté.
Mme Ndaruhekere profite, cependant, de cette occasion, pour interpeller les notables collinaires, afin qu’ils évitent les pots de vin dans le but de respecter la loi lorsqu’ ils se rassemblent pour statuer sur un conflit social ou foncier.
Elle saisit également cette opportunité pour inviter toute la population à respecter le travail des notables en les rappelant que beaucoup d’entre eux travaillent dans le respect de loi.
Rose Mpekerimana
