A l’occasion de la Journée mondiale des malades célébrée le 11 février de chaque année, l’organisation Nacham Africa dresse un bilan de ses actions dans les hôpitaux publics. Entre lutte contre la malnutrition et soutien psychosocial, son fondateur, Armand Ijimbere, décrypte les défis d’une prise en charge qui va bien au-delà des soins médicaux pour restaurer la dignité des plus vulnérables au Burundi.
Pour les patients hospitalisés dans les structures publiques, la guérison ne dépend pas uniquement de la disponibilité des molécules. Armand Ijimbere, fondateur et directeur exécutif de Nacham Africa, alerte sur un phénomène criant : l’abandon thérapeutique. « L’absence de soutien familial, souvent due aux coûts prohibitifs du transport et de l’hébergement pour ceux venant de l’intérieur du pays, plonge de nombreux patients dans un isolement total », explique-t-il. Cet isolement ne brise pas seulement le moral, il engendre des troubles psychologiques profonds et augmente la dépendance critique des malades envers des proches qui, parfois, ne reviennent plus.

A cette détresse sociale s’ajoute une précarité économique asphyxiante. Face à l’accumulation des frais médicaux, de nombreuses familles sont contraintes à vendre leurs derniers biens productifs, comme des terres ou du bétail. Ce sacrifice fragilise davantage leur situation à la sortie de l’hôpital et entraîne inévitablement des réhospitalisations fréquentes, alimentant ainsi un cycle de pauvreté sans fin.
M. Jimbere déplore également l’impact dévastateur de la malnutrition en milieu hospitalier. Selon lui, elle ne se contente pas de détériorer l’état physique : « La sous-alimentation réduit l’efficacité des traitements et affecte la santé mentale. C’est un cercle vicieux où la maladie nourrit la faim, et la faim empêche la guérison. »
Une stratégie intégrée pour une résilience durable
Face à cette urgence, M. Ijimbere fait savoir que Nacham Africa ne se contente pas d’une aide ponctuelle. L’organisation déploie une approche holistique validée par des chiffres éloquents pour l’année 2025. Entre octobre 2024 et septembre 2025, ce sont précisément 129 566 repas nutritifs qui ont été servis. En moyenne, 310 patients particulièrement vulnérables sont nourris chaque mois dans des établissements partenaires tels que l’Hôpital de Kabezi, la Clinique Prince Louis Rwagasore, le CHU (centre hospitalo-universitaire de Kamenge) et l’Hôpital Prince Régent Charles.
Le combat de Nacham Africa se joue aussi sur le terrain de l’esprit. M. Ijimbere précise que l’accompagnement psychologique est essentiel pour restaurer la dignité. Avec 767 patients ayant reçu un soutien psychosocial et des campagnes de sensibilisation touchant plus de 10 000 personnes en collaboration avec le Ministère de la Santé, l’impact est massif. Une attention particulière est portée aux enfants : 388 d’entre eux ont bénéficié de la thérapie par le jeu « KINA », une méthode innovante pour évacuer le traumatisme de l’hospitalisation.
L’organisation accorde une priorité absolue aux « patients uniques », ces oubliés du système sans aucun soutien, ainsi qu’aux femmes et aux personnes handicapées. En garantissant le retour à l’école de 278 enfants de parents hospitalisés grâce à des kits scolaires complets, Nacham Africa prouve que le soutien aux malades est aussi un levier de stabilité pour toute la communauté. À travers cette résilience nutritionnelle et psychologique, l’organisation favorise un rétablissement digne, durable et profondément humain.
Jean Marie Ndayisenga
