Face à la double menace de la dégradation environnementale et du chômage des jeunes, le Burundi découvre une opportunité inédite. La valorisation de l’ensemble des déchets, longtemps perçue comme une contrainte, est désormais un puissant moteur de croissance. Qu’il s’agisse de résidus industriels, d’emballages plastiques ou de biodéchets ménagers, tous sont transformés en ressources, créant des emplois verts et apportant des solutions économiques concrètes pour les familles, les entreprises et le pays.

La gestion des déchets est en pleine mutation. Selon le constat général, les résidus des sociétés modernes, qu’il s’agisse des déchets industriels, des emballages plastiques, ou des déchets ménagers (biodéchets) de l’homme, ne sont plus des problèmes, mais des gisements de ressources inexploités. Cette approche, qui place l’économie circulaire au cœur de la gestion, génère des bénéfices considérables, notamment sur le plan social et économique.
Le secteur de la valorisation et du recyclage s’avère par nature intensif en main-d’œuvre, couvrant des activités allant de la collecte sélective à la transformation industrielle. Ce nouveau cycle de production ouvre des perspectives d’embauche concrètes pour une jeunesse en quête d’emploi, offrant des emplois d’avenir pour les collecteurs, les transporteurs, et le personnel des usines de transformation. En faisant de l’ancien déchet, une solution économique, cette filière alimente un nouveau moteur de croissance, affirmant le rôle central d’une transition écologique réussie.
Simon Buhungu, enseignant-chercheur au département de Biologie à l’Université du Burundi alerte : l’absence de valorisation des déchets pose un grave péril pour le pays. L’accumulation des déchets, notamment des plastiques, dans des sites non contrôlés ou directement dans le lac Tanganyika, menace non seulement la précieuse biodiversité aquatique, mais elle entraîne aussi la contamination des poissons par des microplastiques. Cette pollution remonte inéluctablement la chaîne alimentaire, impactant directement la santé humaine. Les conséquences ne sont pas seulement écologiques ; les déchets non collectés et non transformés représentent un manque à gagner considérable pour les familles, les industries et le pays.
Face à cette situation, le recyclage s’impose comme une solution vitale et un puissant levier de développement. M. Simon Buhungu insiste sur la nécessité d’établir un système efficace débutant par la séparation des déchets à la source (plastique, verre, métaux, matière organique). Pour les matériaux inertes, ce processus permet de transformer le déchet en un dérivé de seconde génération.
Il souligne que cette valorisation dépasse le simple cadre écologique. Elle constitue avant tout une opportunité économique et sociale majeure. Ce processus génère non seulement des fonds pour les entreprises, mais il crée et pérennise également des emplois verts pour les collecteurs et le personnel des usines de transformation. En outre, ces activités de recyclage fournissent des taxes conséquentes, jouant ainsi un rôle significatif dans le développement national du Burundi.
Innocent Banigwaninzigo, expert en environnement et changement climatique, explique que les emballages non biodégradables peuvent vivre des années et des années sans se dégrader dans le sol. Cette pollution de la terre crée des problèmes d’infiltration de l’eau et perturbe les micro-organismes essentiels à la fertilité du sol. « La baisse de la fertilité influe sur les rendements agricoles, et c’est de l’insécurité alimentaire qui va par après engendrer les maladies », déclare M. Banigwaninzigo, insistant sur le fait que la bonne gestion des déchets est un enjeu de sécurité nationale.
Dr. Norbert Manirakiza, enseignant à l’Ecole normale supérieure, a révélé qu’une mauvaise gestion des déchets est observée dans 74,58% des ménages, et que les déchets fermentescibles prédominent à 69,28%. Il affirme que l’éducation environnementale est nécessaire et que la fraction fermentescible pourrait être traitée par compostage ou valorisée énergétiquement, tandis que les fractions non biodégradables devraient être orientées vers des filières de valorisation correspondantes
Transformer les défis en richesses
Au Burundi, la gestion des déchets s’est matérialisée par des initiatives concrètes, à l’image du Consortium/FIADI (Femmes Ingénieures Actives pour le Développement Inclusif).
Jeanne Ajeneza, représentante du Consortium / FIADI, raconte que l’initiative est née de la volonté collective de réinventer la gestion des déchets au Burundi. Elle souligne que l’économie circulaire est une stratégie économique vitale pour créer des emplois, réduire la pauvreté et les importations. « L’économie circulaire, c’est transformer les défis en richesses et les déchets en solutions », affirme-t-elle. L’objectif est double : contribuer au développement de sociétés burundaises inclusives et résilientes, notamment par la création d’emplois pour les jeunes et les femmes, tout en réduisant l’empreinte carbone du pays.

Antoine Kervern, coorganisateur de l’Union internationale des architectes (UIA) et responsable du projet Ecocirc financé par l’Union européenne a martelé l’urgence de transformer la perception des déchets, les qualifiant non pas de problèmes, mais de richesse inexploitée pour le Burundi. Il a insisté sur l’engagement fort des Burundais, soulignant que la pollution concerne la santé et l’environnement de tous. Kervern a salué l’élan national, évoquant l’Initiative Burundi zéro déchet lancée par la Première dame et l’intégration de l’éducation environnementale dans les écoles et universités.
Il a précisé le rôle de l’UIA, mandatée par l’Union européenne, pour appuyer la dynamique nationale pendant deux ans, offrant support technique et financier. Le projet vise à valoriser les déchets, évitant qu’ils n’atteignent pas les lacs et air, pour la santé publique. Kervern a affirmé que l’économie circulaire représente une opportunité économique majeure pour le pays, créant de l’embauche et des revenus à travers la collecte, le respect et la transformation des différents types de déchets. Il a appelé tous les citoyens à rejoindre cette initiative pour leur rôle de moteur du changement.
Joseph Ndayiragije, collecteur de bouteilles en plastique témoigne que son travail de ramassage lui apporte un bénéfice financier régulier. Il ajoute qu’au-delà de l’avantage économique, il est conscient de contribuer activement à la réduction des déchets dans les rues et les caniveaux, jouant un rôle direct dans la lutte contre la pollution. Il incarne l’un de ces maillons essentiels de la chaîne de l’économie circulaire, où un ancien problème est devenu la solution pour sa famille et pour l’environnement.
Jean Marie Ndayisenga
