Le président de la CVR (Commission vérité et réconciliation), Pierre Claver Ndayicariye, a présenté, le vendredi 31 juillet 2026 à Gitega, le résumé exécutif du rapport de la Commission sur les événements de 1972. Cette présentation est intervenue lors d’une réunion présidée par le chef de l’Etat, Evariste Ndayishimiye, à l’intention des responsables des partis politiques légalement agréés au Burundi.
Présentant les principales conclusions de quelques années d’investigations, M. Ndayicariye a rappelé que la Commission a procédé à l’exhumation de nombreuses fosses communes, la collecte de milliers de témoignages, la reconstitution des faits, l’identification de nombreuses victimes ainsi qu’à la publication de plusieurs rapports thématiques et annuels. Selon les conclusions de la CVR, les éléments recueillis permettent d’établir qu’en 1972, un génocide a été commis contre les Hutu. La Commission estime que cette tragédie est l’aboutissement d’un long processus historique amorcé durant la période coloniale, caractérisé notamment par des politiques de différenciation, des déséquilibres dans l’accès aux responsabilités, des crises politiques successives, des purges administratives et militaires ainsi que par la concentration du pouvoir. La CVR considère que la reconnaissance de cette histoire, la recherche de la vérité, la justice, la réparation des victimes et la préservation de la mémoire sont des conditions indispensables pour prévenir la répétition de telles violences et consolider une réconciliation nationale durable.
A l’issue de cette présentation, le président Ndayishimiye a invité les responsables des partis politiques à s’exprimer librement sur le contenu du rapport, à poser des questions de clarification et à formuler des observations ou des suggestions. Plusieurs intervenants ont salué le travail accompli par la CVR, estimant qu’il constitue une étape importante dans le processus de réconfort des victimes et de réécriture de l’histoire du Burundi sur la base d’enquêtes approfondies et documentées. D’autres participants ont toutefois relevé certaines insuffisances et estimé que des pistes de recherche méritaient encore d’être explorées afin de faire toute la lumière sur les événements.
Toute information participant à la manifestation de la vérité reste la bienvenue devant l’Exécutif burundais
En réaction, le chef de l’Etat a rappelé que le rapport définitif de la CVR avait déjà été présenté au parlement réuni en congrès, tout en précisant que le gouvernement ne s’était pas encore prononcé officiellement sur son contenu. Il a indiqué que toutes les contributions susceptibles d’enrichir la manifestation de la vérité demeurent les bienvenues et seront examinées afin que le rapport final tienne compte de toutes les informations pertinentes permettant au pays de tourner définitivement la page de son passé douloureux. Abordant la question de la protection des auteurs présumés des crimes qui acceptent de témoigner, le président Ndayishimiye a expliqué que la justice transitionnelle repose sur des mécanismes spécifiques visant à favoriser la manifestation de la vérité et la réconciliation. Selon lui, la protection des témoins, y compris des auteurs qui collaborent avec la justice transitionnelle, constitue un élément essentiel de ce processus, dans la mesure où certaines vérités ne peuvent être obtenues dans le seul cadre de la justice pénale ordinaire.
Le Chef de l’Etat a, en outre, exhorté les acteurs politiques à faire preuve de responsabilité et de retenue dans leurs déclarations afin d’éviter tout discours susceptible de raviver les blessures du passé. Il les a invités à privilégier le dialogue, l’écoute mutuelle, le pardon et la recherche de la vérité, tout en plaçant l’intérêt supérieur de la nation au-dessus des considérations partisanes. La réconciliation nationale ne peut être durable que si les Burundais acceptent de regarder leur histoire avec lucidité, sans esprit de vengeance, dans le respect de la dignité des victimes et avec la volonté commune de bâtir un avenir fondé sur l’unité, la paix et la cohésion sociale, a-t-il conclu.
Amédée Habimana
