
A 26 ans seulement, Géraldine Irakoze force l’admiration. Présidente de la Coopérative agro-pastorale et Commerciale de Buramata (Capecobu), cette jeune femme a transformé une idée née sur les réseaux sociaux en une entreprise prospère qui nourrit toute une colline. Dans une région où le chômage des jeunes diplômés est une réalité quotidienne, elle a choisi de ne pas attendre une aide extérieure, mais de créer, elle-même, son emploi et celui des autres, avec audace et détermination.
Titulaire d’un diplôme A2 en Informatique de gestion, Mme Irakoze raconte son parcours : « cela fait quatre ans que j’ai fini mes études. Quand j’ai fini, j’ai un peu chômé ». Une période de doute que beaucoup de jeunes burundais connaissent après l’obtention de leur diplôme. Mais, au lieu de rester les mains croisées, elle a rassemblé quarante cinq autres jeunes motivés autour d’elle. « Nous nous sommes reunis pour mettre ensemble les moyens disponibles et nous avons pensé à élever des poissons cette explique Elie Niyongere, expert de coopérative.
« L’aventure commence modestement, sur un lopin de terre de seulement trois ares. Une technique innovante et écologique : la rizipisciculture, qui consiste à élever des poissons et du riz dans le même bassin. Une pratique aux multiples avantages agronomiques et économiques ». Le poisson fertilise naturellement le champ de riz grâce à ses déjections, le riz purifie l’eau et offre de l’ombre au poisson, et les deux productions augmentent simultanément tout en réduisant le besoin en engrais chimiques. C’est un cercle vertueux où chaque élément nourrit l’autre.
La riziculture, une innovation qui change tout
Le Programme d’autonomisation économique et d’emploi des jeunes(Paeej), séduit par la détermination, la rigueur et le sérieux du groupe, leur a accordé un prêt de huit millions de francs burundais. Un véritable tremplin pour ces jeunes entrepreneurs. Grâce à ce financement qu’ils ont déjà intégralement remboursé, la coopérative passe de trois à vingt cinq ares en quelques mois. Une croissance fulgurante.
Aujourd’hui, le bilan est tout simplement impressionnant et suscite l’admiration de toute la commune et au-delà. D’un seul puit au départ, la Capecobu en compte désormais dix, abritant plus de 16 000 poissons de trois variétés, le tilapia, très prisé sur le marché, la carpe commune et l’isomvyi. A cela s’ajoute une production de vingt tonnes de riz de qualité et un poulailler moderne abritant 250 poules pondeuses. La coopérative a même pu se procurer d’une machine à décortiquer et à moudre le riz, modernisant ainsi toute la chaîne de valeur, de la production à la commercialisation.
Etre un leader à 26 ans, un défi à relever
Être un leader à 26 ans, à la tête de dizaines de jeunes hommes et femmes parfois plus âgés qu’elle, n’est pas une mince affaire. Mme Irakoze en est parfaitement consciente : « Être un leader n’est pas aussi facile, mais j’arrive à bien gérer et maintenir notre coopérative ». Il faut de la rigueur, de l’écoute, de la fermeté et de la persévérance. Au début, peu y croyaient. Les moqueries et le scepticisme régnaient. « Lorsque la coopérative a commencé, beaucoup ont dit qu’on n’irait pas loin, mais j’ai tenu », confie-t-elle.
Car, au-delà des chiffres et de la production, la Capecobu est, avant tout, une aventure humaine et solidaire. La coopérative emploie directement 20 travailleurs permanents, salariés chaque mois et 40 journaliers, offrant ainsi une source de revenus stable. Cela a impact social considérable pour la colline. Les habitants lui en sont profondément reconnaissants, car elle leur donne du travail et leur enseigne des techniques pour augmenter leur propre production de riz et de poisson.
Des témoignages émouvants
Justin Nkunzimana, jeune employé chargé de nourrir les poissons chaque jour, témoigne avec gratitude : « Je n’ai pas chômé depuis que j’ai fini l’école. J’arrive à subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille. J’ai un objectif de faire comme la coopérative de Mme Irakoze ». Pour lui, elle est bien plus qu’une patronne, c’est un modèle de réussite et de générosité : « C’est une bonne dirigeante, elle nous paie à temps et nous aide quand on a un problème ». « La coopérative m’a aidé à acquérir des connaissances sur comment je vais faire aussi l’élevage des poissons avec le riz », ajoute-t-il.
Antoinette Niyobuhungiro, habitante de Buramata dit que « les poissons et le riz de la coopérative de Géraldine Irakoze ont un très bons goût ». Une qualité qui fait la réputation de la Capecobu.
Jean Marie Ntunzwenimana, chef de colline, résume le sentiment général de la communauté : « La coopérative de Mme Irakoze offre beaucoup d’avantages à la colline Buramata et beaucoup puisent chez elle ». Elle est devenue une véritable école pratique où l’on vient apprendre, observer et s’inspirer des techniques agricoles modernes. Interrogée sur l’origine de son savoir-faire, la jeune présidente de la capecobu parle des réseaux sociaux. Elle a eu l’idée en naviguant sur internet, en regardant des vidéos. Une preuve éclatante que le numérique, bien utilisé, peut devenir un puissant levier de développement rural et d’autonomisation des jeunes filles.
Ambitieuse, travailleuse, Mme Irakoze voit déjà loin. Elle voit son action dans la Vision du Burundi 2040-2060, celle d’un pays émergent et développé. La coopérative aura fait de grands succè»
Avec son dynamisme, sa rigueur de gestionnaire formée en informatique de gestion et son sens profond du partage, nul doute que la Capecobu n’a pas fini de grandir et de faire germer, avec le riz et le poisson, l’espoir, la fierté et l’autonomie de toute une génération à Buramata.
Mme Irakoze demeure un modèle de courage et de solidarité pour toute la jeunesse. Son histoire prouve qu’avec de l’audace, de la formation et de l’entraide, il est possible de transformer une petite idée née sur trois ares en une entreprise qui nourrit, emploie et inspire toute une communauté. Un exemple qui honore la Vision 2040-2060 et qui inspire la jeunesse à oser entreprendre avec fierté.
Mynka Careille Iriho
