
.
A Busoni, commune Kirundo, province de Butanyerera, Edouard Nyandwi, plus connu sous le surnom de Myasiro, a fait de l’agriculture un moteur de réussite économique et de solidarité. Parti de petits travaux pour subvenir aux besoins de sa famille, cet entrepreneur de 34 ans emploie aujourd’hui plus d’une centaine de personnes. Son ambition ne se limite pas à faire fructifier ses affaires : il veut aussi contribuer à améliorer les conditions de vie de sa communauté.
Dans les champs de M. Nyandwi, l’eau est devenue un précieux allié. Grâce à des moteurs qui permettent de pomper l’eau du lac Cohoha et à plus de douze grands bassins de stockage, ses cultures peuvent être irriguées même pendant la saison sèche. Oignons, tomates, pastèques, maïs et haricots y sont produits en quantités importantes. Mais derrière cette exploitation agricole se dessine un parcours marqué par les difficultés, le travail et une volonté de ne pas réussir seul.
Né en 1992 à Kirundo, M. Nyandwi est le septième d’une famille de neuf enfants. Son enfance est marquée par la pauvreté. Malgré sa volonté d’étudier, il doit arrêter l’école en sixième année, faute de moyens. Ses parents, déjà âgés, ne peuvent pas suffisamment subvenir aux besoins de la famille. Il lui revient alors de prendre ses responsabilités et de contribuer à la survie du foyer, notamment en aidant ses jeunes frères et sœurs.
« J’ai commencé l’école en achetant moi-même mes cahiers. Je travaillais dans les champs des autres pour gagner de l’argent et acheter le matériel scolaire dont j’avais besoin », raconte-t-il.
Très tôt, il apprend ainsi à compter sur ses propres efforts. Il effectue différents petits métiers, notamment des travaux agricoles pour le compte d’autrui et le transport de personnes à vélo. Ces activités lui permettent de gagner modestement sa vie, mais aussi de comprendre la valeur du travail.
Du travail journalier à l’entrepreneuriat
Ses premiers pas dans l’agriculture sont modestes. Il travaille dans les champs d’autres personnes, pour une rémunération de 300 FBu, selon son témoignage. Après environ un an, il parvient à louer des terres pour cultiver à son propre compte.
Il intensifie alors ses efforts et commence à récolter beaucoup. Il produit environ quatre tonnes de haricots jaunes et jusqu’à quatorze tonnes d’oignons. Pour lui, cette progression constitue une première étape vers l’indépendance financière.
Mais M. Nyandwi ne s’en arrête pas là. Il se tourne progressivement vers le commerce et ouvre un restaurant où l’on prépare des repas. C’est dans ce milieu qu’il acquiert le surnom de Myasiro, sous lequel il est aujourd’hui connu.
Par la suite, il ouvre une boutique qui connaît une croissance importante. Ses activités lui permettent d’améliorer ses conditions de vie et celles de sa famille. Pourtant, cette réussite lui inspire une nouvelle réflexion.
« Je voyais que mon commerce marchait bien, mais qu’il profitait surtout à moi et à ma famille. Je me suis demandé comment je pouvais aussi être utile aux autres habitants », explique-t-il.
Cette préoccupation marque un tournant dans son parcours. Il ne s’agit plus seulement de gagner de l’argent, mais de trouver une activité susceptible de créer des possibilités pour d’autres personnes.
Des voyages pour apprendre et innover
Pour élargir ses connaissances, M. Nyandwi se rend en Tanzanie, au Rwanda, en Ouganda et au Kenya. Ces déplacements ne sont pas uniquement motivés par la recherche de revenus. Il veut surtout découvrir de nouvelles méthodes de production agricole, notamment celles qui permettent de surmonter les difficultés liées au manque d’eau.
« Je ne voyageais pas seulement pour chercher de l’argent. Je voulais acquérir des connaissances afin de pouvoir faire face aux conditions climatiques de Butanyerera. J’ai vu des personnes pomper de l’eau pour irriguer leurs champs. Je suis ensuite rentré au Burundi », raconte-t-il.
En 2020, il prend une décision importante : vendre son véhicule et sa boutique pour investir de nouveau dans l’agriculture. Il achète des terres sur les rives du lac Cohoha et entreprend de développer un système d’irrigation alimenté par les eaux du lac.
Selon son témoignage, il est le premier agriculteur de la région à avoir mis en place ce type de dispositif. Des motopompes permettent d’acheminer l’eau vers les champs, tandis que plus de douze grands bassins assurent son stockage.
Cette infrastructure lui permet de poursuivre ses activités agricoles pendant la saison sèche comme pendant la saison des pluies. L’irrigation devient ainsi l’un des piliers de son exploitation et de sa stratégie de production.
Une production importante et plus de cent emplois
Les résultats annoncés témoignent de l’ampleur prise par ses activités. M. Nyandwi dit récolter entre 50 et 60 tonnes d’oignons, environ 30 tonnes de tomates, près de deux camions de pastèques, 30 tonnes de maïs et 20 tonnes de haricots.
Son exploitation emploie plus d’une centaine de personnes. Environ cinquante travailleurs viennent travailler pendant la journée et rentrent chez eux le soir, tandis qu’une cinquantaine d’autres restent sur place pour y passer la nuit.
Pour certains habitants, ces emplois ne représentent bien davantage qu’une source de revenus : ils constituent une possibilité de sortir de la précarité et de construire un avenir plus stable.
L’un de ses employés témoigne : « Aujourd’hui, nos familles peuvent se nourrir sans trop de difficultés. Je suis parmi ses travailleurs. Lorsque l’irrigation a commencé à se développer, je suis allé lui demander du travail. Grâce à l’emploi qu’il m’a donné, j’ai pu construire ma propre maison. Mon salaire mensuel dépasse les 100 000 FBu. »
Un autre habitant souligne le respect que M. Nyandwi manifeste envers ses employés. Selon les témoignages recueillis, il accorde également une attention particulière aux personnes vulnérables, notamment aux orphelins et aux veuves, auxquelles il donne la priorité lorsqu’il propose des emplois.
Au-delà des champs, un engagement social
Parmi les personnes qui témoignent de son soutien figure Marie Rose Ntihabose, une veuve de la colline Rwibikara, dans la commune de Kirundo.
Elle raconte que M. Nyandwi lui a donné une parcelle à cultiver et lui a fourni des semences gratuitement, sans exiger de contrepartie, malgré la distance qui la séparait de chez elle. Après les récoltes, il l’a également aidée en lui donnant le marché d’écoulement sa production.
Avec l’argent obtenu, elle lui a demandé de l’aider à acheter des tôles pour construire un toit. Il a accepté et lui a également fourni du ciment.
« Que Dieu le bénisse ! Notre pays a besoin de beaucoup de personnes généreseus comme M. Nyandwi », témoigne-t-elle.
Ce geste illustre une dimension importante de son parcours : la volonté de mettre une partie de ses moyens au service des personnes qui rencontrent des difficultés. Son action ne se limite donc pas à l’emploi agricole. À travers l’accès aux terres, la distribution de semences et le soutien matériel, il contribue aussi, selon les bénéficiaires, à créer des possibilités pour des familles vulnérables.
Une réussite saluée dans la communauté
Les activités d’Edouard Nyandwi attirent également l’attention des habitants qui s’intéressent aux possibilités offertes par l’agriculture.
Nestor Karimanzira, originaire de la colline Gisenyi, dans la province de Butanyerera, l’a notamment interrogé sur les revenus qu’il tire de ses récoltes d’oignons. Édouard Nyandwi lui a indiqué que les recettes issues de cette culture pouvaient atteindre 150 millions de francs burundais , selon les chiffres rapportés dans le témoignage.
Interrogé sur les cultures les plus rentables, il a cité les oignons, dont l’avantage est de pouvoir être vendu rapidement après la récolte, sans devoir être conservés longtemps.
Les responsables locaux saluent eux aussi son engagement. Tharcisse Hatari, l’un des responsables administratifs de la colline de Busoni, estime que M. Nyandwi a contribué à sortir de nombreuses personnes de la pauvreté. Il souligne qu’Édouard Nyandwi n’a pas cherché à progresser seul, mais qu’il a également travaillé à l’amélioration des conditions de vie des autres citoyens.
Réussir sans oublier les autres
Le parcours de M. Nyandwi est celui d’un homme qui, confronté très tôt aux difficultés économiques, a multiplié les efforts pour améliorer sa situation. Des travaux agricoles aux petits métiers, du restaurant au commerce, puis du commerce à une exploitation agricole intensive fondée sur l’irrigation, chaque étape semble avoir préparé la suivante.
Aujourd’hui, son activité repose sur la production agricole, la maîtrise de l’eau et la création d’emplois. Mais ce qui ressort aussi des témoignages recueillis à Busoni, c’est la place qu’il accorde aux personnes qui l’entourent.
Lui qui a dû interrompre ses études et travailler dès son jeune âge pour soutenir sa famille offre désormais à d’autres des possibilités de gagner leur vie, de cultiver des terres et, pour certains, de construire leur maison.
À travers son parcours, M. Nyandwi défend ainsi une conception de la réussite dans laquelle la progression individuelle prend tout son sens lorsqu’elle ouvre également des perspectives à la communauté.
Mynka Careille Iriho
