Les abeilles sont les championnes incontestées de la pollinisation. En passant d’une fleur à l’autre pour collecter le nectar et le pollen, elles transportent les grains de pollen des organes mâles aux organes femelles des plantes, permettant ainsi leur fécondation et la formation des fruits et graines. Ces abeilles contribuent énormément à la biodiversité des plantes. Cela ressort de l’entretien accordé au journal «Le Renouveau du Burundi» par Innocent Banigwaninzigo, expert consultant et chercheur en agroécologie et changement climatique

Innocent Banigwaninzigo indique qu’au niveau de la survie de la flore sauvage, plus de 80 pourcent de plantes à fleurs sauvages dépendent directement du pollinisateur pour se reproduire. Sans elles, de nombreuses espèces végétales de nos paysages et forêts (comme dans la Kibira ou dans la Ruvubu) s’éteindraient.
Au niveau de la diversité génétique, il précise qu’en voyageant sur de longues distances, les abeilles favorisent le brassage génétique entre les plantes, ce qui les rend plus fortes, plus résilientes face aux maladies et plus aptes à s’adapter aux changements de leur environnement.
M. Banirwaninzigo fait savoir qu’au Burundi, sécurité alimentaire et notre économie dépendent directement de ce travail invisible. La pollinisation influence à la fois la quantité, la qualité et la diversité de ce que nous mangeons.
Impact sur les cultures de rente (Le Café)
M. Banigwaninzigo explique que bien que le café arabica (très répandu au Burundi) soit en partie auto-pollinisateur, la pollinisation croisée par les abeilles augmente de manière significative le rendement, uniformise la maturité des cerises de café et améliore la taille et la qualité des grains.
Il ajoute qu’il y a aussi l’impact sur les cultures vivrières et maraîchères; les cultures nutritionnelles clés comme les haricots, les avocats, les mangues, les courges, les melons et de nombreux légumes dépendent fortement des abeilles pour donner des fruits.
Il a aussi fait savoir que la pollinisation influence aussi au niveau de la qualité des récoltes. Il explique qu’une fleur bien pollinie donne un fruit mieux formé, plus gros, plus riche en nutriments et qui se conserve plus longtemps après la récolte.
Le déclin des abeilles, une crise en chaine
Le déclin des abeilles provoquerait une crise en chaîne, particulièrement dramatique pour un pays à forte densité démographique et agricole comme le Burundi.
«Moins d’abeilles signifient une baisse immédiate de la production de fruits, de légumes et de café. Cela aggraverait l’insécurité alimentaire et réduirait les revenus des ménages ruraux», a signalé M. Banigwaninzigo
Les plantes non pollinies ne produisent plus de fruits ni de graines. Or, ces graines et fruits nourrissent les oiseaux, les rongeurs et de nombreux insectes, qui eux-mêmes nourrissent d’autres animaux. C’est tout l’équilibre de la faune qui s’effondre.
«En agroécologie, nous savons que la perte de diversité végétale affaiblit la structure des sols, augmentant les risques d’érosion sur nos collines burundaises, souvent très escarpées», a-t-il indiqué
Le changement climatique perturbe la synchronisation
M. Banigwaninzigo explique également que le changement climatique perturbe la synchronisation parfaite qui existe entre les abeilles et les plantes depuis des millénaires.
Avec la perturbation des saisons des pluies et la hausse des températures au Burundi, certaines plantes fleurissent plus tôt ou plus tard que d’habitude. Si les abeilles sortent de leur ruche avant ou après la floraison, elles ne trouvent pas de nourriture, et les plantes ne sont pas pollinies. Les vagues de chaleur extrême ou les pluies torrentielles imprévisibles réduisent le temps que les abeilles peuvent passer à butiner à l’extérieur de la ruche. Certaines espèces d’abeilles ne supportent pas la chaleur des plaines (comme dans l’Imbo) et tentent de migrer vers les régions plus fraîches d’altitude, modifiant ainsi la dynamique locale de pollinisation.
Sensibilisation du public à l’importance des abeilles
M. Banigwaninzigo invite la population à protéger les abeilles. « Il faut que la population comprenne qu’elles ne sont pas juste des productrices de miel ou des insectes qui piquent, mais des piliers de notre agriculture», insiste-t-il
Il faut encourager les agriculteurs à abandonner les pesticides chimiques de synthèse (qui tuent les abeilles) au profit de pratiques écologiques (bio pesticides, associations de cultures, maintien de haies vives et d’arbres agro forestiers sur les collines).
En matière d’éducation environnementale, il faut intégrer des notions sur le rôle des pollinisateurs dans les programmes scolaires et organiser des visites de ruchers pour les jeunes.
Il est impératif de montrer que l’apiculture est une activité économique verte et rentable, capable de générer des revenus grâce au miel et à la cire, tout en protégeant l’environnement autour des exploitations agricoles.
A cet effet, il faut utiliser les radios communautaires (très écoutées dans le Burundi rural) pour diffuser des messages en Kirundi sur la protection des habitats des abeilles lors des périodes de défrichement ou de brûlis.
La pollinisation par les abeilles, un processus écologique fondamental
Quant à Eugène Sinzinkayo maitre en sciences environnementales et entomologiste, il explique que la pollinisation par les abeilles est un processus écologique fondamental qui favorise la reproduction sexuée des plantes. Cette reproduction augmente la diversité génétique des populations végétales, améliore leur capacité d’adaptation aux changements environnementaux et renforce leur résilience face aux maladies et aux perturbations écologiques.
M. Sinzinkayo ajoute que selon l’évaluation mondiale de l’IPBES, plus de 87,5 pourcent d’espèces de plantes à fleurs sauvages dépendent, au moins en partie, de la pollinisation animale principalement assurée par les abeilles, syrphes, papillons, coléoptères et autres insectes. Il a aussi fait savoir qu’en agriculture, environ soixante quinze pourcent de principales cultures vivrières mondiales bénéficient de la pollinisation animale, ce qui améliore la production de fruits, de graines ou la qualité des récoltes.
Quant aux effets du changement climatique sur le comportement pollinisateur des abeilles, M. Sinzinkayo indique que les changements climatiques constituent aujourd’hui l’une des principales menaces pour les pollinisateurs. Il précise que l’augmentation des températures modifie la phénologie des plantes. Certaines espèces fleurissent plus tôt, tandis que les abeilles émergent selon le calendrier différent. Il peut ainsi se produire un décalage temporel entre la floraison et l’activité des abeilles, réduisant l’efficacité de la pollinisation.
Il ajoute aussi que l’augmentation des températures pousse de nombreuses espèces d’abeilles vers les altitudes plus élevées, des latitudes plus fraîches. Certaines espèces ne peuvent cependant suivre ces déplacements, ce qui augmente leur risque de disparition locale.
Fidèle Hatangimana
