A quelques jours de l’ouverture de son nouveau mandat, fixée au 25 octobre 2026, la Commission vérité et Réconciliation (CVR) a dressé le bilan de ses travaux, au cours d’une conférence de presse tenue le jeudi 15 octobre 2026 à Gitega. Au-delà du bilan, le président de cette commission Pierre Claver Ndayicariye a lancé un appel appuyé aux journalistes, notamment celui de devenir des partenaires engagés du travail de réconciliation, afin de vider le passé qui ne passe pas.

Dès l’entame de ses propos, M. Ndayicariye a formulé une demande précise. « A vous, professionnels des médias, nous demandons d’être des partenaires engagés dans la diffusion d’une information juste, équilibrée et constructive, a-t-il insiste. » Ensemble, a-t-il ajouté, la CVR et la presse peuvent faire de la vérité un fondement de la confiance et de la mémoire, et de la réconciliation un engagement concret pour les générations présentes et futures. Cet appel s’inscrit dans la mission même de la CVR à savoir contribuer à l’établissement de la vérité sur les violations graves des droits humains et du droit international humanitaire commises au Burundi durant les crises du passé, restaurer la dignité des victimes et promouvoir une réconciliation nationale durable. Le peuple burundais, a-t-il rappelé, souhaite que le passé cesse de se répéter et instaurer désormais le « Plus jamais ça ». Un peuple ne peut véritablement se réconcilier avec son passé sans chercher à le comprendre ni sans reconnaître les souffrances endurées par les victimes.
Dans cette démarche, a poursuivi M. Ndayicariye, la manière dont l’information est diffusée pèse lourd. Une information juste évite d’attiser les rancœurs, une information équilibrée donne la parole à toutes les mémoires, une information constructive prépare l’avenir plutôt que de rouvrir indéfiniment les plaies. La démarche de la CVR poursuit-t-il, combine la collecte de témoignages, les auditions de victimes et de témoins, les recherches historiques, l’exploitation des archives et la confrontation des informations recueillies. «Les équipes se rendent sur le terrain pour entendre ceux qui ont vécu les événements. Un travail qui exige, selon lui, de la rigueur, de l’impartialité, de la patience et un profond respect de la dignité humaine : derrière chaque témoignage se trouve une histoire, derrière chaque dossier une souffrance, derrière chaque investigation l’exigence de rechercher la vérité sans céder aux préjugés, aux manipulations ni aux considérations partisanes» a renchéri M. Ndayicariye.
Le génocide de 1972 devant le Parlement
Revenant sur les réalisations de la CVR, M. Ndayicariye a indiqué que parmi les dossiers historiques traités figurent les tueries massives et sélectives de 1972. La CVR a mené des investigations approfondies, avec des auditions, la collecte de témoignages, l’exploitation de documents et la reconstitution des faits. Ces travaux ont permis de mieux documenter les violences, leurs circonstances, les catégories de victimes et les conséquences de cette tragédie sur la société burundaise.
La CVR a présenté ses conclusions sur le génocide commis contre les Hutu du Burundi en 1972 devant le Parlement réuni en Congrès, où le rapport définitif a été présenté le 16 juin 2026. La CVR se dit fière de partager les résultats d’un long voyage couvrant la période 1884-1972 et affirme éclairer les Burundais en démentant certains mensonges d’État sur les violences du passé. C’est sur ce terrain que le rôle des médias est déterminant : les conclusions d’une commission n’atteignent les collines et les familles que si elles sont relayées et expliquées.
M. Ndayicariye de la CVR a enfin indiqué que le nouveau mandat s’ouvre le 25 octobre 2026. La CVR approfondira ses investigations sur les massacres de 1988, les crises de Ntega et de Marangara, dont les travaux préparatoires ont déjà commencé, ainsi que sur celles de 1991 et de 1993 et la guerre civile qui a suivi. Elle poursuivra également le traitement des litiges fonciers, une mission qui lui a été confiée il y a environ deux ans.
Amédée Habimana
