Appel à un changement radical des mentalités
Face à la stigmatisation persistante qui frappe les personnes atteintes de troubles psychiques, une vaste action de sensibilisation s’est tenue dans la commune de Kiganda. Initiée par l’organisation Nacham Africa via son projet REMESHA, en partenariat avec le Programme national de lutte contre les maladies non transmissibles via la cellule Santé mentale du ministère de la Santé Publique, cette initiative appelle à un changement radical des mentalités, à une prise en charge médical précoce et au renforcement des structures de soins et de prise en charge psychologique

Dans la commune de Kiganda, la maladie mentale demeure trop souvent assimilée à une défaillance morale ou spirituelle. Déplorant que l’anxiété, la dépression ou les traumatismes fassent encore l’objet d’un rejet brutal
Lin Ndayikengurukiye, psychologue et coordinateur du projet Remesha chez Nacham Africa, regrette que les victimes des troubles mentaux soient hâtivement qualifiées de «folles», un préjugé qui constitue le principal frein à l’accès aux soins. M. Ndayikengurukiye rappelle que ces affections résultent d’une interaction complexe de facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et économiques, tels que la précarité, l’usage de drogues ou les violences intrafamiliales. Tout en soulignant que le diagnostic relève exclusivement d’un professionnel en santé mentale, il invite la population à détecter les signes d’alerte entre autres, tristesse persistante, isolement, anxiété excessive ou idées suicidaires et préconise des actions de proximité comme le théâtre interactif sur les marchés pour faire évoluer le regard social. Selon lui, le projet Remesha initié par Nacham Africa couvre depuis septembre 2024, les neuf anciennes provinces sanitaires ciblées, à savoir : Bujumbura, Bujumbura Mairie, Kirundo, Gitega, Ngozi, Kayanza, Cibitoke, Rumonge et Makamba. « Nos activités sont menées dans les hôpitaux publics ciblés ainsi que dans leurs communautés, avec une attention particulière aux localités stratégiques et aux lieux de forte concentration de la population, notamment les centres, les marchés etc. »
Assurer un accompagnement pérenne et multisectoriel
Ce combat pour le bien-être psychologique trouve un écho favorable auprès des autorités locales. Stéphanie Nyandwi, cheffe de zone de Rutegama, réaffirme que les troubles mentaux sont des pathologies comme les autres, qui se soignent et se guérissent. Elle exhorte les familles à abandonner le recours aux charlatans et aux guérisseurs traditionnels pour s’orienter sans délai vers les structures médicales adaptées. Soulignant le rôle déclencheur du stress familial, des stupéfiants et des violences économiques, Mme Nyandwi lance un appel pressant au gouvernement burundais pour qu’il multiplie les centres de prise en charge spécialisés actuellement très insuffisants dans le pays et renforce la formation des personnels encadrant. Sur le terrain, les résidents témoignent des réalités quotidiennes. Dorine Ntakarutima, citoyenne de Kiganda, dénonce les maltraitances subies par les malades sous prétexte qu’ils «manqueraient de raison», appelant à leur accorder la dignité et l’attention médicale. Bernardine Niyonzima, pointe la responsabilité de l’alcoolisme excessif, des stupéfiants et des conflits de foyer dans la recrudescence des cas, plaidant pour une considération égale entre pathologie mentale et physique.
De son côté, Joseph Ntukamazina, habitant de la zone Gatabu, alerte sur la vulnérabilité particulière des femmes veuves. Confrontées à la précarité, au manque de soutien et aux commérages lorsqu’elles sollicitent de l’aide, ces dernières sombrent fréquemment dans la dépression. Il réclame à ce titre une interdiction définitive de l’alcoolisme et une solidarité accrue envers les plus exposés. L’impact des enseignements dispensés suscite un réel soulagement au sein des collectivités. Dieudonné Girukwishaka, chef adjoint de la colline de Murinzi dans la zone Mushikamo, salue des enseignements indispensables qui permettent désormais de repérer les symptômes et d’orienter d’urgence les patients vers les centres dédiés de Gitega, Bujumbura ou Ngozi. Il exprime sa satisfaction quant à la prise en charge des soins et des médicaments par la Carte d’Assistance Maladie (Cam), tout en sollicitant la multiplication des campagnes de sensibilisation et l’extension du réseau sanitaire national pour assurer un accompagnement pérenne et multisectoriel.
Jean Marie Ndayisenga
