Au Burundi comme ailleurs, il s’observe souvent des cas d’accidents dans les voies publiques. Les victimes des accidents routiers subissent des conséquences. Comment se fait la prise en charge des victimes d’accidents routiers dans les instances de soins ? Quels défis rencontrent ceux qui portent secours aux victimes d’accidents routiers ? Comment le ministère de la Santé publique fait-il face aux incohérences entre le serment d’Hippocrate, l’obligation de soigner les accidentés d’abord et l’urgence financière ? L’ordonnance ministérielle no 630/1544/CAB/2019 donne ses précisions. Le directeur des soins au sein de Centre hospitalo-universitaire de Kamenge (CHUK), Professeur Jean Claude Mbonicura et quelques victimes donnent leurs points de vue par rapport à toutes ces interrogations.#Ivyo twatohoje !

« Normalement, la prise en charge d’une victime d’un accident routier devrait commencer au lieu où l’accident a eu lieu mais, tout n’a pas encore été mis en place pour que le CHUK puisse donner ce service aisément. Si quelqu’un a un accident et qu’on l’amène ici, nous lui faisons les premiers secours sans lui demander la caution comme c’est prévu par l’ordonnance ministérielle no 630/1544/CAB/2019 qui stipule qu’il ne faut pas demander avant 48 heures, la caution à une victime d’accident sur la voie publique. Ladite ordonnance indique qu’il faut plutôt accueillir le blessé, le prendre en charge en urgence, le stabiliser et procéder à la demande de la caution après 3 jours. Nous poursuivons les procédures de payement par après selon ses moyens. Pour les indigents qui n’ont pas de moyens financiers, nous leur demandons les documents qui indiquent réellement leur indigence pour qu’on puisse savoir comment sera la prise en charge », indique Pr. Mbonicura, directeur des soins au sein du CHUK en évoquant le défi de l’insuffisance des places d’accueil des patients victimes des accidents routiers. Il a ajouté que le CHUK accueille beaucoup de victimes à tel enseigne qu’il soit débordé au niveau des urgences. Il a fait savoir que les premiers secours devraient normalement être faits par la Croix rouge ou par d’autres sociétés avant que les hôpitaux ne fassent leur intervention.
Ramasser les victimes avec attention
« Il y a des victimes qui peuvent subir des complications dues au fait qu’elles ont été mal ramassées, etc. Pour éviter tous ces risques, il faut qu’il y ait une commission permanente chargée d’assurer les premiers secours, surtout en cas d’accidents routiers. Il faut aussi y avoir des équipements adéquats pour que la situation de la victime se détériore pas davantage notamment les ambulances bien équipées, les salles d’accueil, le personnel dynamique et expérimenté,etc », a-t-il expliqué tout en interpellant toute personne qui rencontre une victime d’un accident routier de la ramasser pour l’amener à l’hôpital sans avoir peur de payer la caution . Il interpelle également le personnel médical à respecter l’ordonnance ministérielle disant qu’il faut s’occuper de la victime endéans 48 heures.
Si la victime ne parvient pas à se payer la facture ou à trouver quelqu’un qui paye pour elle, explique-t-il, cela constitue un grand défi. Dans ce cas-là, ajoute-t’il, la victime doit rester à l’hôpital jusqu’à ce qu’elle trouve quelqu’un qui paye pour elle au lieu de rester sur le lit qui devrait accueillir un autre patient.
Quant à Fiacre Muntabaye, porte-parole au sein du ministère de la Santé publique, il a fait savoir que les hôpitaux tant publics que privés ont l’obligation d’accueillir les victimes des accidents routiers et de les prendre en charge en urgence comme l’indique l’ordonnance ministérielle de 2019 sans demander de caution avant 48 heures. Il a précisé que les frais des soins de santé sont demandés au moins 3 jours après avoir stabilisé le patient en tenant compte de ses moyens financiers. Il a précisé qu’il y a ceux dont les soins sont pris en charge par les mutualités de santé, les assurances ou les bienfaiteurs pour que les hôpitaux ne travaillent pas en perdant.
Le rôle du gouvernement est indispensable
Il remercie le gouvernement du Burundi pour sa contribution dans la promotion de la santé surtout des victimes des accidents routiers à travers le ministère de la Santé publique pour avoir mis en place cette ordonnance ministérielle. « Pour le cas de notre hôpital, nous faisons aussi face à des cas des victimes des accidents routiers qui peuvent ne pas être reconnues dans l’immédiat par les membres de leurs familles respectives. Par conséquent, nous faisons recours à des communiqués pour que leurs familles soient au courant mais, au cas contraire, l’hôpital se sert d’un petit budget annuel qu’on met en place pour les funérailles de quelques patients non reconnus.
Pour Emery Icitegetse, une victime d’un accident de moto, il salue la façon dont ses premiers secours se sont déroulés. «J’ai eu accident à midi et j’ai perdu la conscience jusqu’à 1 heure du matin. Mais, j’ai appris que j’ai été amené dans différentes instances de santé et on m’a secouru sans demander prioritairement la caution. Je me suis retrouvé à l’hôpital Kira et la facture a été réglée lors de ma sortie », a-t-il témoigné en saluant la façon dont il a été traité dans les différents hôpitaux où il a été amené. Mais, parmi les victimes des accidents routiers rencontrés au CHUK, il y a quelques-unes qui ne reconnaissent pas totalement les services qu’ils ont reçus surtout sur les hôpitaux qui les ont accueillis juste après leurs accidents.
« Le pas que le ministère de la santé publique a franchi en mettant en place une ordonnance portant prise en charge des victimes des accidents routiers sans leur demander les frais de caution montre combien le gouvernement du Burundi essaie de couvrir sa redevabilité envers son peuple. Il reste à certains chauffeurs qui causent des accidents et qui s’enfuient, de se débarrasser de cette mauvaise pratique pour promouvoir la bonne santé pour tous », a conclu une des victimes qui a subi un accident routier.
Olivier Nishirimbere
