Le divorce des parents constitue souvent une épreuve difficile pour toute la famille. Au-delà des conséquences émotionnelles et sociales, cette séparation peut avoir un impact direct sur la scolarité des enfants. Pourtant, le droit à l’éducation demeure un droit fondamental qui ne doit jamais être compromis par les conflits familiaux.

L’avocat, Jean claude Barakamfitiye indique que chaque année, des enfants burundais voient leurs parents se séparer. Au-delà du bouleversement affectif, une question concrète se pose souvent en silence : qui paiera l’écolage, qui décidera de l’école, et l’enfant continuera-t-il d’apprendre comme avant ? La loi burundaise, elle, est sans ambiguïté : le divorce dissout un mariage, jamais les devoirs d’un parent envers son enfant.
M. Barakamfitiye précise que ce n’est pas la séparation qui menace la scolarité d’un enfant, c’est la façon dont les adultes la gèrent. Un constat qui, loin de dramatiser le divorce, invite à souligner l’importance d’une organisation apaisée et prévisible de la vie de l’enfant une fois la rupture consommée — et c’est précisément ce que la loi burundaise cherche à encadrer.
Le divorce ne prive jamais l’enfant de son droit à l’éducation.
L’article 186 du Code des personnes et de la famille le dit expressément que la dissolution du mariage par le divorce « ne prive pas les enfants nés de ce mariage des droits et avantages qui leur étaient assurés » par la loi.
Le même principe est repris au niveau international. Selon la convention relative aux droits de l’enfant (article 18), les deux parents ont une responsabilité commune pour élever l’enfant et assurer son développement, sans que la séparation du couple ne les en dispense. La Constitution du Burundi garantit, par ailleurs à tout citoyen, l’égal accès à l’instruction et à l’éducation (article 53) rappelle M. Barakamfitiye
A cet effet, il informe souvent que les deux parents doivent se charger du paiement des frais de la scolarité des enfants, chacun aux proportions de ses moyens. L’article 185 du Code des personnes et de la famille est clair : « quelle que soit la personne à qui les enfants sont confiés, les père et mère conservent le droit de surveiller l’entretien et l’éducation de leurs enfants et doivent contribuer à la proportion de leurs facultés ». La scolarité n’est donc pas la charge exclusive du parent qui héberge l’enfant. C’est le juge qui, en cas de désaccord, fixe la part de chacun en tenant compte de ses ressources (article 136).
Ce que la loi ne tolère pas
Notre interlocuteur souligne ainsi que certaines pratiques, parfois banalisées, n’ont aucun fondement légal. Retirer un enfant de l’école parce que ses parents sont en conflit n’est autorisé par aucun texte car, l’obligation d’éduquer l’enfant demeure, quelles que soient les tensions entre adultes, dit-il.
Dans les cas les plus graves, lorsqu’un parent compromet réellement la scolarité ou la sécurité de l’enfant, la loi prévoit des recours gradués tels que la révision de la garde à tout moment « dans l’intérêt des enfants », et, en dernier ressort, déchéance de l’autorité parentale prononcée par un tribunal — une mesure exceptionnelle, réservée aux situations d’abus caractérisé, et non une réponse à un simple désaccord éducatif, indique M. Barakamfitiye.

D’après Ferdinand Simbaruhije, le porte parole de la Fédération nationale des associations engagées dans le domaine de l’enfance au Burundi (Fenadeb), dans la plupart des cas, les parents en situation de divorce ne peuvent plus suivre l’évolution scolaire de leurs enfants du fait que leur revenu diminue et leur mode de vie se voit perturbée. Certains enfants abandonnent l’école ou ne vont pas à l’école faute d’engagement suffisant de la part de leurs parents. Dans certains cas, les enfants sont obligés de changer de domicile ou d’école, ce qui perturbe la scolarité de l’enfant du fait que cela occasionne des retards, des absences, débouchant parfois à l’abandon scolaire.
M.Simbaruhije rappelle ainsi les causes principales de l’abandon scolaire chez les enfants de parents divorcés, notamment le manque de soutien et d’engagement parental, des difficultés économiques dues à la séparation, en ce sens que la séparation réduit généralement les revenus du ménage et des conflits entre parents qui entraînent un climat de stress chez les enfants.
Les parents sont appelés à mettre toujours en avant le bien-être de l’enfant
Le porte parole de la Fenadeb, M. Simbaruhije, lance un appel au parents, de mettre toujours en avant l’indépendance de l’enfant et de se rappeler qu’en cas de divorce, les parents doivent continuer à collaborer pour garantir la continuité de sa scolarité et qu’ils ont la responsabilité d’offrir à l’enfant un environnement favorable à son épargnement.
L’avocat, Jean claude Barakamfitiye, réafirme que le divorce transforme une vie de famille, mais il ne fait pas disparaître les responsabilités des parents. Selon lui, deux parents séparés restent deux parents responsables : de l’entretien de leur enfant, de sa scolarité, de son avenir. La loi burundaise organise cette continuité — à travers l’autorité parentale partagée, l’obligation alimentaire proportionnée aux ressources de chacun, et la primauté de l’intérêt supérieur de l’enfant dans toute décision judiciaire.
L’enfant ne doit pas devenir victime du conflit parental
De sa part, Pierre Claver Njejimana, un psychologue, déclare que les conséquences d’un divorce sur l’enfant dépendent moins de la séparation elle-même que de la manière dont les parents la gèrent. « Le divorce n’est pas nécessairement un traumatisme irréversible. Ce qui fragilise le plus l’enfant, c’est l’exposition aux conflits permanents entre ses parents, le manque de communication et l’absence de stabilité. Dans ce contexte, les difficultés scolaires apparaissent souvent comme le reflet d’une souffrance émotionnelle.»
Selon lui, les parents doivent continuer à collaborer pour toutes les décisions concernant la scolarité de leurs enfants. « Les devoirs, les réunions des parents, le paiement des frais scolaires et le suivi des résultats doivent rester une responsabilité partagée. L’enfant a besoin de sentir que, malgré leur séparation, ses deux parents continuent de s’intéresser à son avenir», dit M. Njejimana. Le psychologue recommande également aux établissements scolaires d’être attentifs aux changements de comportement chez les élèves vivant en situation de séparation familiale et d’offrir un accompagnement lorsque cela est nécessaire.
«L’éducation de mes enfants est devenue ma priorité », une mère divorcée témoigne
Mère de trois enfants et divorcée depuis cinq ans, Jacqueline Uwimana raconte les défis auxquels elle est confrontée au quotidien. « Après le divorce, j’ai dû assumer seule la plupart des dépenses liées à la scolarité de mes enfants. Ce n’était pas facile, mais je me suis décidée qu’ils ne paieraient jamais le prix de notre séparation. Leur éducation reste ma plus grande priorité.
Il m’est arrivé de faire plusieurs petits emplois pour payer les frais scolaires. Il y a eu des moments où les enfants étaient tristes ou perdaient leur concentration à l’école. J’ai compris qu’ils avaient surtout besoin d’être écoutés. », Souligne-t-elle. Mme Uwimana s’adresse aux couples en situation instance de séparation, que le mariage peut prendre fin, mais la responsabilité d’élever les enfants dure toute la vie. Les conflits entre adultes ne doivent jamais empêcher un enfant d’aller à l’école, de réussir ses études ou de croire en son avenir.
Anne Bella Irakoze
