A l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, qui normalement se célèbre le 5 juin de chaque année, certains représentants des associations environnementalistes et un expert dans l’environnement ont partagé leurs visions lors d’entretiens accordés au journal « Le Renouveau du Burundi ». Tous ont livré favoriser leurs réflexions pour favoriser une prise de conscience générale et des solutions durables. Au Burundi, ladite journée sera célébrée à Rutana, le 26 juin 2026.


Au Burundi, la dégradation des écosystèmes appelle à une action de terrain immédiate et continue. C’est le message porté par les acteurs de la société civile qui refusent de limiter leur engagement à une simple date sur le calendrier.
Patrice Sabuguheba, président et représentant légal de l’Association Fasha, tire un constat sans équivoque de la situation actuelle. Face aux défis majeurs liés à la déforestation, à l’érosion des sols, à la pollution plastique et aux effets visibles du changement climatique, il appelle les citoyens, les autorités publiques, les établissements scolaires et les organisations de la société civile à consentir les efforts pour préserver notre patrimoine naturel.
Selon M. Sabuguheba, l’action de son organisation se concentre de manière très ciblée sur des écosystèmes stratégiques et menacés. L’association Fasha poursuit particulièrement ses actions de promotion du tourisme durable et de protection de l’environnement sur le mont Heha et ses environs, le point culminant du pays.
Il encourage vivement la restauration des paysages dégradés, la protection rigoureuse des boisements existants ainsi que la gestion durable des ressources naturelles, tout en insistant sur la sensibilisation des communautés locales. Pour marquer la journée mondiale de l’environnement, il invite chaque citoyen burundais à poser un geste concret et quotidien en faveur de la nature : planter un arbre, protéger une source d’eau potable ou éviter l’usage des déchets plastiques. « Ensemble, faisons du Burundi un pays plus vert, plus résilient et plus prospère », exhorte-t-il. Il rappelle que la protection de l’environnement est une responsabilité partagée et un investissement crucial pour l’avenir.
Médias et information pour la paix climatique
Cette responsabilité collective est également au cœur des préoccupations des professionnels des médias. Francine Ndihokubwayo, représentante légale de l’Association des femmes journalistes du Burundi (AFJO), fait savoir que cette Journée internationale rappelle à chacun nos devoirs envers la planète. Elle déplore le fait qu’au Burundi, les effets des dégradations environnementales sont de plus en plus visibles et destructeurs. Selon Mme Ndihokubwayo, les inondations répétitives, les glissements de terrain fréquents, l’érosion agressive des sols et les perturbations climatiques majeures affectent directement les moyens de subsistance de la population, touchant particulièrement les femmes, les enfants et les groupes les plus vulnérables de la société.
Face à cette urgence humanitaire et écologique, elle affirme sa profonde conviction : l’accès à une information fiable, vérifiée et de qualité sur les questions environnementales constitue un levier indispensable pour le développement durable. Elle ajoute que l’AFJO s’engage concrètement à renforcer les capacités techniques des journalistes afin qu’ils puissent produire des contenus pertinents, accessibles et fondés sur des données probantes en matière de résilience climatique.
Cette année, Mme Ndihokubwayo souligne que le thème international résonne comme un appel d’urgence absolue, car « les signes sont clairs, la suite nous appartient maintenant pour le climat ». Pour traduire cette urgence en actes, l’AFJO mène un projet conjoint avec la Maison de la Presse du Burundi, avec l’appui technique et financier de l’ONG EIRENE. Ce programme s’est fixé un cap clair à travers son deuxième objectif spécifique : promouvoir activement la paix environnementale et climatique, tout en renforçant la cohésion sociale et le vivre-ensemble au sein des communautés locales burundaises. Elle insiste enfin sur le fait que les médias ont un rôle essentiel de vecteurs d’éducation, capables d’éveiller les consciences et de pousser les décideurs comme les citoyens à agir de manière responsable.
L’apport de la recherche scientifique et de l’agroforesterie
Pour adoucir l’impact de cette crise, le monde universitaire apporte une analyse scientifique rigoureuse des mécanismes en jeu. Selon Simon Buhungu, enseignant-chercheur à l’Université du Burundi, la déforestation est une mauvaise pratique aux conséquences en chaîne dramatiques. Selon lui, en coupant les arbres, la population accélère la désertification, l’érosion, le changement climatique et la pollution. M. Buhungu précise que cette pollution entraîne une perte irréversible de la fertilité du sol et nuit gravement à la richesse des eaux dans le milieu aquatique.
Il explique le phénomène avec la déforestation, la désertification s’installe, ce qui provoque une augmentation directe du dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère. Normalement, la forêt joue un rôle de puits écologique en piégeant le carbone lors du processus naturel de la photosynthèse. Si ce carbone n’est pas capturé par le couvert forestier, l’effet de serre s’intensifie, entraînant des dérèglements climatiques globaux.
Dès lors, la coupe anarchique des arbres s’avère être une pratique dangereuse pour la survie de la population locale. C’est pour cette raison que l’enseignant-chercheur préconise de trouver des solutions durables à travers les agroforesteries. Pour M. Buhungu, la meilleure pratique réside dans l’évitement pur et simple de la déforestation. Selon son analyse, le tout premier geste qu’il faut poser de manière systématique est la reforestation. Quand le mal est fait et qu’il y a de la déforestation, il faut impérativement reboiser les espaces nus. M. Buhungu, tient à soutenir fermement la politique nationale de reboisement et propose de s’engager activement dans la plantation d’arbres capables de cohabiter harmonieusement avec les critères spécifiques des agroécosystèmes forestiers du pays.
Jean Marie Ndayisenga
