Longtemps dépendante des financements extérieurs, l’Afrique semble aujourd’hui engagée dans une nouvelle dynamique portée par un leadership panafricain de plus en plus affirmé, notamment celle de mobiliser ses propres ressources pour financer sa transformation économique. Au cœur de cette orientation stratégique se trouve Africa Finance Corporation(AFC), devenue l’un des symboles d’une Afrique qui entend bâtir son développement par les Africains et pour les Africains.
Dans un contexte marqué par la baisse de l’aide publique au développement, le durcissement des conditions d’emprunt sur les marchés internationaux et les tensions géopolitiques mondiales, plusieurs voix africaines s’élèvent, désormais, pour appeler à une souveraineté financière du continent. Le paradoxe africain devient de plus en plus évident. Alors que le continent souffre d’un déficit criant en infrastructures énergétiques, ferroviaires, industrielles et numériques, il dispose pourtant d’importantes ressources financières internes encore faiblement exploitées.
Selon les données publiées par l’Africa Finance Corporation, l’Afrique possède plus de 4 000 milliards de dollars d’épargne domestique répartis entre les fonds de pension, les banques commerciales, les compagnies d’assurances, les fonds souverains et les réserves des banques centrales. Mais, le problème réside dans l’orientation de ces ressources. Une grande partie de ces capitaux reste investie dans des instruments financiers à court terme ou placée hors du continent, au lieu d’être injectée dans les grands projets structurants capables de transformer durablement les économies africaines.
AFC, le visage d’un panafricanisme économique pragmatique
Créée en 2007 par plusieurs Etats africains, l’Africa Finance Corporation s’est imposée comme une institution financière stratégique dans le financement des infrastructures et de l’industrialisation du continent. Loin du modèle classique fondé essentiellement sur l’assistance extérieure, l’AFC défend une approche basée sur la mobilisation des capitaux africains, afin de financer les priorités africaines. Son discours s’inscrit dans une logique de panafricanisme économique où les ressources du continent doivent servir, en priorité, les intérêts du continent. Dans son rapport « State of Africa’s Infrastructure 2025 », l’institution appelle à la création de mécanismes innovants capables d’orienter les fonds africains vers des investissements productifs, notamment dans l’énergie, les chemins de fer, les corridors logistiques, les infrastructures numériques et les industries de transformation. Cette vision traduit une rupture progressive avec le modèle économique hérité des décennies postcoloniales, durant lesquelles, l’Afrique attendait principalement les solutions de l’extérieur.
Un enjeu également stratégique pour le Burundi
Cette nouvelle dynamique africaine ouvre aussi des perspectives pour des pays comme le Burundi. Dans un contexte où le gouvernement burundais met l’accent sur la Vision d’un Burundi émergent en 2040 et développé en 2060, la mobilisation des investissements régionaux et panafricains pourrait constituer un levier stratégique pour financer les infrastructures nationales, l’énergie, les industries agroalimentaires ou encore les corridors commerciaux. L’intégration économique régionale au sein de la Communauté est-africaine peut également favoriser l’accès du Burundi aux nouveaux mécanismes de financement africains.
Vers une nouvelle doctrine économique africaine
Au-delà des chiffres, l’appel à l’éveil des investissements intra-africains traduit surtout une évolution de mentalité au sein du leadership africain. Le discours ne consiste plus uniquement à dénoncer les déséquilibres du système financier mondial, mais à construire des solutions africaines fondées sur les ressources, les institutions et les capacités du continent. L’Africa Finance Corporation apparaît ainsi comme l’un des instruments de cette nouvelle doctrine économique africaine : une doctrine qui prône l’autonomisation financière, l’intégration régionale et l’industrialisation portée par les capitaux africains eux-mêmes.
Pour de nombreux observateurs, l’avenir du continent dépendra, désormais, moins de l’aide extérieure que de la capacité des Africains à croire en leur propre potentiel économique et à investir collectivement dans leur destin commun.
Amédée Habimana
