A la suite de l’annonce récente du ministère de l’Education nationale et de la recherche scientifique visant à restaurer progressivement le régime d’internat dans les écoles publiques dès la 7ème année fondamentale, les réactions ne se sont pas fait attendre dans les rues de la capitale politique, Gitega comme nous l’avons constaté le lundi 16 mars 2026. Entre satisfaction, prudence et scepticisme, les citadins rencontrés expriment des points de vue contrastés sur une mesure présentée par les autorités comme un levier pour améliorer la qualité et le niveau des élèves.
Sur l’avenue principale menant au marché central, Jean-Claude Niyonkuru, commerçant de 42 ans et père de trois enfants scolarisés, accueille favorablement l’initiative. « Quand les enfants rentrent à la maison, ils sont distraits par la télévision, les tâches ménagères ou jeux. A l’internat, ils auront enfin le temps d’étudier sérieusement. »Il estime que le système d’internat a autrefois produit des élites disciplinées et mieux préparées aux études secondaires.
Non loin de la cathédrale de Mushasha, Béatrice Nshimirimana, fonctionnaire, voit dans cette décision, un moyen de protéger les adolescents à un âge jugé délicat. « La 7e année est une période critique. A l’internat, les élèves sont encadrés, surveillés et éloignés des mauvaises influences.» Elle ajoute que certains parents urbains travaillent tard et ne peuvent pas assurer un suivi quotidien des devoirs.
Cependant, tous ne partagent pas cet enthousiasme. Assis à l’ombre d’un kiosque, Alexis Hakizimana, chauffeur de moto-taxi, s’inquiète du coût potentiel : « Nous soutenons l’idée, mais si les parents doivent contribuer financièrement comme nous le voyons dans ces derniers jours, beaucoup ne pourront pas suivre». Devant une école fondamentale de la ville, l’enseignant retraité Léonidas Ndikumana doute de la capacité du système à absorber rapidement un grand nombre d’élèves internes. « Avant de ramener l’internat, il faut construire des dortoirs, cantines et recruter du personnel. Sinon, on risque de surcharger les écoles. »
Il rappelle que l’internat au 4e cycle de l’enseignement fondamental avait été supprimé en 2016, notamment faute de moyens suffisants comme l’avait annoncé le communiqué du Conseil des ministres à l’époque.Du côté des jeunes, les avis divergent également. Étudiante en première année universitaire, Aline Irakoze estime que l’internat peut renforcer la discipline. « Quand j’étais au lycée, les internes réussissaient souvent mieux que les externes. Ils avaient un programme d’étude régulier. »Mais son camarade Patrick Manirambona craint l’éloignement familial.« Certains enfants sont encore jeunes en 7année, quitter la maison peut être difficile psychologiquement. »
Entre nostalgie et attente de résultats
Pour de nombreux habitants de Gitega, cette réforme ravive le souvenir d’une époque où les internats publics étaient perçus comme des foyers d’excellence. Mais tous s’accordent sur un point, notamment la réussite dépendra de la qualité de la mise en œuvre.« L’idée est bonne, mais ce sont les conditions qui feront la différence », résume calmement le libraire Désiré Ndayisenga.En restaurant l’internat dès la 7e année, les autorités éducatives entendent agir à la base pour améliorer durablement les performances scolaires. Reste à savoir si les infrastructures, ressources humaines et moyens financiers suivront, mais l’espoir est visible dans les visages de tous ceux que nous avons rencontrés.
Amédée Habimana
