Au Burundi, une initiative novatrice voit le jour dans le monde du rugby. Portée par Samuel Nsabiyumva, chargé de la commission des arbitres à la Fédération de rugby, cette démarche vise à intégrer les enfants sourds-muets dans la pratique sportive. Depuis trois mois, ce projet pilote redonne espoir à ces enfants souvent exclus des activités scolaires et sportives.

Selon M. Nsabiyumva, également entraîneur des enfants sourds-muets, cette initiative est partie d’un constat simple. Les enfants vivant avec une déficience de la parole sont souvent écartés des activités sportives, notamment lors des compétitions interscolaires. « Ces enfants ont les mêmes potentialités que les autres, mais ils sont parfois exclus faute d’encadrement adapté, notamment d’arbitres formés », souligne-t-il.
Face à cette réalité, lui et son équipe ont décidé d’agir en lançant un programme spécifique d’apprentissage du rugby pour ces jeunes. Depuis son lancement, il y a trois mois, le projet donne déjà des résultats encourageants. Les enfants participants prennent goût au jeu et s’impliquent activement aux entraînements. Malgré leurs appréhensions initiales, ces jeunes découvrent un espace où ils peuvent s’exprimer librement. « Ils sont intelligents, motivés et surtout très heureux de participer », affirme M.Sabiyumva. Sur le terrain, leur joie est remarquable car chaque victoire est célébrée avec enthousiasme, preuve qu’ils se sentent enfin intégrés et valorisés.
Le sport, un levier de développement global
M. Sabiyumva affirme que le rugby inculque aussi des valeurs fondamentales comme la discipline et le respect des règles. Les enfants apprennent à jouer en équipe, à respecter leurs coéquipiers et à reconnaître leurs erreurs. Au-delà du simple jeu, le rugby joue un rôle essentiel dans le développement de ces enfants. Sur le plan physique, explique-t-il, ce jeu contribue à leur bonne santé et les protège contre certaines maladies. Mais les bienfaits sont également psychologiques. Après les cours, le sport leur permet de se détendre et de s’aérer l’esprit. Selon notre interlocuteur, un des impacts majeurs de cette initiative est la lutte contre la marginalisation. En pratiquant le rugby, ces enfants se sentent enfin comme les autres. « Ils réalisent qu’ils ont leur place dans la société», explique M. Sabiyumva. Cette intégration renforce la confiance en eux et leur sentiment d’appartenance. Le sport devient ainsi un véritable outil d’inclusion sociale, brisant les barrières liées au handicap.
Manque d’infrastructures, un défi majeur
Malgré ces avancées, souligne M.Nsabiyumva, plusieurs obstacles persistent. L’encadrement de ces enfants nécessite des compétences spécifiques, notamment en langage des signes. «Heureusement, certaines écoles ont mis à disposition des interprètes pour faciliter la communication». Les entraîneurs envisagent également de se former à cette langue afin d’améliorer leur accompagnement. Par ailleurs, le manque d’infrastructures reste un défi majeur. Ils déplore le fait que les séances d’entraînement se déroulent souvent dans des espaces restreints et inadaptés.
Pour pérenniser et développer cette initiative, M.Sabiyumva lance un appel aux autorités publiques et partenaires potentiels. Il plaide notamment pour la mise à disposition de terrains adéquats et un appui matériel afin d’améliorer les conditions d’entraînement. Malgré ces difficultés, il reste optimiste : « Nous sommes encore au début, mais avec du soutien, ces enfants pourront un jour participer aux compétitions. » Cette initiative marque une étape importante vers un sport plus inclusif au Burundi.
Yvette Mukeshimana(Stagiaire)
