Les personnes qui s’habillent directement les vêtements d’occasion qu’elles ont achetés au marché sans les laver sont exposées aux risques de contamination de diverses maladies épidermiques. On peut citer les infections bactériennes, cutanées et fongiques, les lésions de la peau avec du pus, les parasitoses cutanées, la gale et autres. Ce sont les propos de Dr Jean Berchmans Ntihebuwayo, médecin dermatologue à la clinique Prince Louis Rwagasore, lors d’une interview qu’il a dernièrement accordée à la presse quotidienne « Le Renouveau du Burundi ».

Au Burundi comme ailleurs dans certains pays en voie de développement, la majorité de la population consomme les habits d’occasion pour leur vie ordinaire quotidienne, à l’exception de l’accoutrement de fêtes. Au marché et dans plusieurs points de vente de ces vêtements, on assiste aux gens qui les portent directement sur place sans les laver ni les repasser. Or, il existe plusieurs maladies corporelles (épidermiques) transmissibles que peuvent attraper les consommateurs à travers ces vêtements.
Même s’ils seraient désinfectés avant de les rouler en pièces de vente, il existe des substances chimiques que l’on met sur ces habits afin qu’ils restent longtemps en bon état. Les vendeurs qui se sont exprimés affirment qu’ils ont déjà appris, de la part des informations paramédicales, que ces produits chimiques sont nuisibles à la santé corporelle.
Le port direct d’habits d’occasion non lavés comporte des dangers
Selon Dr Jean Berchmans Ntihebuwayo, le port d’habits d’occasion non-lavés peut transmettre des maladies comme les infections bactériennes, cutanées, la gale, les parasitoses cutanées et autres. Ces habits d’occasion non-lavés peuvent transmettre des bactéries comme le staphylocoque et le streptocoque qui sont responsables des infections de la peau. Elles se présentent cliniquement avec des lésions de la peau, avec du pus qui apparaît au niveau de la peau.
«Il y a aussi des infections fongiques qu’on peut appeler des infections mycosiques. Les champignons peuvent se développer sur les vêtements non-lavés et provoquer des infections cutanées fongiques comme la teigne, le pied d’athlète ou le pitiriasis versicolor qu’on peut appeler «Urubandu» en kirundi. Ces habits peuvent également transmettre des parasitoses cutanées comme les poux, les puces, les acariens et infester la peau. Il y a la maladie qu’on appelle la gale qui est très répandue ces derniers jours. La gale est l’équivalent de ce qu’on peut appeler «Urukushi » en kirundi.», poursuit-il.
Les conséquences des substances chimiques
Les importateurs mettent sur ces vêtements des produits chimiques qui sont, pour la plupart, nuisibles à la santé humaine à travers la peau. Dr Ntihebuwayo indique que ces substances peuvent provoquer des irritations cutanées, des démangeaisons ou des réactions allergiques comme des eczémas. «Il peut survenir aussi des dermatoses. L’exposition prolongée à ces substances peut entraîner des dermatoses plus graves comme l’eczéma (c’est une sorte d’allergie) ou la dermatite atopique (c’est aussi une sorte d’allergie qui peut survenir à la suite d’un contact avec ces substances qu’on met dans ces habits).», dit-il.
Conseils et modes de traitement
Il est normalement conseillé chaque personne, de porter des habits bien lavés. Le premier conseil est de laver systématiquement les habits d’occasion avant de les porter en utilisant de l’eau chaude et un détergent doux, du savon qui peut aider à tuer les germes, les microbes qui pourraient être dans ces habits.
«Assurez-vous de rincer abondamment des vêtements pour éliminer tout résidu de ces produits chimiques qui ont été mis dans ces habits. Il faut bien les sécher au soleil si possible car les rayons ultraviolets provenant du soleil peuvent aider à éliminer certains micro-organismes. Il faut également les repasser. Quand on repasse les habits, tout résidu ou tout autre micro-organisme résistant peut facilement être éliminé par le repassage.», explique Dr Ntihebuwayo.
Pour les gens qui ne disposent pas de moyens pour repasser les vêtements, ils doivent respecter au moins les trois principes. Il faut bien laver, bien rincer et bien sécher les habits au soleil. Surtout, il ne faut pas exposer les habits où la poussière peut les atteindre. Ces trois conditions peuvent au moins minimiser le risque de transmettre les maladies, s’ils ne peuvent pas avoir le moyen de faire le repassage des habits.
Consultation médicale après toute constatation d’un état pathologique
Pour les victimes de ces pathologies liées au port de vêtements non lavés, il faut faire une consultation médicale après toute constatation d’un état pathologique. «Si vous constatez des symptômes cutanés après avoir porté des habits d’occasion non lavés, consultez un dermatologue pour avoir un diagnostic précis et un traitement approprié.» Il faut insister sur la prévention et surtout adopter de bons réflexes de préparer des vêtements pour éviter tout problème pouvant survenir par rapport au port de ces habits.
Sensibilisation administrative et sanitaire de la base
Ainsi, conclut Dr Ntihebuwayo : «Il est crucial de sensibiliser la population burundaise aux risques potentiels du port d’habits d’occasion non préparés. La deuxième chose est d’insister sur l’hygiène tant personnelle que collective. L’importance de l’hygiène personnelle et du lavage systématique des vêtements avant leur usage pour protéger la santé cutanée (corporelle), c’est surtout la prévention. Celle-ci est alors liée à l’hygiène personnelle et collective, bien aménager l’endroit où l’on habite. Il faut nettoyer les maisons, les garde-robes et garde-manteaux. Il faut également que l’endroit où l’on conserve les habits soit propre et protégé contre les poussières.»
Ces propos interviennent après les témoignages de nombreuses personnes dont la majorité ont été victimes du port de ces vêtements d’occasion non lavés car elles ne savaient pas leurs effets. Séraphine Kanyange, tailleuse de la zone Kamenge en commune Ntahangwa, fait savoir qu’elle a vécu des lésions cutanées sous forme de brûlure. D’autres, comme Martin Ngerageze, ont vu des taches noirâtres et brunâtres apparaitre sur la peau de leurs corps accompagnées de douleurs intenses.
Médard Irambona
