Entre turbulences, crise de confiance et espoirs de redressement du secteur
Le secteur de la microfinance au Burundi traverse une période contrastée, marquée à la fois, par des inquiétudes liées aux difficultés observées dans certaines institutions et par des expériences jugées plus rassurantes. Pour l’économiste Nazaire Gapero, les récents remous autour de certaines structures illustrent les fragilités pouvant affecter des institutions financières, sans pour autant résumer toute la réalité du secteur. L’analyste indique que certaines d’entre elles continuent à contribuer au bien-être familial et au progrès social grâce à une gestion qu’il juge plus responsable.

Longtemps perçue comme un levier de proximité financière pour les petits commerçants, les ménages modestes et les entrepreneurs locaux, la microfinance occupe, aujourd’hui, une place centrale dans l’économie burundaise. Mais, entre crises de confiance, difficultés de gouvernance et attentes des déposants, le secteur traverse également une phase délicate qui nourrit interrogations et débats au sein de l’opinion publique.
Un secteur devenu indispensable à l’économie populaire
Au Burundi, la microfinance constitue souvent la principale porte d’accès à l’épargne, au crédit, aux petits investissements et aux activités génératrices de revenus. Pour de nombreux ménages, elle représente un instrument essentiel de survie économique, d’autonomisation financière et de stabilisation familiale.
Agnès Nahimana, une couturière rencontrée dans le quartier Nyakabiga, reconnaît l’importance du secteur. Elle explique que ces institutions représentent souvent la seule solution pour des personnes souhaitant investir dans leurs activités sans passer par les banques classiques, en raison des garanties exigées. Toutefois, elle souligne que ce secteur gagnerait, davantage, une efficacité si un accompagnement plus poussé était offert aux clients, afin de leur apprendre à mieux gérer les fonds empruntés.
Selon Nazaire Gapero, l’importance sociale du secteur explique l’émotion suscitée chaque fois qu’une institution traverse une crise. « Lorsqu’une structure financière connaît des difficultés, ce ne sont pas seulement des chiffres qui sont affectés. Derrière chaque dépôt, il y a souvent un projet familial, un commerce, des frais scolaires ou des économies accumulées pendant plusieurs années », explique-t-il.
L’économiste observe que le secteur présente, aujourd’hui, des réalités contrastées, faites à la fois de réussites et de contre-performances.
Des dérives qui fragilisent certaines institutions
Pour l’analyste, les difficultés récemment observées dans certaines microfinances illustrent les dérives susceptibles d’affecter des institutions lorsqu’apparaissent des problèmes de gouvernance, une gestion insuffisamment maîtrisée ou des défaillances dans les mécanismes de contrôle. « Une crise profonde dans une institution financière finit toujours par produire des conséquences sociales importantes. Les déposants perdent confiance, les activités économiques ralentissent et toute l’image du secteur peut en être fragilisée », constate-t-il avec amertume.
A ses yeux, cela rappelle que la confiance constitue la pierre angulaire de toute activité financière. Une fois ébranlée, elle devient particulièrement difficile à restaurer.
Toutefois, Nazaire Gapero met en garde contre toute tentation de généralisation. « Il serait injuste de réduire tout le secteur de la microfinance à ses difficultés les plus visibles. Il existe également des structures qui donnent une image totalement contraire à ces contre-exemples et qui continuent à remplir efficacement leur mission économique et sociale », souligne-t-il.
Selon l’expert, certaines institutions démontrent que la microfinance peut constituer un véritable levier de développement lorsqu’elle repose sur une gestion rigoureuse, une gouvernance saine et une relation de confiance durable avec les clients.
Des risques et des opportunités
Pour Nazaire Gapero, les difficultés observées dans certaines structures devraient, avant tout, servir de leçon, afin de renforcer davantage, la crédibilité du secteur dans son ensemble.
L’avenir de la microfinance burundaise dépendra largement du renforcement des mécanismes de supervision, de la qualité de la gouvernance interne, de la transparence financière et de la protection effective des déposants.
L’économiste estime que les remous enregistrés dans certaines institutions ne doivent pas occulter les réussites observées ailleurs. Si certains cas rappellent les risques associés aux défaillances de gestion et à l’érosion de la confiance, l’exemple d’acteurs plus performants démontre qu’une approche fondée sur la rigueur, la proximité et l’accompagnement des populations peut produire des résultats tangibles. « La microfinance demeure un outil extrêmement important pour l’économie populaire burundaise. Mais sa solidité reposera toujours sur la confiance, la bonne gouvernance et la responsabilité dans la gestion de l’épargne des populations », conclut Nazaire Gapero.
Ainsi, entre les enseignements tirés des contre-performances de certains acteurs et les résultats obtenus par des institutions plus résilientes, le secteur de la microfinance continue de révéler ses deux visages : celui des risques qu’il convient de corriger et celui des opportunités qu’il reste possible de consolider au service du bien-être familial et du progrès social.
Eric Tuyishemeze ( Stagiaire)
