La globalisation est une forme de voir les choses, de juger, d’identifier ou d’étiqueter. Au lieu de prendre l’individu tel qu’il est, selon ses compétences, ses valeurs, ses défauts propres ou ses qualités, on le prend dans son groupe social. Elle peut constituer un des facteurs du sous-développement et de violence dans les communautés. Quelles sont les raisons de la globalisation? Quelles en sont les conséquences ? Comment lutter contre ça ? Patrice Sabuguheba, professeur sociologue à l’Université du Burundi et bien d’autres interlocuteurs s’expriment.

« La globalisation c’est cette forme de voir les choses, de juger, d’identifier ou d’étiqueter. Au lieu de prendre l’individu tel qu’il est, selon ses compétences, selon ses valeurs, selon ses défauts propres, selon ses qualités, on le prend dans son groupe d’appartenance (appartenance professionnelle, le groupe des commerçants, il est de telle famille ou de telle église ou région, ceux-là sont mauvais, ceux-là sont comme ça), donc on fait la généralisation d’un défaut individuel qui, finalement, va être un défaut pour toute une famille, tout un groupe ou toute une communauté, pour toute une région, toute une ethnie, toute une formation politique », indique M. Sabuguheba.
Il dégage beaucoup de conséquences néfastes. La première des conséquences liées à la globalisation est que l’individu peut être victime des méfaits ou des crimes commis par les autres. « Supposons par exemple qu’il y a une compétition ou une concurrence sur une place sociale d’emploi pour un poste professionnel. Un individu peut être disqualifié d’avance parce qu’il appartient à telle obédience politique, à telle region, à telle religion, etc. sans toute fois tenir compte de ses compétences, de ses qualifications ou de ses valeurs morales.
Facteur de sous-développement et de violence
M. Sabuguheba affirme que la globalisation peut constituer un facteur de sous-développement et de violence. « Quand vous étiquetez un groupe social comme source de conflit ou pour acteur de tout ce qui ne va pas, le groupe va se sentir lésé et il va faire recours à la justice et lorsqu’ il n’y a pas de justice, bonjour la violence et quand il y a la violence, le sous-développement s’installe parce qu’on ne tient plus compte de la compétence dans le recrutement dans un poste quelconque, on ne tient plus compte de la justice, on ne tient plus de toutes ces valeurs qui font le progrès d’une nation. On tient plutôt compte de la fausse responsabilité », explique-t-il. Il affirme que la globalisation étiquette des gens pour responsables alors que la responsabilité devrait être individuelle. Si la justice est là, si les critères de sélection sur base des compétences individuelles sont là, il faut les appliquer objectivement.
Or, quand la globalisation intervient, ajoute-t’il, les détenteurs des compétences, les gens honnêtes sont rejetés et les médiocres s’installent, les gens capables de faire avancer la communauté n’arrivent plus à avoir une place ; ce qui est à l’origine du sous-développement. Pour lutter contre tout cela, M. Sabuguheba trouve qu’il faut le respect des critères de sélection lors des recrutements, afin de diminuer, voire éviter, la médiocrité due à la globalisation ou bien pour éviter qu’il y ait de la violence.

Pour Anitha Kamariza, une jeune fille rencontrée dans la ville de Bujumbura, la globalisation constitue un facteur de sous-développement et de violence dans la mesure où le groupe qui se sent lésé peut décider de réagir négativement face à quelqu’un qui parle négativement de lui. Elle a donné l’exemple des agents de Lumicash. Certains clients les collent de voleurs surtout quand ils leur disent les frais de transaction alors qu’ils utilisent les tarifs officiels. Elle interpelle les gens qui ont cette mauvaise habitude de globaliser, de changer de mentalité et de chercher des informations sures avant de parler du n’importe quoi pour un groupe quelconque.
Un virus qui s’observe à tous les niveaux
Selon Etienne Girukwayo, Pasteur de l’Eglise chrétienne des Apôtres de Kanyosha, il définit la globalisation comme étant le fait de juger, surtout négativement, un individu ou un groupe de gens par rapport au passée ou sur base d’un autre critère stéréotypé. « La globalisation est un virus qui s’observe à tous les niveaux. Comme c’est le cas par exemple en milieu social, la globalisation s’observe aussi dans les églises ou parmi les gens qui ne partagent pas les mêmes appartenances politiques. Cela est dû à l’incompréhension des uns et des autres. Par exemple dans les églises, il y a des gens qui disent qu’ils ne peuvent pas se marier avec un homme ou une femme d’une telle ou telle autre église juste pour la simple raison qu’ils n’ont pas les mêmes doctrines ou ne voient pas les choses de la même manière», indique Pasteur Girukwayo. Il fait savoir que l’homme a été créé pour être utile à l’autre au lieu de se critiquer mutuellement. Il donne l’exemple d’une famille dans laquelle on trouve un voleur où les gens peuvent stigmatiser cette famille en lui collant ce crime. « Dans le passée, le Burundi a vécu une situation de globalisation et cela a poussé les gens à s’entretuer en disant que ceux-là sont méchants ou malhonnêtes alors qu’ils n’ont pas de preuves tangibles. Donc, les gens sont appelés à cohabiter dans l’harmonie parce qu’ils sont les mêmes », explique-t-il.

Il fait savoir que la globalisation peut avoir un impact négatif sur le développement du pays dans la mesure où les gens peuvent se décider par exemple d’ériger un pont reliant une commune à une autre, mais quand ils ne s’entendent pas bien, un autre groupe peut refuser cette collaboration juste parce qu’ils ne s’entendent pas socialement. Dans ce cas-là, ce n’est pas seulement un individu qui perd, mais plutôt tout un groupe qui devrait utiliser ce pont. Un autre exemple que M. Girukwayo a donné est celui des différentes crises que le Burundi a vécues. « En 1972, en 1988, en 1993 et 2015, le Burundi a traversé des moments durs où la globalisation a poussé les gens à s’entretuer sans qu’ils sachent le pourquoi de cette violence », a-t-il expliqué. Il estime que dans les églises, on devrait organiser des séances de moralisation, informer les fidèles sur l’objectif commun de promouvoir le développement du pays au lieu de se regarder en chiens de faïence alors qu’ils sont les mêmes.
Olivier Nishirimbere
