Les grossesses non désirées représentent un défi majeur pour de nombreuses jeunes filles, impactant, non seulement leur parcours scolaire, mais aussi leur intégration sociale et dans la société. Cela ressort d’un entretien accordé, dernièrement, au journal «Le Renouveau du Burundi» par Angélique Irakoze, psychologue, et Jean Paul Nsengiyumva, professeur à l’Université du Burundi.

Mme Irakoze indique que les grossesses non désirées peuvent avoir des répercussions considérables sur la vie d’une jeune fille. « Elle se trouve souvent confrontée à des discriminations sociales, subissant le poids de préjugés et stéréotypes associés à sa situation. De plus, cela peut engendrer des tensions avec ses parents, qui pourraient désapprouver sa décision et nuire à son estime personnelle.
Elle signale que ces éléments peuvent gravement affecter son bien-être psychologique. Elle pourrait développer des troubles de l’humeur, tels que la dépression, et voir sa confiance en elle s’effondrer, ce qui est essentiel pour naviguer avec succès dans sa vie quotidienne. De plus, la peur d’élever son enfant seule, sans le soutien du père, peut également entraver sa capacité à établir un lien affectif avec lui. Ce sentiment d’isolement et d’incertitude complique la création d’un attachement solide, car elle peut se sentir accablée par la responsabilité de l’éducation de son enfant dans un contexte où elle se sent dévalorisée et sans ressources.»
La mise en place des espaces d’échange plus qu’une nécessité
Mme Irakoze informe que les familles et la communauté jouent un rôle crucial dans le soutien des filles mères. « En leur témoignant de l’amour et de l’encouragement, les familles et la communauté peuvent aider ces filles à comprendre que leur vie ne s’arrête pas là et qu’il est essentiel de maintenir leur confiance en elles. Ce soutien affectif est fondamental pour les permettre de se sentir valorisées et soutenues dans leur parcours. De plus, elle insiste sur l’importance d’offrir une écoute attentive à ces jeunes mères. En mettant en place des espaces d’échange et de dialogue, on leur permet d’exprimer leurs préoccupations et leurs aspirations car les filles mères ont souvent besoin de conseils pratiques et affectifs, notamment sur la manière de prendre soin de leur bébé et de construire une relation saine avec lui.
Cette dernière précise qu’il est essentiel pour une fille mère de consulter un psychologue lorsqu’elle fait face à des discriminations perpétrées par sa communauté. Elle informe que lors de ces séances, le psychologue s’efforce d’établir un climat de confiance, en garantissant à la jeune femme que tout ce qui est discuté au cours de leurs échanges restera strictement confidentiel. Cette promesse d’intimité permet à la fille de s’ouvrir et d’exprimer ses sentiments sans crainte de jugement.
«Un psychologue lui rassure que malgré les obstacles auxquels elle fait face, la vie continue et qu’il est possible de rebondir. A travers un soutien psychologique adapté, il l’encourage à retrouver confiance en elle et envisager l’avenir avec optimisme. En outre, le psychologue lui fournit des conseils pratiques concernant les relations affectives entre une mère et son enfant, un processus que l’on appelle l’attachement affectif. Il met en lumière l’importance d’une parentalité positive, lui montrant comment établir un lien fort et aimant avec son enfant. Ce type de relation est crucial pour le bien-être psychologique de l’enfant, tout en aidant la jeune mère à se sentir valorisée dans son rôle» indique-t-elle.
Elle appelle les parents à soutenir leurs filles qui sont dans cette situation, en les entourant de compréhension et d’amour, soulignant qu’il est crucial d’éviter de les blesser par des paroles ou comportements qui pourraient aggraver leur situation. En effet, explique-t-elle, un manque de soutien peut entraîner des conséquences psychologiques néfastes, telles que le stress et des épisodes dépressifs.
Déficience d’accès adéquat à l’éducation sexuelle
Quant à Jean-Paul Nsengiyumva, les grossesses non désirées représentent un défi majeur pour de nombreuses jeunes filles, impactant, non seulement leur parcours scolaire, mais aussi leur intégration sociale et leur place dans la société.

Sur le plan académique, informe-t-il une grossesse non désirée peut conduire à un décrochage scolaire. Les jeunes mères se voient obligées de jongler entre les responsabilités liées à la maternité et leurs études, rendant souvent leur réussite académique difficile, voire impossible. Ce phénomène contribue à perpétuer un cycle de pauvreté et de dépendance, limitant ainsi leurs opportunités futures ainsi que celles de leurs enfants.
Il précise que l’absence d’accès adéquat à l’éducation sexuelle et aux méthodes de contraception figure parmi les principales causes de ces grossesses. « Beaucoup de jeunes filles ne reçoivent pas les informations nécessaires pour faire des choix éclairés concernant leur corps. Cela peut les amener à prendre des décisions qui auront des conséquences durables. Comme résultat, elles se retrouvent souvent stigmatisées, tant par leur famille que par leur communauté, ce qui aggrave leur sentiment d’isolement. »
Christella Uwimana, une fille mère résidant en commune Mugere, décrit son expérience comme à la fois difficile et enrichissante, oscillant entre des moments de défis et magie. Elle indique qu’elle a eu la chance d’être entourée de sa mère et de sa meilleure amie, qui lui ont apporté un soutien inestimable et cette présence l’a aidée à vivre un moment unique dans une atmosphère chaleureuse et rassurante.
Cependant, fait-elle savoir, après la naissance, elle a été confrontée à la dure réalité des jugements extérieurs. Certains membres de sa communauté la dévisageaient, comme si elle avait pris une décision irresponsable en choisissant d’être une fille mère. Elle ajoute que ces regards et commentaires ont eu un impact sur son bien-être psychologique, lui laissant parfois un sentiment d’isolement.
Malgré ces obstacles, elle fait savoir que cette expérience lui a aussi permis d’apprendre énormément. Elle informe qu’elle a tissé un lien fort avec sa fille, étant présente à chaque étape de sa naissance.
Ange Isaline Duhezagire
