Un appel à l’empathie
La communication violente représente une problématique complexe aux conséquences néfastes tant pour les individus que pour la société. Il est essentiel de reconnaître ses manifestations et d’adopter des stratégies visant à promouvoir une communication respectueuse et constructive. En encourageant des interactions positives, on peut contribuer à bâtir une société plus empathique et solidaire. Ce point de vue a été souligné lors d’un entretien accordé au journal «Le Renouveau du Burundi» par les psychologues cliniciens Armel Arakazandoruwanka et Noëlla Tuyishime, le vendredi 3 octobre 2025.
M.Arakazandoruwanka indique que la communication violente est un phénomène complexe qui nécessite une attention particulière, car elle touche à la nature même des interactions humaines. Dans le cadre de cette problématique, il convient d’explorer le réseau de la communication violente, qui se caractérise par des échanges inefficaces et souvent destructeurs.
Il explique ladite communication en passant sur la communication non violente, où elle est théorisée par des chercheurs spécialisés, propose des solutions pour améliorer les échanges et faciliter la résolution des conflits. Souvent, les personnes qui adoptent une communication violente sont influencées par leurs expériences émotionnelles et leurs histoires personnelles difficiles. En période de guerre, de violence ou de souffrance, il est courant que les individus deviennent agressifs, ce qui se reflète dans la manière dont ils communiquent.
Il fait savoir que cette forme de communication se manifeste souvent par des besoins mal exprimés, des variations de ton, et une perception de l’autre comme un adversaire. Dans un échange entre deux personnes, celle qui utilise une communication violente se sent généralement attaquée et voit l’autre comme un ennemi, ce qui engendre des besoins non formulés. A l’inverse, la communication non violente cherche à exprimer clairement les besoins sans agressivité. Elle favorise la coopération plutôt que la confrontation, en reconnaissant que chaque individu a des besoins légitimes.
Il souligne que à la base de la communication violente se trouvent souvent des besoins insatisfaits. Cette forme de communication est non seulement une conséquence de frustrations fréquentes, mais elle engendre également des effets à court et long terme. Des mots violents créent des murs, éloignant des personnes qui pourraient autrement se rapprocher. De plus, des insultes ou des dégradations peuvent entraîner des blessures émotionnelles profondes. Quand une personne est traitée avec mépris, elle perd sa dignité, ce qui peut diminuer sa valeur perçue et, dans des cas extrêmes, conduire à une déshumanisation.
Il fait savoir que la communication violente engendre des effets psychologiques profonds sur les personnes ciblées. Lorsqu’un individu est dévalorisé au point d’être qualifié d’animal ou d’assimilé à quelque chose de méprisable, cela crée un sentiment de culpabilité ou de victimisation chez la personne insultée. Ce phénomène ne fait qu’accentuer les tensions entre les deux parties impliquées. A long terme, ces tensions peuvent dégénérer en conflits ouverts, voire en guerres, entraînant la destruction d’infrastructures et de communautés.
M.Arakazandoruwanka indique que les conséquences psychologiques de la communication violente sont considérables et profondément ancrées. Une personne qui a été stigmatisée en raison de son origine ou de ses caractéristiques personnelles peut porter cette blessure tout au long de sa vie. Se sentir ainsi dévaluée peut être vécu comme un crime ou un péché, laissant des marques indélébiles.
Par exemple pour un enfant, ces expériences peuvent être particulièrement traumatisantes, car elles peuvent influencer son développement et sa perception de soi. En grandissant, il peut intérioriser une image de lui-même comme étant menacé ou inférieur, ce qui peut engendrer des traumatismes psychologiques durables. Ces blessures émotionnelles peuvent avoir des répercussions sur sa vie future, affectant ses relations, sa confiance en soi et son bien-être général.
Mme.Tuyishime fait savoir que la communication violente est un phénomène aux conséquences multiples et souvent néfastes, tant sur le plan individuel que collectif. Elle se manifeste par des comportements et des paroles visant à contrôler, blesser ou dévaloriser autrui, notamment à travers des critiques, des menaces et un refus d’écouter. Elle souligne que les conséquences de cette forme de communication incluent une escalade des conflits, une détérioration des relations et un isolement émotionnel des personnes touchées. Elle souligne qu’à long terme, les effets psychologiques peuvent être sévères, entraînant anxiété, dépression, faible estime de soi et traumatismes émotionnels qui compliquent l’établissement de relations saines. Pour prévenir la communication violente, elle indique qu’il est essentiel d’adopter des stratégies telles que l’écoute active, l’expression assertive des émotions et la résolution constructive des conflits. De plus, la communication violente impacte la société en créant un climat social tendu, en perpétuant un cycle de violence et en soulevant des problèmes de santé publique. En prenant conscience de ces manifestations et en mettant en œuvre des stratégies de communication respectueuse, on peut contribuer à bâtir une société plus empathique et solidaire.
Ange Isaline Duhezagire
