Lors de la conférence nationale sur la LBC/FT (Lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme), tenue le 2 décembre 2025 à Bujumbura, la CNRF (Cellule nationale de renseignement financier) a rappelé les principaux crimes susceptibles d’aboutir au BC (Blanchiment de capitaux). Le détournement de fonds prend la première place, suivi des infractions fiscales et douanières. La liste n’oublie pas la contrebande, la corruption, la concussion, le trafic de minerais, la traite des êtres humains et le trafic de drogues.

En mars 2023, une Mission de haut niveau (MHN) du groupe ESAAMLG (Easter and southern Africa anti-money laundering group) a identifié neuf mesures prioritaires devant être mises en œuvre à court terme par le Burundi pour établir les bases du régime national de LBC/FT. Parmi ces mesures figures la conduite d’une ENR (Evaluation nationale des risques) de BC/FT qui a classé ces crimes. Le rapport montre que le risque global de blanchiment de capitaux (BC) est évalué à un niveau élevé résultant du niveau de menace globale élevé et du niveau de vulnérabilité nationale élevé.
Les secteurs connaissant une grande vulnérabilité sont les bureaux de change, les établissements de paiement, les institutions de microfinance, les banques et le secteur immobilier. Ils présentent graduellement un niveau de vulnérabilité allant de moyen à élevé.
Les autres secteurs à savoir les négociants en métaux et pierres précieuses, les assurances, les jeux de hasard, les avocats, les notaires, les professionnels comptables et les déclarants en douane présentent un niveau de vulnérabilité allant de moyennement faible à faible.
Principales faiblesses à relever
Pour les premiers secteurs, les principales faiblesses identifiées dans le rapport sont l’absence d’un organe de supervision clairement identifié dans les lois et règlements, l’absence d’une pratique de supervision, l’absence de programmes de formation et sensibilisation du personnel sur la LBC/FT basés sur les risques. Les assujettis, à part les banques, ne mettent pas encore en œuvre les dispositions de la loi LBC/FT. Il faut ajouter l’inefficacité de détection et de la déclaration des opérations suspectes et le manque de connaissances en matière de LBC/FT.
Dans son exposé, Juvénal Kwizera, conseiller à la CNRF et spécialiste en criminalité financière et LBC- FT, a indiqué que les effets néfastes du BC sont multiples. Les plus couramment observés et bien connus par la population sont la distorsion de la concurrence, la mauvaise allocation des ressources, la perte des recettes fiscales, la corruption qui aboutit à la perte de crédibilité du pays, les inégalités sociales provoquant la perte de confiance à tous les niveaux. Il y a également la mauvaise réputation du pays, les sanctions financières internationales (liste grise/liste noire), la baisse des investissements et autres. M. Kwizera a précisé que les piliers de l’ENR sont la prévention, la détection et la répression.
Médard Irambona
