
L’Ubushingantahe est un héritage de bonnes valeurs morales et sagesse transmis par nos ancêtres. Selon la culture burundaise, « un mushingantahe » se distingue par le respect de la vie humaine, la défense de la justice, la protection des personnes vulnérables et la promotion de l’unité des Burundais. Ces propos ont été tenus par Charles Rwangarambe, un « mushingantahe » investi, le samedi 10 octobre 2026, lors des cérémonies d’investiture d’un «Mushingantahe» dans le centre culturel Bwenge nyabwo situé dans le quartier Mutanga Sud de la commune Mukaza dans la province de Bujumbura.
Charles Rwangarambe indique que la qualité d’un mushingantahe se caractérise notamment par le respect de la vie humaine, car aucun «mushingantahe »ne saurait oser tuer une personne. «Selon les enquêtes menées à Kirundo, aucun mushingantahe n’a tué quelqu’un lors des le crise de 1993. Cela fait partie des rares catégories de personnes dont les enquêtes pourraient confirmer qu’elles n’ont pas participé aux massacres qui ont eu lieu dans le pays », a-t-il assuré. Il précise, au contraire, que les Bashingantahe comptaient parmi les personnes qui ont pu cacher certains individus menacés de mort, certains d’entre eux ayant même payé de leur vie cet acte de protection. Selon M. Rwangarambe, les Burundais d’autrefois connaissaient les règles qui régissaient la société et les respectaient. « Aujourd’hui, on assiste à une inversion des valeurs culturelles burundaises. Désormais, quelqu’un peut vous menacer en disant qu’il va vous couper à la machette et passer effectivement à l’acte, même si vous ne lui avez rien fait », déplore-t-il.
Dire la vérité et défendre la justice
M. Rwangarambe souligne également qu’un Mushingantahe est une personne qui défend la justice partout où elle se trouve. « Un Mushingantahe ne ment pas. Il dit toujours la vérité et défend la justice », a-t-il fait remarquer. Il rappelle que, dans la culture burundaise, on considérait que la guerre commençait le jour où le mensonge prenait la place de la vérité. « C’est pourquoi des personnes chargées de dire la vérité, défendre la justice et protéger les Burundais les plus vulnérables ont été instituées », a-t-il expliqué. Il ajoute que les Bashingantahe ont toujours contribué à préserver l’unité des Burundais, convaincus que celle-ci vient de Dieu. Il précise également que, dans la mesure du possible, une personne qui s’apprête à être intronisée comme Mushingantahe doit avoir pour parrain une personne appartenant à une autre ethnie que la sienne. Enfin, M. Rwangarambe estime que le Burundi possède une richesse culturelle exceptionnelle et qu’aucun pays ne peut parvenir au développement sans accorder une place importante à sa propre culture.
Edmond Ntazina, qui dirige l’institution des Bashingantahe en mairie de Bujumbura, indique que cette institution se distingue nettement de celle des notables collinaire, qui, eux, perçoivent une rémunération. Selon lui, la fonction de Mushingantahe constitue plutôt un héritage ancestral transmis par les aïeux. «Lors de son investiture, le Mushingantahe prête serment et signe un engagement par lequel il promet de préserver le secret. Cela démontre l’importance de cette responsabilité, qu’il assume sans percevoir aucune rémunération », souligne-t-il.
Etienne Nduwimana
