
Serges Nsabimana,, chef du Service Réformes et développement du capital humain à l'agence de développement du Burundi, fait savoir que l'ADB est prêt à aider les jeunes entrepreneurs qui pensent monter leurs projets
Les jeunes doivent retrousser les manches et se lancer dans de petits projets de développement sans se soucier de leur niveau d’études et sans attendre d’être embauchés par l’Etat. Il faut qu’ils profitent des différents atouts dont regorge le Burundi. Cela permettra de mettre fin au chômage, de développer les jeunes et le pays. Donc, il faut que ces derniers coupent court avec l’idée qu’ils doivent monter des projets en débutant par des crédits, mais plutôt commencer par des petits capitaux et contracter des crédits plus tard pour renforcer le capital, comme le souligne Serge Nsabimana chef de service Réformes et développement du capital humain à l’Agence de développement du Burundi (ADB).
Selon M. Nsabimana, le développement économique du pays passe par le développement du secteur privé et l’avenir du pays repose sur la jeunesse. Raison pour laquelle, ajoute-t-il, le gouvernement du Burundi en collaboration avec les services qui œuvrent dans les domaines de l’entrepreneuriat vise à renforcer les capacités des jeunes pour en faire des investisseurs potentiels et avisés afin d’exploiter au maximum les opportunités d’investissement disponibles au Burundi.
Il signale que l’ADB fait tout son possible pour former et accompagner ces jeunes entrepreneurs à travers des ateliers de formations dans toutes les provinces du pays pour les différents groupes des jeunes cibles. « Il oriente aussi les jeunes soucieux de créer de l’emploi et ayant déjà une idée plus ou moins innovatrice de ce qu’ils voudraient entreprendre en leur montrant d’une part les techniques de conception et de rédaction d’un plan d’affaires bancable, et d’autre part, en les sensibilisant sur les opportunités d’investissement et de création d’emploi au Burundi ».
Entreprendre n’a rien à voir avec le diplôme
Les jeunes entrepreneurs qui ont été accompagnés ont témoigné et partagé leurs expériences de leur parcours entrepreneurial, les défis rencontrés au début, leurs échecs et les leçons tirées.
Claudine Nzeyimana, une jeune fille de 25 ans née sur la colline Rutambiro de la commune Mugongo-Manga en province de Bujumbura témoigne de son parcours entrepreneurial et de la réussite de son entreprise, elle indique qu’après ses études primaires et secondaires, elle eu un diplôme de technicien en mécanique générale à l’ETS Kamenge en 2018. Puisqu’ elle n’avait personne dans sa famille pour lui donner ou lui chercher de l’emploi. Elle a choisi de se lancer dans l’agriculture et l’élevage. Elle a rassemblé les jeunes chômeurs de sa localité pour former une association de quinze membres.
« Le début n’est pas du tout facile. Il faut parfois faire des sacrifices. Mais, ce qui est important c’est d’atteindre l’objectif peu importe le prix à payer ». Elle indique que l’idée d’entreprendre un projet doit être accompagnée par des actions concrètes comme l’épargne qui servira de capital pour le début des activités. Selon elle, la réussite des activités ne découle pas du niveau d’études mais plutôt des efforts fournis par les membres d’une association ou d’une coopérative pour atteindre leur objectif. « Le niveau d’études n’a rien à voir avec la bonne marche et la réussite des projets ».
Témoignant toujours sur son expérience dans l’entrepreneuriat, Mme Nzeyimana indique qu’elle a fait recours à la commune Mugongo- Manga pour demander un lopin de terre pour débuter avec la culture des pommes de terre. Comme ils avaient besoin de semences et d’engrais chimiques, ils devaient travailler comme journalier en cultivant les champs des voisins et recevoir en contre partie les frais de main d’œuvre qui leur ont servi de capital. « Chose qui n’était pas facile pour les jeunes diplômés. A la fin du mois, nous avons gagné 300 000 FBu et avons pu acheter ce dont on avait besoin pour la première culture ». Elle informe qu’après la vente de la récolte, ils ont gagné plus de la moitié du capital, c’est-à-dire environ 650 000 FBu. Mme Nzeyimana souligne aussi que la commune Mugongo-Manga est toujours restée à leur côté. Elle leur a également octroyé un agronome pour les assister et un autre terrain plus vaste que le premier sur lequel ils ont cultivé encore une fois des pommes de terre. Mme Nzeyimana se réjouit ainsi de la récolte qu’ils obtiennent aujourd’hui car cette dernière a augmenté.
L’essentiel c’est le courage et la créativité
D’après Claudine Nzeyimana, avec la mise en place de la Banque d’investissement pour les jeunes (Bije), ils ont contracté un crédit de cinq millions de FBu qui leur a permis d’entreprendre un projet d’élevage de porcs et de chèvres, à côté de la culture de la pomme de terre. Aujourd’hui, ils comptent 20 chèvres et 25 porcs et ces activités d’élevage leur permettent d’avoir du fumier pour leurs champs. Néanmoins, Mme Nzeyimana déplore le fait que pour avoir un crédit de la Bije cela demande beaucoup de procédures et des fois de moyens financiers.
Même si les défis ne manquent pas dans l’exécution des projets, Mme Nzeyimana interpelle les jeunes entrepreneurs à ne pas avoir peur d’entreprendre et à ne pas penser qu’ils vont commencer avec de gros moyens. « Il faut plutôt commencer à partir de rien. L’essentiel c’est d’avoir le courage et la créativité ».
Une entreprise partie de zéro
De son côté, Pascal Ndayizeye, habitant de la ville de Bujumbura, indique qu’il a fait l’école secondaire sous les frais de l’Etat parce qu’il était indigent. Après l’école secondaire, il a eu son premier emploi dans une société de transformation des jus naturels Ashibu. Il travaillait avec beaucoup de curiosité parce que sa mission n’était pas d’être salarié, mais d’avoir des connaissances parce qu’il avait un projet en tête d’ouvrir sa propre entreprise. Après 3 ans, ayant tout vu et avec une somme qui pouvait lui servir de capital, il s’est associé avec 15 autres jeunes. Ils ont mis ensemble le peu d’argent qu’ils avaient et ont parvenu à ouvrir une entreprise de transformation de jus de fruits, Kirumara costos company. Après un certain temps, ils ont ajouté une branche de transformation des savons de toilette et de lessive qu’ils vendent dans tout le pays. Selon M. Ndayizeye, durant tout ce temps, ils travaillaient sans salaire. Ils mettaient plutôt de côté tout l’argent qu’ils recevaient comme bénéfice pour renforcer le capital.
Certains obstacles persistent
Pour M. Ndayizeye, monter un projet n’est pas du tout difficile au Burundi, mais le principal obstacle chez beaucoup de jeunes est le manque de connaissances suffisantes en ce qui concerne l’élaboration des projets. Il y a aussi le manque de capitaux. Selon lui, certains projets sont souvent détournés par ceux qui ont des moyens d’investissement car les certificats de normalisations coûtent les yeux de la tête. Parlant toujours des défis auxquels se heurtent les jeunes entrepreneurs, M. Ndayizeye parle aussi des difficultés à exporter leurs produits ; des exigences en matière de garanties et du niveau élevé des intérêts bancaires. « Tout cela sont des principaux obstacles que rencontrent les jeunes entrepreneurs», dit-il.
Toutefois, M. Ndayizeye encourage les jeunes à ne pas a se décourager. « Personne ne naît entrepreneur, mais tout le monde peut le devenir. L’expérience vient avec le temps ». Il les invite à s’associer aux autres,et s’entourer de bonnes personnes. « Il faut aussi et surtout s’inspirer d’autres entrepreneurs qui ont déjà réussi et qui ont une grande expérience ».
Josélyne Ndayegamiye