Malgré les lois qui interdisent l’emploi des enfants dans des travaux pénibles, certains mineurs continuent d’être utilisés dans des activités domestiques, dans les carrières ou dans le petit commerce de rue. Le socio-anthropologue, Léonce Sibomana, appelle à une prise de conscience collective, afin de protéger les droits des enfants et préserver l’avenir du pays.

Le socio-anthropologue Léonce Sibomana a indiqué que l’utilisation des enfants dans des travaux lourds reste une réalité préoccupante. Il rappelle que l’article 10 du Code du travail du Burundi, loi n°1/11 du 24 novembre 2020, interdit d’employer un enfant n’ayant pas atteint l’âge légal. Toute personne qui enfreint cette disposition s’expose à des sanctions prévues par la loi. « Pourtant, certains enfants continuent d’être employés dans différentes activités telles que le commerce ambulant, le transport de charges lourdes, l’extraction de sable ou de pierres, ainsi que les travaux domestiques», déplore notre interlocuteur.
M. Sibomana explique que la pauvreté figure parmi les principales causes du travail des enfants. Dans certains cas, les enfants quittent l’école faute de moyens financiers ou de matériel scolaire et se retrouvent contraints de chercher du travail pour subvenir à leurs besoins ou aider leurs familles. Il ajoute que nombreuses familles disposant de ressources limitées ou les situations de famine peuvent également pousser certains enfants à abandonner l’école pour chercher à survivre. Le travail des enfants a des conséquences importantes sur leur avenir. Selon M. Sibomana, beaucoup abandonnent l’école, ce qui réduit leurs chances d’obtenir plus tard un emploi qualifié. De plus, les tâches lourdes auxquelles ils sont soumis peuvent affecter leur santé physique et mentale.
Cette situation constitue également une perte pour le pays. « Un enfant qui n’a pas la possibilité de poursuivre ses études ne pourra pas contribuer pleinement au développement du pays », explique-t-il. Le Burundi risque ainsi de manquer de futurs cadres, médecins, ingénieurs ou autres professionnels indispensables à la réalisation de la Vision nationale d’un pays émergent en 2040 et développé en 2060.
Des solutions pour mettre fin à ce phénomène et un témoignage révélateur
Pour lutter contre le travail des enfants, Léonce Sibomana propose plusieurs pistes. Il insiste notamment sur l’application stricte des lois existantes, afin de protéger les enfants contre toute forme d’exploitation. Il appelle également l’administration à intensifier la sensibilisation de la population, afin que les parents, les employeurs et les citoyens connaissent les lois qui protègent les enfants. Il invite également toute personne qui constate l’exploitation d’un enfant à le signaler aux organisations chargées de la protection de l’enfant. Pour M. Sibomana, la solidarité et l’esprit d’Ubuntu, valeur profondément ancrée dans la culture burundaise, devraient guider la société, afin d’aider les enfants en difficulté, à retrouver le chemin de l’école et à construire un avenir meilleur.
Un habitant rencontré et qui se rendait au marché de Cotebu raconte avoir croisé un enfant dans la rue qui lui demandait où trouver un bus à destination de Kayanza. En discutant avec elle, il a appris que la jeune fille travaillait depuis un mois dans un ménage du quartier Bwiza. Selon ce témoin, l’enfant expliquait qu’elle travaillait sans repos et qu’elle ne sortait presque jamais de la maison. Elle a même montré ses mains blessées après avoir lavé de nombreux vêtements. Face à cette situation, notre interlocuteur dit qu’il a décidé de l’aider en lui payant le transport pour qu’elle puisse retourner chez elle à Kayanza. Pour ce citoyen, les employeurs de travailleurs domestiques, surtout les enfants, devraient faire preuve de compassion et se rappeler que ces enfants cherchent un avenir meilleur.
Yvette Mukeshimana (Stagiaire)
