« La dépression est un trouble de la santé mentale reconnu comme un majeur de santé publique. Elle se caractérise par un état durable de tristesse, de vide émotionnel ou de désespoir, associé à une diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir pour les activités quotidiennes ». Tels sont des propos récemment recueillis d’Oswald Ndacayisaba, un socio-anthropologue et psychologue clinicien. Selon cet expert dans la prise en charge des communautés vulnérables, contrairement aux réactions émotionnelles normales face aux difficultés de la vie, la dépression persiste sur plusieurs semaines ou mois et entraîne une souffrance significative ainsi qu’une altération du fonctionnement personnel, familial, social et professionnel.

M. Ndacayisaba affirme que la dépression affecte non seulement les émotions, mais aussi les pensées, le comportement et le fonctionnement physique. « Elle peut se manifester par une baisse d’énergie, une vision négative de soi et de l’avenir, des difficultés de concentration, des troubles du sommeil ou de l’appétit, et un sentiment d’inutilité ou de culpabilité excessive », explique-t-il. Et d’ajouter que sans prise en charge adéquate, la dépression peut s’aggraver et exposer la personne à des risques importants, notamment l’isolement social et les comportements suicidaires.
Quand affirmer qu’une personne souffre d’une dépression ?
Notre interlocuteur souligne que, sur le plan clinique, on peut affirmer qu’une personne souffre de dépression lorsque les symptômes sont présents presque tous les jours pendant au moins deux semaines consécutives, et qu’ils perturbent de manière significative la vie quotidienne. Cette durée minimale de deux semaines constitue un critère essentiel pour différencier la dépression d’un simple épisode de tristesse passagère ou de stress temporaire.
M.Ndacayisaba nous parle également de ce qui est à l’origine de la dépression. «La dépression n’a généralement pas une cause unique, elle résulte plutôt de l’interaction complexe de plusieurs facteurs notamment les facteurs psychologiques qui comprennent le stress prolongé, les traumatismes, les expériences de violence, les pertes affectives, les deuils non résolus et les difficultés répétées à faire face aux épreuves de la vie. Ces expériences de la coopération fragiliser l’équilibre émotionnel et réduire les capacités d’adaptation de la personne. Les facteurs sociaux qui jouent un rôle déterminant, notamment la pauvreté, le chômage, l’insécurité économique, les conflits familiaux, l’isolement social, la stigmatisation et les discriminations. Dans les contextes humanitaires ou post-crise, tels que les conflits armés, les déplacements forcés ou les catastrophes naturelles, l’exposition répétée aux événements stressants augmente considérablement la vulnérabilité à la dépression. Il n’a pas maqué de préciser d’ajouter à la liste les facteurs biologiques qui peuvent également intervenir, tels que les déséquilibres des neurotransmetteurs, certaines maladies chroniques, les changements hormonaux ou une prédisposition génétique. C’est souvent la combinaison de ces différents facteurs qui conduit à l’apparition de la dépression.
La dépression est traitable
M.Ndacayisaba affirme que la dépression est une affection traitable, et la majorité des personnes peuvent se rétablir lorsqu’elles bénéficient d’une prise en charge appropriée et adaptée à leurs besoins. Le traitement repose sur une approche globale, tenant compte des dimensions psychologiques, sociales et biologiques de la personne.
« Les interventions psychosociales constituent souvent la première ligne de prise en charge, en particulier dans les formes légères à modérées. Elles incluent l’écoute active, le soutien émotionnel, l’accompagnement individuel ou communautaire, ainsi que les groupes de parole. Les psychothérapies structurées, telles que la thérapie cognitivo-comportementale, permettent à la personne de mieux comprendre ses pensées et comportements et de développer des stratégies d’adaptation plus efficaces », a-t-il expliqué..
Dans les formes modérées à sévères, un traitement médicamenteux peut être nécessaire, toujours sous la supervision d’un professionnel de santé qualifié. Le soutien familial, la restauration des routines quotidiennes, l’activité physique régulière et le renforcement du réseau social contribuent également de manière essentielle au processus de rétablissement.
Comment l’entourage et la société peuvent-ils contribuer au traitement d’ un personne déprimée
Selon notre interlocuteur, l’entourage et la société jouent un rôle fondamental dans l’accompagnement des personnes déprimées. Une attitude bienveillante, empathique et respectueuse est essentielle. Il est important d’écouter la personne sans jugement, de reconnaître sa souffrance et d’éviter toute minimisation ou culpabilisation. Les propos stigmatisants ou moralisateurs peuvent renforcer le sentiment de honte et d’isolement. Pour lui, la société doit favoriser un environnement inclusif et protecteur, où la santé mentale est reconnue comme une composante essentielle de la santé globale. Encourager la personne à rechercher une aide professionnelle, maintenir des liens sociaux réguliers et offrir un soutien pratique et émotionnel sont des actions clés. Le respect de la dignité, de l’autonomie et de la confidentialité de la personne est indispensable à toute démarche d’accompagnement.
Différents degrés de dépression
M.Ndacayisaba explique que la dépression peut être classée selon différents niveaux de gravité. La dépression légère se manifeste par des symptômes présents mais encore compatibles avec une certaine autonomie et un maintien partiel des activités quotidiennes. La personne peut ressentir une souffrance réelle tout en continuant à fonctionner, au prix d’un effort important. Quant à la dépression modérée, elle entraîne une altération significative du fonctionnement personnel, social et professionnel. Les symptômes deviennent plus envahissants et difficiles à gérer sans aide extérieure. La dépression sévère, quant à elle, se caractérise par une souffrance intense, une incapacité à accomplir les activités quotidiennes, un retrait social marqué et parfois la présence d’idées suicidaires. Ce niveau de gravité nécessite une prise en charge spécialisée et souvent urgente.
Accompagner les personnes déprimées est un acte primordial
Selon M.Ndacayisaba, ’ il est important de rappeler que demander de l’aide est un acte de courage et non de faiblesse. Les personnes déprimés doivent être encouragées à exprimer leurs émotions, à ne pas s’isoler et à suivre les recommandations des professionnels de santé. Les familles ont un rôle central à jouer en offrant un cadre sécurisant, stable et compréhensif. La patience, l’écoute et la collaboration avec les services de santé sont essentielles pour soutenir efficacement la personne concernée. La société doit s’engager activement dans la lutte contre la stigmatisation des troubles mentaux, promouvoir l’éducation et la sensibilisation à la santé mentale, et développer des mécanismes communautaires d’écoute et de soutien.
M.Ndacayisaba n’a pas manqué de lancer un appel au gouvernement afin de renforcer les systèmes de santé mentale, d’assurer la formation des professionnels et des agentsde santé communautaire, d’intégrer la santé mentale dans les politiques publiques et de garantir l’accessibilité, la qualité et la continuité des soins pour l’ensemble de la population.
Donathe Ndayisenga
