Le chômage des jeunes demeure l’un des défis majeurs au développement du Burundi, à l’instar de nombreux pays en développement. Face à la rareté des emplois formels, les emplois dits informels s’imposent aujourd’hui comme une alternative incontournable pour une grande partie de la jeunesse. Ces propos sont issus d’un entretien avec certains jeunes vendeurs de Mukaza en province de Bujumbura, le 20 janvier 2026.

Selon Armel Ndayiragije, jeune vendeur de téléphone (Batasseur), la situation de l’emploi au Burundi pousse de nombreux jeunes à revoir leurs ambitions professionnelles. « Les emplois informels sont devenus une alternative aux emplois formels, car trouver un emploi correspondant à son diplôme est presque impossible aujourd’hui », explique-t-il.
Il ajoute que beaucoup de jeunes perdent du temps considérable à chercher un emploi dans les services de l’État, alors qu’ils pourraient se lancer dans l’entrepreneuriat. « Aujourd’hui, je suis mon propre patron et je gagne pas mal d’argent », souligne-t-il.
Pour Fabrice Manirakiza, propriétaire d’une boutique, il indique qu’au lieu de rester inactifs, les jeunes devraient ouvrir un petit commerce qui, avec le temps, peuvent devenir des sources de revenus stable, capable non seulement de subvenir à leurs besoins, mais aussi de contribuer au développement du pays. « Aujourd’hui, je ne suis plus un fardeau pour quiconque, car je gagne mon propre argent, ce qui me permet de subvenir à mes besoins et de préparer mon avenir », Souligne-t-il.
De son côté, Douce Irakoze, jeune entrepreneure propriétaire d’un salon de beauté, indique qu’elle n’a pas attendu longtemps après la fin de ses études pour se lancer dans l’auto-emploi. « J’ai immédiatement commencé à mettre en œuvre mon idée de toujours, ouvrir un salon de beauté. Ma famille m’a soutenue en me prêtant un capital de départ », explique-t-elle.
Selon elle, l’un des plus grands défis auxquels font face les jeunes reste le manque de capital et de soutien familial, surtout pour ceux issus de familles défavorisées. Cette situation pousse plusieurs d’entre eux à s’attarder dans la recherche d’emplois formels souvent difficiles à obtenir.
Mme Irakoze précise qu’elle a débuté son activité avec une seule employée, mais qu’aujourd’hui, son salon compte quatre employées rémunérées chaque mois. « Nous avons l’obligation, en tant que jeunes, de soutenir le pays en créant nos propres emplois, mais aussi en offrant des opportunités d’emploi aux autres », conclut-elle.
Pour sa part, Aimé Butoyi, expert en économie, estime que les emplois informels jouent un rôle majeur dans la lutte contre le chômage, en particulier au Burundi où le secteur formel reste limité. Il souligne que, même si ces emplois ne constituent pas une solution idéale et durable à long terme, ils représentent néanmoins une réponse réaliste aux conditions socio-économiques actuelles.
Selon lui, le secteur informel contribue de manière significative à l’économie nationale à travers la production de biens et de services accessibles à la majorité de la population.
Toutefois, il présente plusieurs limites, notamment l’instabilité des revenus, le manque de financement et l’absence de protection sociale.
Pour améliorer la contribution de ce secteur, Aimé Butoyi recommande à l’État de faciliter l’accès au crédit pour les jeunes entrepreneurs. « Le secteur informel pourrait devenir un véritable levier de développement économique s’il bénéficie d’un accompagnement adéquat », affirme-t-il.
Eric Tuyishemeze (Stagiaire)
