A l’occasion de la célébration du 77e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine, l’Ambassadeur de Chine au Burundi, Zhu Kewei a accordé une interview exclusive au quotidien burundais d’information « Le Renouveau du Burundi. Elle montre comment le Burundi peut profiter de l’expérience chinoise en matière développent et promet l’engagement de son pays à accompagner la réalisation de la Vision Burundi 2025-2060
Claude Hakizimana (C.H): La Chine a longtemps été confrontée à la pauvreté et à un niveau de développement insuffisant. Aujourd’hui, elle a accompli des progrès remarquables. Quelles expériences majeures et quelles mesures stratégiques ont permis cette transformation historique ?
Zhu Kewei (Z.K): Cette année marque le 105e anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois (PCC). Depuis la fondation de la République populaire de Chine il y a 77 ans, le PCC a uni et guidé le peuple chinois à créer le double miracle d’une croissance économique rapide et d’une stabilité sociale durable. Je voudrais partager avec vous quelques expériences qui expliquent le succès de la gouvernance chinoise.
Premièrement, préserver l’indépendance et l’autonomie. Le PCC a adapté les principes fondamentaux du marxisme aux réalités concrètes de la Chine et réussi à ouvrir une voie de modernisation à la chinoise. La pratique chinoise montre que le développement n’a pas de modèle figé et qu’il faut s’appuyer sur les réalités nationales. Les pays du monde doivent choisir une voie de développement adaptée à leurs propres conditions.
Deuxièmement, s’enraciner dans le peuple. L’action chinoise de réduction de la pauvreté en est une illustration vivante. Avec une détermination de ne laisser personne de côté, nous avons fait sortir de la pauvreté 800 millions de personnes. Le PCC a toujours fait de l’aspiration du peuple à une vie meilleure son objectif et conduit le peuple chinois à réaliser des bonds prodigieux qui lui ont permis de se mettre debout, puis d’avoir une vie aisée et de devenir désormais puissant.
Troisièmement, promouvoir une coopération mutuellement bénéfique. Le PCC a toujours étroitement lié le développement de la Chine à l’avenir et au destin de toute l’humanité. Il a proposé la construction d’une communauté d’avenir partagé pour l’humanité et quatre initiatives mondiales et poursuivi son ouverture de haut niveau en vue de promouvoir un développement partagé.
Quatrièmement, avoir le courage de mener sa propre réforme. La grandeur du PCC ne réside pas dans le fait de ne jamais commettre d’erreurs, mais dans son courage d’affronter ses propres problèmes et de corriger, de sa propre initiative, ses déviations. Cette capacité à se renouveler en permanence lui permet de préserver sa vitalité et constitue une solide garantie politique pour le développement du Parti et du pays.
C.H: En quoi la Chine peut-elle inspirer le Burundi pour pallier ses défis persistants en vue d’améliorer les conditions de vie de la population et surtout d’atteindre sa Vision Burundi pays émergent en 2040 et pays développé en 2060 ?
Z.K: Début 2026, la Chine a lancé son quinzième Plan quinquennal. Au premier semestre, l’économie chinoise a continué à faire preuve d’une grande résilience et d’une grande vitalité avec une croissance économique de 4,7%, soit la plus importante enregistrée pour un premier semestre depuis cinq ans. Les actions gouvernementales se sont concentrées sur les préoccupations les plus vives comme l’emploi, l’éducation, le logement et la santé, afin que les fruits du développement bénéficient plus équitablement à l’ensemble de la population.
L’élaboration scientifique et la mise en œuvre continues de tels plans quinquennaux constituent une expérience précieuse de la gouvernance chinoise. Depuis sa fondation, la Chine a déjà accompli quatorze plans quinquennaux. L’intérêt de ce dispositif réside dans la combinaison de la stratégie de développement à long terme avec des mesures concrètes et opérationnelles, dans l’articulation entre un marché efficace et un gouvernement performant, ainsi que dans le couplage entre la conception au niveau macro et la consultation de la population. Du premier plan quinquennal au quinzième, l’objectif ultime de la Chine est de mobiliser toutes les forces du pays pour réaliser un développement à grandes enjambées et construire sur tous les plans un puissant pays socialiste moderne. Les réalisations accomplies aujourd’hui par la Chine doivent beaucoup à ces plans quinquennaux.
S.E.M. le Président Evariste Ndayishimiye a initié la Vision Burundi, pays émergent en 2040 et Pays développé en 2060 pour bâtir un Burundi moderne, pacifique, stable, économiquement prospère et écologiquement durable. Nous entendons renforcer l’articulation entre les plans chinois et la vision burundaise pour accompagner le Burundi dans son développement économique et contribuer ensemble à la construction d’un monde meilleur.
C.H: La Chine a réussi à moderniser son agriculture, offrant un bon exemple à de nombreux pays en développement. L’agriculture constitue un pilier important de l’économie du Burundi. Selon vous, qu’est-ce que le Burundi devrait concrètement faire pour réussir la modernisation du secteur agricole ?
Z.K: La Chine et le Burundi possèdent tous deux une longue tradition agricole. L’agriculture occupe une place fondamentale dans notre développement économique et social et l’amélioration des conditions de vie de la population. La coopération agricole a toujours été un des piliers des relations sino-burundaises. Depuis 2009, une cinquantaine d’experts agricoles chinois travaillent aux côtés de leurs homologues burundais pour promouvoir les techniques de la riziculture, créant le record africain avec un rendement augmenté de 3 tonnes à plus de 10 tonnes par hectare. 76 villages pilotes ont donné un résultat brillant dans la réduction de la pauvreté grâce au riz hybride. Des dizaines de milliers d’agriculteur ont été formés.
La réussite de cette coopération pourrait s’expliquer par les efforts suivants. Nous sommes parvenus à promouvoir des technologies agricoles avancées adaptées aux réalités burundaises pour transformer les atouts en matière de ressources en avantages de développement; nous avons renforcé la formation pour constituer progressivement une équipe locale de l’agriculture moderne et accroître la capacité de développement agricole autonome; et nous avons veillé à développer les capacités de transformation afin d’augmenter la valeur ajoutée des produits agricoles.
Le Burundi possède des avantages agricoles avec des sols fertiles et des conditions climatiques favorables. Les deux pays pourront poursuivre les échanges d’expériences, la formation des ressources humaines et la coopération technologique et favoriser l’entrée sur le marché chinois de produits agricoles burundais grâce à la politique de tarif douanier zéro, afin de soutenir le Burundi dans la mise en place d’un système agricole moderne, efficace et durable.
C.H: En valorisant pleinement ses sites historiques, ses paysages naturels et ses espaces publics, la Chine a développé efficacement son secteur touristique. Selon vous, quelles expériences du développement touristique chinois pourraient servir de référence au Burundi ?
Z.K: Le président chinois Xi Jinping a souligné: «Les eaux limpides et les montagnes verdoyantes valent leur pesant d’or ». La pratique chinoise montre que le développement du tourisme passe avant tout par une pleine mise en valeur des spécificités de chaque région. Dans la province chinoise du Zhejiang, nous avons construit des routes et engagé un combat contre la pollution pour développer l’écotourisme, alors qu’au Fujian, des sites du patrimoine mondial ont été protégés et mis en valeur avec des propositions d’expériences culturelles. Le développement du tourisme est aussi associé à la revitalisation rurale. Dans des villages, les maisons d’hôtes sont souvent très mobilisées dans la vente de produits agricoles locaux et de produits culturels et créatifs, ce qui a permis de créer plus d’emplois et d’accroître les revenus des habitants locaux.
Le Burundi dispose lui aussi de riches ressources touristiques. Le lac Tanganyika, le parc national de Rusizi, la source du Nil et les chutes de Karera offrent des paysages naturels remarquables, sans oublier les tambours du Burundi, inscrits sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité de l’Unesco.
Cette année marque l’année des échanges humains et culturels sino-africains. Nous espérons approfondir davantage nos échanges et coopération avec le Burundi dans ce domaine, pour que les touristes chinois viennent plus nombreux découvrir le charme unique du «Cœur de l’Afrique» et que cette mobilité humaine rapproche encore davantage les peuples chinois et burundais.
C.H : Qu’est-ce que la Chine envisage de faire pour accompagner le Burundi dans la réalisation de sa Vision 2040-2060 ?
Z.K: La Chine est depuis toujours un partenaire stratégique important qui soutient le Burundi dans la recherche d’une voie de développement adaptée à ses réalités nationales. Sans jamais lui imposer de modèles établis ni de solutions toutes faites, nous avons travaillé à insuffler de nouvelles vitalités au développement autonome du Burundi par une coopération globale et approfondie.
Les deux pays ont signé récemment un nouvel accord sur la coopération au développement. Davantage de petits projets rapidement réalisables et directement bénéfiques à la population seront lancés par la suite pour accompagner les efforts burundais en vue de réaliser ses objectifs de développement. Nous travaillerons aussi à partager les expériences chinoises en matière de réduction de la pauvreté, de développement rural et d’industrialisation.
Plus précisément, nous souhaitons tenir compte des préoccupations prioritaires et besoins réels burundais pour faire avancer la coopération bilatérale dans quatre domaines clés. Dans le domaine agricole, la culture du riz hybride à haut rendement sera poursuivie avec l’appui des experts agricoles chinois afin de renforcer la sécurité alimentaire au Burundi. Concernant l’énergie et les infrastructures, l’interconnexion des réseaux électriques, l’énergie propre et l’amélioration de routes seront les priorités pour franchir les goulots d’étranglement de l’industrialisation. Sur le plan sanitaire, la Chine continuera à accorder son assistance médicale avec notamment la formation du personnel et des dons d’équipements, de sorte à renforcer les capacités médicales locales. Et pour ce qui est de l’économie numérique, les efforts seront faits pour explorer de nouveaux moteurs de croissance, notamment le commerce électronique et la transformation numérique des médias.
Conformément aux principes de respect mutuel et d’avantages réciproques, nous espérons accompagner le Burundi à mettre en place un modèle de développement moderne, autonome et durable et à faire en sorte que la Vision 2040-2060 se transforme en une réalité de bonheur tangible pour le peuple burundais.
C.H: Quel est votre commentaire sur les relations sino-burundaises?
Z.K: Depuis l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et le Burundi il y a 63 ans, les deux pays demeurent bons frères, bons amis et bons partenaires. La relation sino-burundaise, marquée par une confiance politique mutuelle solide, une coopération pragmatique fructueuse et une amitié traditionnelle profonde entre les deux peuples, est un exemple de la coopération Sud-Sud. Sous l’orientation stratégique des deux chefs d’État, cette relation a été élevée au rang de partenariat stratégique global en 2024, ce qui a ouvert de nouvelles perspectives au développement de haute qualité de la coopération bilatérale.
En 2026, la relation sino-burundaise a maintenu une dynamique de développement de haut niveau. Les échanges de haut niveau se multiplient. La Chine a soutenu activement la présidence burundaise de l’Union africaine. Plusieurs ministres et hauts responsables se sont rendus en Chine pour des échanges bilatéraux ou conférences internationales. Dans le cadre de l’Année des échanges humains et culturels sino-africains, plusieurs activité ont été organisées avec succès notamment une semaine culturelle du Burundi en Chine, une semaine du cinéma chinois au Burundi et beaucoup d’autres réalisations, et bientôt, le premier dictionnaire kirundi-chinois verra le jour à la fin de l’année.
Pour le futur, la Chine entend continuer à travailler ensemble avec le Burundi pour faire bénéficier davantage les deux peuples des fruits de la coopération pragmatique et porter les relations sino-burundaises à un nouveau palier.
Propos recueillis par Claude Hakizimana
