Dans les communes Ngozi, de la province de Butanyerera et Gitega de la province de Gitega, la population a compris la valeur ajoutée d’adhérer dans des mutuelles communautaires. Des chiffres sont en forte hausse même si les responsables des ces mutuelles communautaires affirment que le chemin reste encore long. Les statistiques des femmes impressionnent. Cela a été constaté lors de la descente organisée du 4 au 5 décembre 2025 par le Conamus (Confédération nationale des mutuelles communautaires de santé) à l’endroit des journalistes mutualistes.
La Vision Burundi 2040-2060 considère les mutuelles communautaires comme incontournables pour la politique nationale de protection sociale, notamment en matière de santé. Le deuxième axe de cette Vision met l’accent sur le développement humain, avec des investissements dans la santé et l’accès aux services sociaux de base. Selon les chiffres fournis par Diane Ndagijimana, cheffe du projet « Amagara aruta amajana», oeuvrant dans la commune Ngozi, les chiffres des adhérents se sont multipliés par deux en 2025 comparativement à l’année précédente. Ses propos sont basés sur les effectifs des adhérents au mutuelles dénommé Ucode-AMR (Unissons les forces pour la coopération et le développement, Appui au monde rural) membre de la Plateforme des mutuelles de santé au Burundi (Pamusab.). « En 2024, nous avions 2 172 adhérents avec 10 629 bénéficiaires dont 5 743 femmes. En 2025, nous avons 4 027 adhérents avec 18 583 bénéficiaires dont 10 258 femmes », a expliqué Mme Ndagijimana.

La situation est la même au sein des Mutuelles des caféiculteurs (Muscabu) comme l’a expliqué la présidente de la mutuelle Tubabarane de Mubuga, Euphrasie Muhorakeye. Quant à Frédéric Nizigiyimana, coordinateur régional de la région centre au sein de la Monasa Twitwararikane, il a indiqué qu’il s’observe un réveil de la population en ce qui est de l’adhésion aux mutuelles communautaires. « Globalement, au niveau national, en 2024, la Monasa comptait 96 265 bénéficiaires dont 45 659 hommes et 50 606 femmes. En 2025, la région centre composée des anciennes provinces de Gitega, Karusi et Mwaro compte 169 632 bénéficiaires dont 78 766 hommes et 90 866 femmes », a-t-il signalé.
A la question de savoir ce qui a motivé l’augmentation des adhérents, Mme Ndagijimana n’est pas sûre de la cause réelle. Toutefois, elle a reconnu qu’en certains moments, il y a eu carence des Cartes d’assurances maladies (Cam) destiné aux familles démunies. Ce changement, a-t-elle également estimé, serait dû à l’annonce du gouvernement burundais de vouloir instaurer l’obligation à tout Burundais d’adhérer à une mutuelle de santé pour la couverture de santé. « Il ne faut pas aussi oublier que plus d’un a compris la valeur ajoutée d’adhérer dans les mutuelles communautaires, a-t-elle souligné.
Une raison pour comprendre l’adhésion des femmes dans les mutuelles
Interrogé sur l’adhésion en grand nombres des femmes dans les mutuelles communautaires, Euphrasie Muhorakeye a été très clair. « Les femmes sont les premières à se rendre à plusieurs reprises aux formations sanitaires et ce sont elles qui savent les difficultés qu’elles rencontrent lors des soins ». Et d’ajouter: compter combien de fois une femme se rend à l’hôpital quand elle est enceinte. Après accouchement, la femme est la seule à suivre tous les vaccins de son enfant. Quant un enfant tombe malade, pour la plupart de fois, c’est la mère qui le conduit à l’hôpital. Quand un mari est malade, il est accompagné par sa femme, ce qui n’est pas nécessairement le cas au contraire ». Elle a aussi indiqué que les femmes comprennent que les mutuelles contribuent directement à l’amélioration des conditions de vie, à la réduction des inégalités et à l’accès aux services sociaux de base, jouant un rôle clé dans l’objectif d’un pays paisible où personne ne meurt de causes évitables. Mme Muhorakeye a appelé toute personne qui n’est pas affilié à un autre mécanisme d’assurances à adhérer au sein des mutuelles communautaires.

Une cotisation modeste, une couverture précieuse
Nos interlocuteurs ont témoigné la valeur ajoutée des mutuelles communautaires malgré une cotisation modeste. Christine Sibomana, originaire de Mwumba a témoigné des atouts des Mutuelles de santé à l’accès aux soins de santé de qualité. « Grâce aux mutuelles, il est facile de se faire soigner dès les premiers symptômes d’une malade. En plus, le prix des médicaments devient abordable », a -t-elle expliqué.
Même son de cloche d’Alexis Nahayo, président de la Mutuelle Dutabarane de la commune Muramvya. Il a insisté sur l’inter mutualité qui permet de se faire soigner partout sur le territoire burundais, l’entraide mutuelle entre les membres des mutuelles ainsi que le suivi de l’accueil et du traitement des patients affiliés. Il importe de rappeler que pour les Centre de santé (CDS) public, un membre affilié à une mutuelle communautaire paie 20% de la facture et la mutuelle 80%. Au CDS confessionnel, un membre paie 40% et la mutuelle 60%. A l’hôpital public, le patient paie 30% et la mutuelle 70%.Dans les CDS privé et l’hôpital confessionnel, le patient paie 50% et la mutuelle en paie également autant.

Nos interlocuteurs ont cité notamment le manque des médicaments dans certaines formations sanitaires, parmi les défis. D’autres ont évoqué le cas de certains prestataires de soins qui accueillent tant bien que mal les mutualistes. « Certains patients comprennent la nécessite de la mutuelle après qu’ils soient malades », a regretté M. Nahayo à la tête de la mutuelle Dutabarane. Ce retraité dénonce également l’usage abusif des cartes d’assurances malades par des personnes qui ne sont pas des démunies.
Moïse Nkurunziza
