Dans le cadre de la réforme du système éducatif burundais, la politique de gratuité scolaire au Burundi s’étend jusqu’en 9e année fondamentale depuis 2005. Mais, certains responsables demandent de l’argent aux élèves des écoles fondamentales. Pour nos interlocuteurs, cette gratuité est respectée mais, les contributions se font avec la concertation des parents et sont gérées en toute transparence. #Ivyo twatohoje

« Au niveau de la DCE Bubanza, la gratuité de l’enseignement fondamental est respectée. Il n’y a pas une ordonnance écrite autorisant ces contributions mais il s’agit d’un consensus entre le directeur, les représentants des parents ainsi que les parents eux-mêmes. Pour cela, les parents joue un grand rôle car leur accord est indispensable ». Tels sont les propos tenus par Angelo Niyokwizera, directeur communal de l’enseignement à Bubanza lors d’un entretien avec le journal Le Renouveau du Burundi.
La gestion de l’école se fait dans la transparence
Les assemblées générales des parents sont organisées au début de l’année et à la fin de chaque trimestre au niveau de la DCE Bubanza. « Ce sont ces occasions qui permettent à l’école de donner le bilan des réalisations, l’argent collecté c’est-à-dire l’argent en provenance de l’Etat ainsi que la contribution des parents. S’il y a un déficit, cela se montre sur base des pièces justificatives. Ainsi, tout se déroule dans la transparence, a expliqué M.Niyokwizera.
D’après le directeur communal de l’enseignement à Bubanza, pour ceux qui ne respectent pas cette gratuité scolaire, ils confondent le minerval et la contribution des parents. Concernant cette dernière, c’est pour appuyer l’école. « Si un problème majeur se manifeste, le directeur de l’école en expose auprès du CGE (comité de gestion de l’école) pour y apporter une solution via les moyens financiers. A cet effet, beaucoup de parents confondent cela en pensant que c’est le minerval alors que ce sont les frais de contribution des parents. Ainsi, les premiers partenaires dans la gestion d’une école sont les parents », a-t-il souligné.
Le rôle des parents est primordial
Dieudonné Niyonkuru, directeur de l’école fondamentale Stella Matutina, a précisé que cette école respecte la gratuité scolaire. « Notre école dispose d’un autofinancement, ce qui fait que nous ne demandons jamais de l’argent aux élèves. A côté de cela, l’Etat nous donne les frais de fonctionnement comme le payement des factures de la Regideso, la rémunération des veilleurs de nuit, la confection des livres abîmés, etc. Ainsi, nous respectons cette gratuité à 100 % ».
Egalement, cette école fondamentale dispose d’une boutique scolaire, mais aussi, il y a des activités qui se font surtout le weekend pour ne pas perturber les études. Tout cet argent collectée rentre dans les caisses de l’école.
Pour M.Niyonkuru, le rôle des parents est primordial étant donné qu’il existe un comité de gestion de l’école qui suit de près toutes les activités qui s’y déroulent. « Nous sommes en concertation avec eux, collaborons pour l’intérêt des élèves et de l’école. Aussi, lors de l’assemblée générale, nous les tenons au courant de ce qui est en train d’être fait et des perspectives de l’école ».
Certains parents interrogés (qui ont gardé l’anonymat) à propos de la gratuité scolaire, disent que malgré cette gratuité, ils continuent de s’acquitter de diverses contributions mais, cela se fait en concertation avec la direction et le comité de gestion de l’école. D’autres saluent cette politique étant donné que cette dernière leur a permis d’envoyer leurs enfants à l’école. Ils affirment aussi qu’il existe des contributions données pour certains besoins de l’école. A cet effet, lors des réunions organisées par l’école, les responsables leur dressent le bilan de ce qui est en train d’être fait et des perspectives.
Du côté de la coalition Bafashebige, Jean Samandari, représentant légal de cette coalition, a fait savoir qu’une école peut être officiellement gratuite, mais si les parents doivent payer successivement pour différentes activités, du matériel ou d’autres besoins, le coût réel de la scolarité peut devenir lourd. Une petite contribution peut sembler insignifiante prise séparément, mais l’accumulation de plusieurs contributions peut représenter une charge importante pour une famille pauvre. « C’est là que se pose une question de justice sociale. Tous les parents n’ont pas les mêmes capacités financières. Si un enfant dont les parents n’ont pas de moyens pour payer, il subit des pressions, est humilié ou risque d’être écarté de certaines activités scolaires, nous créons une situation d’inégalité. Pour cela, la gratuité doit protéger les enfants issus des familles les plus vulnérables », a-t-il souligné.

Une contribution claire, transparente, encadrée
Pour M.Samandari , il faut distinguer les besoins réels des écoles des payements imposés aux élèves. « Nous sommes conscients que nos écoles ont besoin de ressources. Elles ont besoin de matériel pédagogique, d’infrastructures, d’eau, d’assainissement, d’entretien et d’autres moyens pour fonctionner correctement. Mais, le manque de ressources d’une école ne doit pas automatiquement devenir une obligation financière pour chaque enfant. « La pauvreté d’une école ne doit pas devenir une sanction pour l’enfant pauvre. Si les écoles manquent de moyens, il faut s’attaquer au problème de financement et de la gouvernance du système éducatif plutôt que de transférer progressivement le coût de l’éducation aux familles ».
Lorsqu’une contribution est demandée aux parents, il faut pouvoir expliquer clairement, et les parents ont le droit d’avoir des réponses. « Nous ne sommes pas contre la participation des parents à la vie de l’école. Mais, cette dernière doit être claire, transparente, encadrée et respectueuse du droit à l’éducation ».
Pour cette coalition, il faut que les autorités éducatives rappellent clairement à tous les responsables scolaires les règles relatives à la gratuité de l’enseignement fondamental. Il faut aussi renforcer le financement public des écoles. Egalement, un mécanisme national de suivi de l’efficacité de la gratuité scolaire serait très utile pour recueillir les plaintes, contrôler les pratiques et améliorer la transparence.
Yvette Irambona
