Une intervention rapide de l’Etat s’avère nécessaire
Kamesa est l’un des quartiers de la zone urbaine de Musaga aux allures d’une localité rurale. Il est traversé par la Route nationale numéro sept (RN7). Il s’agit d’un quartier non-viabilisé où dominent des constructions anarchiques. Derrière ces maisons qui bordent la route, on se retrouve face à une situation terrifiante. On y observe un grand ravin qui ne cesse de s’élargir vers des habitations restantes.
Des pertes économiques sont énormes
Plusieurs maisons se sont déjà écroulées, d’autres sont au point de s’effondrer. Les occupants ont trouvé refuge chez leurs amis. D’importantes étendues de cultures telles que les palmiers à huile, des manguiers, des orangers et des eucalyptus sont déjà dévastées. Des arbres et des bambous qui servaient de stabilisation des rives du ruisseau appelé Kamesa ont déjà cédé.
En cette période pluvieuse, les habitants ne savent plus à quel saint se vouer. « Quand la pluie tombe, tout le monde se réveille. On reste aux aguets pour ne pas se retrouver dans ce ravin», raconte Emmanuel Girukwishaka, un habitant de Kamesa. Il remercie toutefois le bon Dieu parce qu’il n’y a pas encore eu de dégâts humains causés par ce ravin dans le quartier Kamesa « C’est souvent pendant la journée que ces glissements se passent. Et quand c’est la nuit, les gens sortent de leurs maisons pour attendre dehors», ajoute-t-il.

(Photo Eliane Nduwimana)
Il indique également que des pertes économiques sont déjà énormes. A titre illustratif, il signale que ses plants des palmiers à huile ont été déjà emportés par le ravin. Ce qui constitue une perte de source de revenu pour lui et ses voisins » Il signale qu’un bidon de 5 litres d’huile de palme est à 35 000 francs burundais voire plus.
Plus de 150 maisons déjà écroulées à Kamesa
Les administratifs à la base s’inquiètent aussi. Didier Ndizeye, chef du quartier Kamesa indique que plus de 150 maisons sont déjà écroulées « D’autres maisons sont au point de s’écrouler. Nous avons peur. Aujourd’hui, ces familles sont dans la désolation totale. Ils sont sans abris », M. Ndizeye s’inquiète également pour les poteaux électriques qui se trouvent tout près des maisons sont aussi menacés. « Imaginez-vous s’il advenait que ces poteaux s’écroulent. Des dégâts humains énormes pourraient éventuellement s’en suivre. La RN7 ainsi que les petites voies de communication ne sont pas non plus épargnées car ce ravin est à quelques mètres de cette route nationale, ajoute-t-il.
M. Didier Ndizeye signale que ce ravin peut être lié à la concentration humaine qui s’y remarque. Il affirme qu’il a déjà informé l’administration communale ainsi que l’Agence routière du Burundi (ARB). «Ils sont venus ici pour faire le constat. Ils nous avaient promis de commencer les travaux de stabilisation du ravin mais, jusqu’aujourd’hui, les travaux n’ont pas encore commencé. Nous demandons au gouvernement de délocaliser les victimes sans abris et entamer les travaux de stabilisation de ce ravin afin de protéger les maisons qui sont encore debout », indique-t-il.
Une peur au ventre chez les parents
Le même phénomène s’observe dans le quartier Gikoto-Gasekebuye de la même zone. Les parents vivent dans peur suite à l’insécurité de leurs enfants. « Quand la pluie tombe pendant la journée, on a peur de nos enfants qui ont tendance à aller se laver sous la pluie. Et quand ils jouent à coté de ce ravin, on a peur qu’ils peuvent tomber dans ce ravin», raconte Nalizadi Kamariza, habitante du quartier Gikoto. Benjamin Shumbusho, un des victimes habitant de Gikoto se lamente que sa maison qui s’est écroulée en 2023, avait une valeur de 20 millions de FBu. Il demande à l’Etat et aux bienfaiteurs de délocaliser les victimes qui sont pour le moment des sans abris.
A Gikungu rural, il s’observe également des éboulements et glissements de terrains le long de la petite rivière Nyenzari depuis 2022. Quelques maisons construites au bord de cette rivière ont déjà été emportées. D’autres sont sur le point de s’écrouler. D’après les habitants de cette localité, le ravin de la rivière Nyenzari s’agrandit du jour au jour à la suite des eaux de ruissellement qui emportent inexorablement la terre ferme.
La situation dans le quartier Sororezo est différente de celle de Kamesa, Gikoto et Gikungu rural. Dans cette localité, il s’observe un phénomène de fissuration. Des maisons d’habitation se sont déjà effondrées, d’autres, présentant de grandes fissures, sont sur le point de s’écrouler. Anne Marie Ndikumana, victime des glissements de terrain au quartier Sororezo et chef de cellule demande à l’Etat de chercher rapidement un endroit où il peut des glissements les délocaliser avant que ces fissures ne les tombent pas un jour dessus.
Des causes sont signalées
Selon Dr Athanase Nkunzimana, enseignant-chercheur et expert en environnement et en gestion des risques et catastrophes, les causes de terrain sont classées en trois grandes catégories. La première catégorie est liée aux facteurs physiques. Cette partie de la ville de Bujumbura, zone péri-urbaine, c’est une zone qui est formée par un terrain à fortes pentes avec les roches qui ne sont pas rigides. Ça c’est au niveau de l’aspect géologique et géomorphologique.
La deuxième catégorie, ajoute-il, est lié aux facteurs anthropiques. On constate des aménagements inappropriés, des habitations, des infrastructures de grande valeurs économiques installées en vaque et en désordre, sans aucunes normes de protection environnementales. L’homme a fragilisé le terrain par cette exploitation non réglementée.
La troisième catégorie est liée aux changements climatiques. Selon lui, lorsqu’il pleut abondamment, sur un terrain de fortes pentes et dénudé, il y a un flot d’eau qui ruisselle et crée des petites ravines qui par après deviennent des ravins et ensuite deviennent de fameux grands ravins. Ce sont donc les facteurs de changements climatiques qui viennent aussi exacerber les facteurs naturels et les facteurs humains.
Des conséquences sont énormes
Dr Athanase Nkunzimana insiste que les conséquences liées à ces phénomènes sont énormes : « A commencer par les victimes donc la population qui habite dans cette localité, plusieurs maisons déjà détruites, des ménages abandonnés à cause des fissurations. Il y a des infrastructures de grande valeur économique notamment les routes nationales comme la RN7 en danger, les routes de communication à Sororezo, Mugoboka, Gikoto, les lignes haute tension notamment à Kamesa, les écoles, les églises, les centres de santé ». L’expert signale aussi les pertes environnementales : « Ces glissements de terrain emportent une grande quantité des ressources naturelles. L’homme a fragilisé tout et donc les conséquences environnementales deviennent énormes. »
Quid des solutions
Pour trouver une solution durable, informe Dr Nkunzimana, d’abord la population doit être mobilisée à changer de comportement, surtout à avoir la culture du risque parce qu’on se rend compte que jusqu’à présent, des personnes ne s’inquiètent pas de construire dans des zones dites à très hauts risques. Et il faut que la population commence à mettre en œuvre les travaux à leur niveau pour stabiliser les terrains qui sont déjà en mouvement, surtout les zones qui présentent un certain ravinement et peuvent utiliser les méthodes naturelles, biologiques, en plantant par exemple les bambous, les canne à sucre, les bananiers. et stabiliser les petits ravins. Le service d’assainissement du territoire doit consulter le code de l’environnement pour éviter les constructions anarchiques.
La capitale économique est très menacée suite à cette instabilité au niveau de la zone péri-urbaine depuis le sud jusqu’au nord. « En tout cas, on peut affirmer sans hésiter que pour sauver cette ville, il faut qu’il y ait des travaux de stabilisation de cette zone de l’amont jusqu’en aval. Tout ce qu’on fait en aval, on doit le faire aussi en amont pour avoir une ville résiliente », insiste l’expert.
Eliane Nduwimana