Dans un entretien accordé au journal « Le Renouveau du Burundi » le lundi 23 mars 2026, Docteur Elie Nkunzimana dresse un état des lieux sans concession de l’oncologie nationale. Entre avancées chirurgicales et lacunes technologiques, son analyse croise le récit de Joselyne Ndayambaje, une patiente dont le témoignage de guérison souligne l’importance vitale d’un diagnostic précoce face aux pathologies malignes féminines du cancer gynécologique.

Docteur Elie Nkunzimana souligne que l’accès aux soins oncologiques au Burundi est fortement limité par le contexte de sous-développement économique et sanitaire. Selon l’expert, le choix d’un protocole n’est jamais arbitraire car il repose sur des facteurs critiques tels que l’histologie de la tumeur, le stade clinique, l’âge et, impérativement, l’indice de performance (état général) de la patiente.
Ce praticien affirme que la chirurgie demeure le pilier du traitement local. Il énumère les interventions courantes entres autres l’hystérectomie (ablation de l’utérus), l’annexectomie (ovaires et trompes), le curage ganglionnaire et la chirurgie de cytoréduction, essentielle pour réduire la masse tumorale, notamment dans les cancers de l’ovaire. Cependant, il déplore que l’efficacité de l’acte opératoire soit souvent compromise par des consultations trop tardives, rendant parfois l’exérèse impossible.
M.Nkunzimana alerte également sur un « déficit majeur », l’absence totale de radiothérapie au Burundi. Bien que cruciale pour traiter les cancers du col de l’utérus ou de l’endomètre via des rayons ionisants ou la curiethérapie, cette modalité reste inaccessible sur le territoire national, contraignant les patientes à des impasses thérapeutiques ou à des évacuations coûteuses.
De la chimiothérapie aux soins de support
Concernant les thérapies médicamenteuses, M. Nkunzimana distingue deux approches entre autres la chimiothérapie adjuvante (administrée après la chirurgie pour consolider les résultats) et la néo-adjuvante (utilisée en amont pour réduire la taille de la tumeur). L’éventail thérapeutique inclut aussi l’hormonothérapie (anti-œstrogènes et progestatifs) pour les cancers hormono-dépendants, ainsi que des options plus innovantes comme les thérapies ciblées et l’immunothérapie, qui sollicite les défenses naturelles de l’organisme.
Toutefois, lorsque la visée curative n’est plus envisageable, le médecin insiste sur l’importance des soins palliatifs. L’objectif bascule alors vers le soulagement de la douleur, l’amélioration de la qualité de vie et l’accompagnement psychologique en phase terminale, afin d’assurer une fin de vie digne aux patientes.
L’espoir par le diagnostic précoce
Ce combat technique trouve un écho humain dans le récit de Joselyne Ndayambaje, survivante d’un cancer du col de l’utérus. Elle témoigne qu’après des mois de calvaire silencieux marqué par des métrorragies et douleurs pelviennes atroces, sa rencontre avec un gynécologue-obstétricien a été le tournant vers la rémission. « Le traitement a été exigeant, mais encadré par l’expertise médicale, j’ai senti mon corps reprendre le dessus », confie-t-elle avec émotion.
Aujourd’hui, officiellement guérie et libérée de toute souffrance, elle lance un appel pressant à ses sœurs « Ce cancer n’est pas une fatalité si l’on ose consulter un spécialiste dès les premiers signes. » s’exclame-t-elle. Un message d’espoir qui corrobore l’urgence d’une éducation sanitaire accrue pour contrer la fatalité des diagnostics tardifs au Burundi.
Jean Marie Ndayisenga
