Le nom portait une vraie signification, une vision pour la vie de l’enfant car, un parent donne le nom à partir des circonstances de naissance, aspect physique, aspect moral etc. Maintenant, on donne des noms simplement comme une formalité. « le nom fait la personne ». Le nom donné à un enfant doit refléter ce qu’on lui souhaite. Ce sont les propos du professeur Ferdinand Mberamihigo enseignant à l’Université du Burundi lors de l’entretien accordé au journal « Le Renouveau du Burundi » le vendredi 9 janvier 2026.

(Photo : Yvette Mukeshimana (stagiaire)
Ferdinand Mberamihigo affirme que tout ce qu’il explique est tiré d’un livre écrit par Philippe Ntahombaye intitulé « des noms et des hommes, en tant qu’un spécialiste en aspect psychologique et sociologique du nom individuel au Burundi. Il y est dit que le choix des noms était basé sur les moments de naissance. Pour l’aspect physique, par exemple, on donnait parfois de bons noms aux enfants, mais ceux-ci mouraient peu après. On en déduisait que la beauté du nom attirait la mort. Pour éviter cela, on leur donnait des noms considérés comme laids ou négatifs, afin que la mort, entendant un tel nom, passe son chemin.
Concernant l’aspect moral, le nom pouvait aussi changer selon le comportement de l’enfant après la naissance. Par exemple, un enfant né en temps ensoleillé pouvait être appelé Kazuba (soleil). Mais, si l’enfant pleurait beaucoup, on pouvait lui changer son nom en Ruhirigita (celui qui pleure sans cesse), car son attitude ne correspondait plus au nom initial. Cela signifie qu’un nom plus « fort » pouvait remplacer un autre.
Les noms étaient aussi choisis selon le contexte de la naissance. Par exemple, si l’enfant naissait pendant une famine, un tremblement de terre ou un moment inattendu, cela influençait le nom. Le nom pouvait également dépendre de la relation entre les parents, le père pouvait appeler l’enfant Simbayeho, pour dire qu’il est né malgré les difficultés.
Il dit qu’il n’y a aucune honte à être appelé par son nom kirundi au lieu d’un prénom français, latin ou anglais, « le nom fait la personne ». Le nom donné à un enfant doit refléter ce qu’on lui souhaite. Par exemple, Giriteka signifie que l’enfant aura de la dignité. Il ne faut pas donner un nom au hasard ou simplement parce qu’on l’a entendu quelque part.
Problèmes de choix des noms des enfants aujourd’hui
M. Mberamihigo s’insurge contre le fait de donner un prénom à un enfant simplement par formalité ou parce qu’on a entendu un nom qui « sonne bien ». C’est ainsi qu’on perd la vraie valeur du nom, qui autrefois représentait une vision pour l’avenir de l’enfant, une référence importante dans sa vie. Le prénom a pris trop de valeur sociale, au détriment du nom Rundi, qui est, pourtant, porteur d’identité et de culture.
Mme Nshimirimana une des personnes âgées interrogées, explique qu’auparavant, on ne donnait pas un nom au hasard, le nom d’un enfant était choisi en fonction du moment, des circonstances ou des émotions entourant sa naissance. Par exemple, si un enfant naissait après plusieurs décès dans la famille ou pendant une période difficile, on pouvait lui donner un nom comme Ndaruhekere exprimant la fatigue, la résignation ou la douleur.
Yvette Mukeshimana (stagiaire)
