Le Burundi fait face à d’importants obstacles dans la mise en œuvre de ses programmes environnementaux. Entre manque de moyens financiers et humains, instabilité des dirigeants et mauvaise gestion des ressources, le pays cherche des solutions pour préserver ses écosystèmes et assurer son développement durable.

L’Office Burundais de Protection de l’Environnement (OBPE) fait face à des défis internes qui mettent en péril sa mission et la pérennité des initiatives écologiques. C’est le constat alarmant dressé par Janvier Murengerantwari, conseiller de la Direction générale, lors d’une interview avec la rédaction du quotidien Le Renouveau du Burundi. Loin des discours officiels, la réalité de cette agence gouvernementale est celle d’une entité minée par un manque chronique de ressources et des problématiques de gouvernance qui entravent son efficacité.

Un manque de fonds et de personnel
Selon lui, la première difficulté, et la plus criante, réside dans le déficit financier. L’OBPE, bien qu’investi de la responsabilité de coordonner les programmes environnementaux nationaux, ne dispose pas des budgets nécessaires pour mener à bien ses actions sur le terrain. Cette insuffisance de moyens impacte directement la capacité de l’Office à financer des projets d’envergure, à acquérir des équipements modernes ou à déployer des campagnes de sensibilisation à l’échelle nationale. Le manque de financement rend également difficile la mise en œuvre des engagements internationaux du Burundi en matière de climat et de biodiversité.
À cela s’ajoute l’insuffisance du personnel. M. Murengerantwari a mis en lumière un paradoxe : alors que les défis environnementaux se multiplient : déforestation, érosion des sols, pollution, etc. Les équipes chargées d’y répondre sont trop peu nombreuses. Le personnel en place est souvent surchargé et ne peut couvrir l’étendue des besoins sur l’ensemble du territoire burundais.
Une problématique de ressources humaines et de leadership
Au-delà de la simple quantité, la question de la qualité du personnel est également cruciale. M.Murengerantwari affirme que l’OBPE est confronté au vieillissement de ses effectifs. Il a indiqué que de nombreux agents approchent de l’âge de la retraite, emportant avec eux une expertise et une connaissance institutionnelle précieuses. Le renouvellement des équipes est entravé par la difficulté de l’Office à attirer de jeunes diplômés et des talents spécialisés. Les jeunes professionnels, souvent formés aux dernières technologies et méthodologies en matière d’environnement, se tournent vers d’autres secteurs, jugés plus attractifs en termes de rémunération et de perspectives de carrière, souligne-t-il. Cette hémorragie de compétences compromet l’innovation et la modernisation des pratiques de l’OBPE.
En somme, pour remplir son mandat vital de protection de l’environnement, l’agence doit non seulement obtenir un soutien financier plus conséquent de la part du gouvernement, mais aussi initier une réforme interne en profondeur. La pérennité des actions environnementales du Burundi dépendra de sa capacité à surmonter ces obstacles structurels et à se doter des moyens humains et matériels à la hauteur des enjeux écologiques actuels et futurs.
Dans la commune Rutana, la mise en œuvre des programmes environnementaux se heurte à des défis majeurs, a expliqué l’agronome Jean-Claude Ndayishimiye. Il a cité la mauvaise gestion de l’eau et des sols, ce qui engendre une érosion croissante et une dégradation des terres. Ces problèmes affectent la biodiversité locale et la fertilité des terres cultivables, menaçant la sécurité alimentaire. Pour contrer cette tendance, M. Ndayishimiye a préconisé l’adoption de pratiques agricoles durables, telles que l’agroécologie et la rotation des cultures. Il a aussi insisté sur le rôle crucial de la recherche et a recommandé l’utilisation de techniques simples et efficaces comme le traçage de courbes de niveau pour limiter le ruissellement de l’eau.
Pour une approche stratégique et multifacette
La résolution des défis environnementaux, notamment dans la gestion de l’eau, passe par une approche stratégique. Selon le rapport du Comité national technique de l’eau (CNTE) de décembre 2009 cadrant avec la vision du Burundi à l’horizon 2025, l’insuffisance des capacités humaines qualifiées et le manque d’institutions de formation et de recherche sont les principaux obstacles à surmonter.
Selon ce rapport, il est impératif de renforcer les capacités professionnelles. Pour combler le déficit, la création de structures de formation est une priorité. L’Université du Burundi pourrait se doter d’un département des sciences de l’eau, tandis que les écoles techniques secondaires ouvriraient des sections dédiées aux techniques hydrauliques et à l’assainissement. Il propose également un système de formation continue et de perfectionnement pour les professionnels, ce qui permettrait de maintenir les compétences à jour et d’introduire de nouvelles approches.
Eduquer, rechercher, innover
Le rapport propose que l’éducation environnementale doit être intégrée dans le cursus scolaire dès l’école primaire et tout au long du cursus scolaire pour inculquer aux jeunes l’importance de la préservation des ressources. Au-delà de l’éducation, le renforcement de la recherche et du développement est crucial. Cela implique l’évaluation des capacités des institutions de recherche existantes et l’identification des bonnes pratiques internationales de gestion de l’eau pour leur adaptation au contexte burundais. Il a suggéré la création d’une Académie de l’eau pour favoriser la synergie et la capitalisation des connaissances.
Améliorer la gouvernance et la coordination
La transversalité de l’eau nécessite une gouvernance solide et une coordination efficace entre les différents ministères et acteurs. Un Comité technique de suivi (CTS) composé d’experts multisectoriels, serait chargé d’assurer la coordination technique, de suivre la mise en œuvre de la Politique nationale de l’eau et de faire remonter les problématiques au ministère de tutelle. Ce comité jouerait un rôle central dans l’analyse des besoins et l’harmonisation des politiques sectorielles. La promotion de la Politique nationale de l’eau est également essentielle pour garantir son application effective.
Pour lui, une gestion de l’eau réussie est une gestion participative. « Il est primordial d’impliquer toutes les parties prenantes, en particulier les populations rurales qui interagissent directement avec les ressources », ajoute-t-il. La communication et la sensibilisation de toutes les parties prenantes sont fondamentales pour assurer une appropriation collective et une action concertée.
Jean Marie Ndayisenga
