Les communautés religieuses du Burundi figurent parmi les acteurs majeurs du développement local. A travers leurs œuvres sociales et leurs initiatives communautaires, elles participent activement à l’amélioration des conditions de vie des populations. Dans la province de Gitega, (Organisation pour le Développement de l’archidiocèse de Gitega Odag Caritas Gitega), les paroisses catholiques et l’Eglise pentecôte de Mutaho illustrent parfaitement cette dynamique où l’action spirituelle rime avec des actions concrètes dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’agriculture et des infrastructures communautaires. Ces institutions démontrent que le développement durable ne repose pas uniquement sur l’appui matériel mais également sur le changement des mentalités et la responsabilisation des bénéficiaires.

L’Odag Caritas Gitega finance les groupements Merankabandi à travers son projet social et productif. Merankabandi est normalement un projet d’appui au filet social. On y a ajouté la dimension productive et emploi, avec le volet cash for jobs: « Nous intervenons dans la santé, l’éducation, l’agriculture, l’élevage et la protection de l’environnement », explique Abbé Longin Bivugire, responsable au sein de l’Odag Caritas Gitega. Il précise que l’organisation finance la construction des écoles, des hôpitaux, de centres de santé, et d’autres infrastructures sociales et économiques, notamment les orphelinats. L’institution s’investit également dans les énergies renouvelables.
Concernant le projet Merankabandi, financé par la Banque mondiale et mis en œuvre par le Gouvernement du Burundi, Abbé Bivugire souligne que l’approche adoptée va au-delà de l’aide sociale. «Les transferts monétaires sont directs et inconditionnels pour les bénéficiaires, choisis parmi les plus vulnérables. Toutefois, ces derniers sont capables de produire pour améliorer leurs conditions de vie. Ces fonds ne suffisent pas à eux seuls, d’où la nécessité des mesures d’accompagnement pour garantir des résultats durables », précise-t-il.
Promouvoir la culture de l’avocatier pour un développement durable
Abbé Bivugire indique que ces mesures d’accompagnement comprennent le développement du capital humain, appelé « Match », et l’inclusion productive, où l’Odag Caritas Gitega intervient directement pour encadrer les bénéficiaires. Dans l’archidiocèse de Gitega, l’organisation accompagne les participants à travers des modules de formation et des initiatives complémentaires inspirées de l’expérience du projet. Parmi ces initiatives, un partenariat avec Burundi Avocado Marketing vise à pérenniser les acquis, en promouvant la culture de l’avocatier. « Grâce à ce projet, nous espérons consolider les progrès déjà réalisés par les bénéficiaires en matière d’auto- développement », souligne Abbé Bivugire.
Les paroisses emmènent une contribution morale et matérielle. L’Abbé Claver Ntibarandekura, curé de la paroisse Budatyora dans l’archidiocèse de Gitega, évoque une approche complémentaire. « Notre contribution est à la fois morale et matérielle », explique-t-il. « Sur le plan moral, nous enseignons aux chrétiens et à la population en général comment vivre harmonieusement, gérer une famille, et adopter une vie responsable. Sur le plan matériel, nous montrons l’exemple dans l’agriculture et l’élevage». Selon lui, les fidèles s’inspirent des pratiques agricoles mises en œuvre au sein de la paroisse notamment la culture du maïs, des pommes de terre et de l’avocatier. « Nous fournissons aussi des semences sélectionnées, accessibles grâce à nos ressources », précise-t-il.
Utiliser des semences sélectionnées en vue d’accroitre la production
L’Abbé Ntibarandekura rappelle l’alignement avec la vision nationale du Burundi : « Nous accueillons les directives du gouvernement en tant que citoyens et nous servons de modèles aux chrétiens ». M.Ntirandekura reconnaît que certaines pratiques agricoles modernes sont essentielles pour un rendement optimal : « Il faut utiliser des semences sélectionnées, qu’elles soient pré-bases, bases ou certifiées, et préparer un terrain adéquat. Pour le maïs, par exemple, il est conseillé de cultiver en synergie avec les voisins, afin d’améliorer le rendement global. »
L’Eglise pentecôte joue un rôle actif dans le développement
En parallèle à sa mission spirituelle, l’Eglise pentecôte de Mutaho s’investit activement dans le développement communautaire. Son responsable local, pasteur Emmanuel Gahungu, affirme que les fidèles sont régulièrement sensibilisés à participer dans les travaux de développement communautaire.
Selon lui, la décentralisation des lieux de culte figure également parmi les priorités de l’Eglise. L’objectif est de rapprocher les infrastructures religieuses aux croyants afin qu’ils ne perdent pas beaucoup de temps pour se rendre à une église.
Dans cette perspective, plusieurs édifices religieux modernes sont en cours de construction. Ces infrastructures visent à offrir aux fidèles un cadre de prière jugé sain et adéquat. L’Eglise s’investit aussi dans des activités d’intérêt public. M. Gahungu signale avoir mobilisé les fidèles de la localité et des environs pour la réhabilitation d’une piste rurale reliant le marché central de Mutaho à la colline Nyabisaka, sur environ cinq kilomètres. Cette initiative a facilité la circulation, notamment l’accès des camions au site de ramassage des briques destinées à la construction des infrastructures de l’Eglise.
Dans le domaine de l’éducation, l’Eglise pentecôte de Mutaho a déjà construit une école primaire comprenant neuf salles de classe. Toutefois, ses responsables ambitionnent d’élargir cette initiative par la création d’un lycée. A cet effet, M. Gahungu lance un appel aux autorités publiques pour l’octroi d’un terrain destiné à ce projet.
A travers ces initiatives, Odag Caritas Gitega, les Eglises catholiques, et l’église pentecôte de Mutaho démontrent que le développement du Burundi repose sur une synergie entre l’action spirituelle, l’accompagnement social et l’autonomisation économique des communautés locales.
Apollinaire Ndikuriyo
Département de la Documentation
