La malnutrition est un terme qui englobe divers désordres nutritionnels résultant d’une alimentation inadéquate ou déséquilibrée. Elle peut se manifester sous plusieurs formes, chacune ayant des causes et conséquences spécifiques sur la santé. La malnutrition se divise principalement en deux catégories à savoir la sous-nutrition et la surnutrition, et dispose de plusieurs conséquences touchant tous les aspects du développement de l’enfant, allant de sa santé physique à ses capacités cognitives. Tels sont les propos d’un nutritionniste, professeur à l’université du Burundi, Isaac Turimubumwe lors d’un entretien accordé au journal « Le Renouveau du Burundi ».

M.Turimubumwe indique que les enfants malnutris sont plus susceptibles de développer des problèmes de comportement et troubles émotionnels, ce qui peut affecter leur intégration sociale et réussite scolaire. « Lorsqu’un enfant souffre de malnutrition, son corps ne reçoit pas les nutriments essentiels à sa croissance et son bon fonctionnement». Il explique que cette carence entraîne un affaiblissement du système immunitaire, rendant l’enfant plus vulnérable aux infections et maladies.
« Les conséquences de la malnutrition sur la santé des enfants sont particulièrement graves et multiples. Elle peut entraîner un retard de croissance, caractérisé par une taille et un poids inférieurs aux normes pour l’âge, ainsi qu’une faiblesse musculaire qui limite les capacités physiques et l’activité quotidienne de l’enfant. L’anémie, fréquente en cas de carences nutritionnelles, réduit la capacité de l’organisme à transporter l’oxygène, provoquant la fatigue, la vulnérabilité aux infections et la baisse des performances cognitives. A cela s’ajoutent des troubles digestifs récurrents, tels que les diarrhées et une mauvaise absorption des nutriments, qui aggravent encore l’état nutritionnel.
Dans les situations les plus sévères, la malnutrition expose l’enfant à un risque accru de complications graves pouvant aller jusqu’au décès, en raison d’un système immunitaire affaibli et d’une incapacité de l’organisme à faire face aux maladies. Par ailleurs, les enfants nés de mères malnutries sont souvent confrontés à un retard de croissance intra-utérin et un faible poids à la naissance. Ces deux facteurs sont étroitement liés à une morbidité et mortalité infantiles plus élevées, augmentant la probabilité de maladies dès les premiers mois de vie et compromettant les chances de survie et de développement harmonieux à long terme», annonce-t-il.
Il ajoute également que la malnutrition infantile est souvent à la fois une cause et une conséquence de la pauvreté. Les familles les plus démunies ont un accès limité à une alimentation saine et diversifiée. Le manque d’éducation et d’information sur les pratiques nutritionnelles aggrave également la situation. Les enfants malnutris sont fréquemment maladifs et moins performants à l’école, ce qui perpétue la chaîne de la pauvreté.
Les manifestations physiques de la malnutrition sont inquiétantes
Dr Alice Ndayishimiye, pédiatre affirme que les manifestations physiques de la malnutrition sont inquiétantes : « Les retards de croissance sont visibles, les enfants sont plus petits et plus faibles que leur âge. Leur système immunitaire affaibli les rend vulnérables aux infections respiratoires, diarrhées sévères, et au paludisme. Des maladies peuvent être fatales chez eux ».

Au-delà des symptômes visibles, elle insiste sur les dommages souvent invisibles mais tout aussi graves au niveau du développement cérébral. «Le cerveau d’un enfant se développe à une vitesse fulgurante pendant les premières années de vie. Un manque de nutriments essentiels à cette période cruciale peut entraîner des troubles d’apprentissage permanents, difficultés de concentration et un quotient intellectuel potentiellement diminué. Ces enfants auront des difficultés à l’école et moins de chances de s’épanouir pleinement», explique-t-elle.
« Face aux conséquences de la malnutrition infantile, la prévention apparaît comme une stratégie essentielle et rentable. Des interventions précoces et ciblées peuvent briser le cycle de la malnutrition et offrir aux enfants un avenir plus sain et plus prometteur », soulignent nos interlocuteurs.
Nos interlocuteurs s’accordent sur l’importance de prévenir la malnutrition. « Informer et éduquer les parents, les familles et la communauté sur les bonnes pratiques nutritionnelles est indispensable », signalent-ils.
L’allaitement maternel exclusif est plus recommandé
Le nutritionniste, Diomède Ndayisaba, quant à lui, conseille de poursuivre l’allaitement exclusif jusqu’à l’âge de six mois, puis d’introduire une alimentation complémentaire tout en poursuivant l’allaitement jusqu’à deux ans, ou plus. Si l’allaitement n’est pas possible, le lait infantile c’est-à-dire les préparations pour nourrissons sont une alternative sûre, formulée pour se rapprocher des bénéfices du lait maternel.
M. Ndayisaba indique que vers l’âge de six mois, l’enfant est prêt pour la diversification alimentaire, qui consiste à introduire progressivement de nouveaux aliments solides. Cette étape est cruciale pour habituer l’enfant à différentes saveurs et régimes, et combler ses besoins nutritionnels accrus en fer, signale-t-il.
Les bonnes habitudes alimentaires, une éducation précoce
Une bonne nutrition infantile ne se résume pas aux aliments consommés, mais aussi aux habitudes acquises. « Il est essentiel de créer un environnement positif autour des repas notamment manger en famille lorsque c’est possible, car l’enfant apprend par l’observation ; ne pas forcer l’enfant à manger, mais lui proposer les aliments sans insister ; limiter les sucres ajoutés et aliments transformés », explique M. Ndayisaba.
Selon toujours Dr Alice Ndayishimiye, la bonne nutrition durant les premières années de vie constitue une véritable pierre angulaire du développement global de l’enfant. Cette période est cruciale, car l’organisme et le cerveau se développent rapidement et ont besoin d’apports nutritionnels adéquats pour fonctionner de manière optimale. Bien plus qu’une simple question de croissance physique, l’alimentation influence durablement la santé future de l’enfant, ses capacités cognitives, sa résistance aux maladies ainsi que son bien-être psychologique et émotionnel.
Elle souligne également qu’une alimentation équilibrée et variée permet de prévenir les carences nutritionnelles, telles que le manque de vitamines, minéraux ou protéines, qui peuvent freiner la croissance et nuire au développement intellectuel. Une bonne nutrition favorise ainsi une croissance harmonieuse, renforce le système immunitaire et améliore la capacité d’apprentissage et de concentration de l’enfant.
Par ailleurs, Dr Ndayishimiye interpelle les parents et personnes en charge des enfants sur l’importance de suivre les principes d’une bonne nutrition, en tenant compte de l’âge, des besoins spécifiques et habitudes alimentaires saines. Elle insiste sur le rôle fondamental de l’éducation nutritionnelle au sein de la famille afin d’instaurer de bonnes pratiques dès le plus jeune âge. Selon elle, investir dans une alimentation de qualité pour les enfants, c’est poser les bases d’une vie en bonne santé et d’un avenir plus équilibré
Anne Bella Irakoze
