Le respect des normes et de qualité constitue aujourd’hui un levier stratégique essentiel pour renforcer la compétitivité des entreprises et de faciliter l’accès des produits « made in Burundi » aux marchés régionaux et internationaux. Dans une interview exclusive avec le coordonnateur de l’Eansi (Centre d’excellence sous régional en sciences de la nutrition) ; le professeur Mélance Ntunzwenimana revient sur les actions engagées pour renforcer la culture qualité au Burundi. Il dévoile une vision ambitieuse à l’horizon de 2040-2060 qui consiste à bâtir un dispositif national de qualité solide, fondé sur des laboratoires performants, des mécanismes de certification crédibles et des normes alignées sur les meilleurs standards internationaux.

Le Renouveau (L.R) : Pour commencer, quelle est la mission centrale de l’Eansi et son rôle dans l’économie burundaise actuelle ?
Professeur Ntunzwenimana (Prof Ntunzwenimana) : L’Eansi a pour mission principale de promouvoir les normes nationales de qualité, tout en contribuant à la mise en place d’un système crédible de normalisation et d’assurance qualité. Aujourd’hui, son rôle est devenu stratégique dans l’économie burundaise : elle accompagne l’amélioration de la qualité des produits locaux, protège les consommateurs et aide les entreprises à mieux positionner leurs productions sur les marchés régionaux et internationaux.
L.R : Dans un contexte d’industrialisation progressive, quelles sont aujourd’hui les priorités stratégiques de votre institution?
Prof Ntunzwenimana : Dans un contexte marqué par une industrialisation progressive, l’Eansi met l’accent sur l’appui à l’élaboration et à la mise à jour des normes nationales, le renforcement des capacités des entreprises, ainsi que la promotion d’une véritable culture de la qualité. L’harmonisation des normes burundaises avec les standards régionaux et internationaux figure également parmi les priorités, afin de soutenir la compétitivité des produits « Made in Burundi ». Nous assurons le renforcement des capacités des acteurs de l’agro-alimentaire dans le respect des normes et qualité. Nous appuyons également des industriels sur la mise en place d’une entité du respect des normes.
L.R : Comment sont élaborées les normes nationales de qualité applicables aux produits fabriqués au Burundi?
Prof Ntunzwenimana : Les normes nationales sont élaborées selon un processus participatif. Des comités techniques réunissant l’administration, le secteur privé, les experts, les universitaires et les représentants des consommateurs identifient les besoins et rédigent les projets de normes. Ceux-ci sont ensuite soumis à des consultations publiques avant d’être validés et adoptés officiellement, dans le respect des principes de transparence et de consensus.
L.R : Concrètement, comment l’Eansi accompagne-t-elle les entreprises locales pour garantir la conformité de leurs produits aux normes en vigueur?
Prof Ntunzwenimana : Sur le terrain, l’Eansi mise sur la proximité avec les entreprises. Elle organise des séances de sensibilisation, des formations et offre une assistance technique personnalisée. Les producteurs sont accompagnés pour mieux comprendre les exigences normatives, mettre en place des systèmes internes de contrôle qualité et se préparer aux démarches de certification lorsque cela est nécessaire.
L.R : Quels dispositifs spécifiques existent pour aider les PME (Petites et moyennes entreprises) à améliorer la qualité et la compétitivité de leurs productions?
Prof Ntunzwenimana : Des programmes ciblés sont développés au profit des PMEs. Ils comprennent des formations subventionnées sur les bonnes pratiques de fabrication, des guides simplifiés de normes et un accompagnement technique adapté à la réalité des petites entreprises. L’Eansi dispose d’une infrastructure d’appui à la culture qualité et du personnel qualifié. L’Eansi collabore également avec des projets de développement et des institutions financières pour faciliter les investissements liés à l’amélioration de la qualité.
L.R : Dans quelle mesure les normes burundaises sont-elles harmonisées avec celles exigées par la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf)?
Prof Ntunzwenimana : L’Eansi œuvre à un alignement progressif des normes burundaises avec les normes africaines et internationales pertinentes, dans le cadre de la Zlecaf. Cette démarche vise à réduire les barrières techniques au commerce et à faciliter la libre circulation des produits burundais conformément aux standards reconnus.
Le Burundi a validé la stratégie nationale de la mise en œuvre de l’accord de le Zlecaf sur base de cette stratégie. L’Eansi accompagne les industries à se conformer aux exigences de la Zlecaf
L.R : Quels avantages tangibles les exportateurs burundais peuvent-ils tirer de cette harmonisation des normes au niveau continental?
Prof Ntunzwenimana : L’harmonisation des normes permet aux exportateurs de limiter les coûts liés à des conformités multiples, de raccourcir les délais d’accès aux marchés africains et de renforcer la crédibilité de leurs produits. Elle ouvre également de nouvelles opportunités commerciales grâce à une reconnaissance élargie de la qualité burundaise.
L.R : L’intégration au marché du Comesa impose-t-elle des contraintes particulières en matière de normalisation et de certification?
Prof Ntunzwenimana : L’adhésion au Comesa implique le respect de certaines exigences techniques et sanitaires communes. Ces contraintes, loin d’être uniquement restrictives, constituent aussi un levier pour élever les standards nationaux et renforcer l’intégration commerciale régionale sur la base de produits de qualité reconnue.
L.R : Comment l’Eansi soutient-elle les entreprises désireuses d’exporter vers l’Afrique de l’Est et d’autres marchés régionaux ?
Prof Ntunzwenimana : L’Eansi met à la disposition des entreprises des informations techniques sur les exigences normatives des marchés cibles. Elle les accompagne dans leur préparation à l’exportation et travaille en synergie avec d’autres institutions nationales pour les orienter vers les mécanismes appropriés de certification, de métrologie et de contrôle qualité.
L.R : Existe-t-il des partenariats régionaux ou internationaux visant à faciliter la reconnaissance des certifications burundaises?
Prof Ntunzwenimana : Oui. L’Eansi développe des partenariats avec des organismes de normalisation régionaux et internationaux, notamment au sein de la Communauté de l’Afrique de l’est, du Comesa et de l’Iso. Ces collaborations visent à favoriser la reconnaissance mutuelle des normes et certifications, à renforcer les capacités nationales et à accroître la crédibilité du système burundais de normalisation.
L.R : Quelle est la vision de l’Eansi à long terme pour la normalisation et le contrôle de qualité à l’horizon 2040–2060 ?
Prof Ntunzwenimana : A long terme, l’Eansi ambitionne de faire du Burundi un pays pleinement intégré dans les chaînes de valeur régionales et internationales grâce à un système de normalisation moderne, crédible et reconnu. A l’horizon 2040–2060, la vision est celle d’un dispositif national de qualité solide, appuyé sur des laboratoires performants, des mécanismes de certification fiables et des normes alignées sur les meilleurs standards internationaux. L’objectif est de faire de la qualité un véritable levier de transformation industrielle, de compétitivité économique et de protection durable des consommateurs.
L.R : Enfin, quel message adressez-vous aux entrepreneurs, en particulier aux jeunes, qui souhaitent positionner les produits burundais aux standards internationaux ?
Prof Ntunzwenimana : Le message est clair : la qualité n’est plus une option, c’est une condition de survie et de croissance sur les marchés modernes. Aux jeunes entrepreneurs burundais, nous disons qu’il est possible de produire localement tout en respectant des standards internationaux, à condition d’investir dans les bonnes pratiques, l’innovation et la rigueur. L’Eansi est prête à les accompagner dans cette démarche. Miser sur la qualité aujourd’hui, c’est ouvrir la voie à des opportunités durables de demain pour leurs entreprises et pour l’économie nationale.
Propos recueillis par
Moïse Nkurunziza
