L’augmentation incontrôlée des loyers dans la capitale économique du Burundi, Bujumbura, pousse de nombreux ménages à la précarité. Entre hausse soudaine et absence de réglementation claire, les locataires dénoncent des pratiques abusives des bailleurs, justifiées par la cherté des matériaux de construction et les taxes. Une crise sociale silencieuse où les Burundais appellent l’Etat à intervenir pour établir un cadre légal protecteur.

La spirale inflationniste des prix des loyers dans la ville de Bujumbura est devenue un fardeau insupportable pour une majorité de ses habitants. Le coût du logement flambe de manière injustifiée selon les locataires, qui se retrouvent pris au dépourvu par des révisions de prix quasi mensuelles. L’instabilité économique des familles se heurte de plein fouet à ces dépenses grandissantes, obligeant certains à des sacrifices extrêmes.
Un fardeau économique douloureux
Les propriétaires, interrogés sur ces hausses, avancent comme motifs le coût exorbitant des matériaux de construction et les taxes exigés par l’OBR (Office Burundais des Recettes). Des explications qui n’apaisent en rien la colère des locataires dont le pouvoir d’achat s’amenuise. Goreth Kubwimana, résidente du quartier Cibitoke IV, veuve et mère de 5enfants, exprime son désarroi : « Nos dépenses mensuelles ne sont absolument plus en phase avec nos revenus mensuels. Comment faire face à l’éducation, à la nourriture, aux soins de santé et, en plus, à cette hausse mensuelle des loyers? Pour subvenir à tous les besoins de la famille tout en étant locataire, il faut se sacrifier corps et âme» .Elle dénonce le fait d’être surprise par les propriétaires en cette période où l’économie familiale est fragile.
De son côté, Clovis Irangabiye, qui loue un magasin pour vendre divers articles, témoigne de la pression subie par les entrepreneurs locataires : « La hausse des loyers commerciaux est répercutée sur nos prix de vente, ce qui rend nos articles moins compétitifs. Nos marges fondent, et le risque de devoir fermer augmente chaque mois. » Pour lui, l’impact de la crise du logement va bien au-delà des habitations.
Des pratiques abusives et un appel à la réglementation
Au-delà des simples augmentations, les locataires dénoncent des tactiques de pression visant à les évincer au profit de nouveaux occupants prêts à payer plus cher. Adribert Nzinahora, résident au quartier Twinyoni, de la zone Kamenge, l’illustre par son expérience : « Je loue une maison de deux chambres et salon pour 250 .000FBu. Mon propriétaire vient parfois me dire, au moment où ma caution prend fin, qu’il veut réhabiliter son bâtiment. Mais si je décrypte bien son ambition, c’est uniquement pour que je quitte la maison et qu’il puisse accueillir un autre locataire pour une somme supérieure à celle que je payais. Quelques mois après mon départ, la maison est de nouveau occupée.
Face à ces accusations, Antoine Ndikumagenge, détenteur d’un bâtiment en location à Mutakura tente de justifier la position des propriétaires : « Nous ne faisons que nous adapter à la réalité économique. Les matériaux de construction coûtent une fortune et les taxes augmentent. Nous devons protéger notre investissement. Ce n’est pas par plaisir que nous augmentons les loyers, mais par nécessité.
Thaddée Ndayikengurukiye, habitant du quartier Buhinyuza de la zone Kinama, insiste sur l’urgence d’une intervention étatique : « Le manque de loi claire permet tous les abus. Nous demandons au gouvernement d’établir un statut régissant les locataires et les lois pour les protéger. Il faut éclaircir ce que les locataires et les propriétaires sont en droit de faire. »
La ville de Bujumbura vit une crise du logement où les loyers dictent la survie des familles. Tandis que l’absence d’un cadre légal laisse le marché en « roue libre », l’appel des citoyens pour une réglementation juste et équilibré e se fait de plus en plus pressant, dans l’espoir de restaurer un marché locatif dynamique, mais surtout équitable.
Signalons que la nouvelle politique nationale de logement au Burundi prévoit combler le déficit de logements urbains avec un objectif de construire au moins 530 .000 unités d’ ici 2040 .Elle privilégie la construction en hauteur et le modèle de location -vente pour des logements abordabless à Gitega et à Bujumbura.
Jean Marie Ndayisenga
